Spécial Covid-19 - Musée

ÉTATS-UNIS

Les musées américains face à la crise du Covid-19

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Entre prévisions noires et mobilisations, les institutions se battent pour leur survie dans un pays où elles sont essentiellement financées par l’argent privé.

Le MET à New York © The Metropolitan Museum of Art
Le MET à New York
© The Metropolitan Museum of Art

New York. La crise du Covid-19 pourrait transformer en profondeur le paysage des musées américains. Selon l’American Alliance of Museums (AAM), un regroupement de plusieurs milliers d’établissements culturels outre-Atlantique, jusqu’à un tiers des musées pourraient ne pas rouvrir si la crise se prolonge. Cela représente environ 11 000 lieux, situés « essentiellement dans les communautés petites et rurales ». « La majeure partie des musées aux États-Unis sont des structures très petites. 49 % de nos membres ont des équipes de moins de trois personnes et 26 % en emploient entre quatre et dix, observe Laura Lott, présidente de l’AAM. Les petits musées sont plus exposés aux turbulences économiques majeures que les plus grands. »

Avec les fermetures temporaires décrétées depuis le début de la crise du coronavirus, l’AAM estime que les établissements culturels perdent 33 millions de dollars par jour dans l’ensemble du pays. « Il n’y a pas de précédent aux États-Unis », s’alarme pour sa part Maxwell Anderson, ancien directeur du Whitney Museum à New York et de plusieurs autres musées nord-américains. D’après lui, il faut remonter aux fermetures de musées européens pendant la Seconde Guerre Mondiale pour trouver un parallèle.

Selon le même expert, tous les musées ne seront pas affectés de la même manière. Les rares institutions culturelles financées par l’État fédéral, à l’instar des dix-neuf musées du Smithsonian, ainsi que les grandes institutions privées et les musées et galeries affiliés aux universités disposeront de la surface financière pour s’en sortir. Mais les structures qui ont un « budget annuel inférieur à 20 000 dollars » sont en danger.

Aux pertes liées aux fermetures découlant des mesures de confinement s’ajoute le risque d’une baisse des dons des mécènes à cause de l’instabilité des marchés financiers. « La majorité des musées ne peuvent pas se reposer sur des financements publics. De généreux donateurs peuvent se manifester, mais ces individus ne sont pas enclins à sortir leur chéquier en ce moment, poursuit Maxwell Anderson. En moyenne, 2 à 4 % des recettes des musées proviennent de la vente de tickets d’entrée. Le reste émane surtout des adhésions et d’individus aisés qui donnent de l’argent. »

Les musées se font entendre

Face à la situation, plusieurs représentants du secteur culturel et des musées comme le Metropolitan Museum of Art (Met) se sont mobilisés pour s’assurer que les musées bénéficient d’une partie du fonds historique de 2 200 milliards de dollars que prévoit le plan de relance adopté par le Congrès fin mars. Quelque 200 millions de dollars de financements ont été alloués au secteur, qui pèse 726 000 emplois et génère 12 milliards de dollars en recettes fiscales. Les acteurs du secteur réclamaient une enveloppe globale de 4 000 milliards de dollars. « Après la crise de 2008, les législateurs ont sauvé Wall Street et les grandes entreprises automobiles. Ils avaient oublié le secteur non lucratif. Cette fois-ci, nous nous sommes mobilisés comme jamais », se félicite toutefois Tim Delaney, président du National Council of Nonprofits, qui représente les intérêts des organisations américaines à but non lucratif.

À New York, épicentre de la crise du Covid-19 aux États-Unis, un fonds de 75 millions de dollars abondé par dix-huit fondations (Bloomberg Philanthropies, Ford…) a été mis en place pour soutenir les organisations culturelles et artistiques non commerciales. Un fonds similaire avait été lancé après le 11-Septembre.

En attendant de percevoir les premières aides, les musées dans tout le pays s’adaptent. Le Met a indiqué dans une note interne révélée par le New York Times qu’il prévoyait 100 millions de dollars de pertes dans les prochains mois et qu’il ne pouvait garantir la paie de ses 2 200 salariés que jusqu’au 2 mai. Le Museum of Contemporary Art de Los Angeles a procédé au licenciement de ses travailleurs à temps partiel (97 personnes), soit la moitié de son personnel, tandis que le New Museum de New York a mis en congé 41 personnes et que le Whitney a licencié 76 salariés. D’autres ont procédé à des coupes dans les salaires, des réductions d’heures, des prises de congés sans solde ou de départs à la retraite anticipée. « La bonne nouvelle dans tout cela, relativise Tim Delaney, c’est que les Américains se rendent compte de l’importance de l’art dans leur quotidien. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°543 du 10 avril 2020, avec le titre suivant : Les musées américains face à la crise du Covid-19

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