Vendredi 6 décembre 2019

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Serebrennikov, encore détenu, n’ira pas à Cannes

MOSCOU / RUSSIE

La justice russe prive le réalisateur de festival en prolongeant sa résidence surveillée.

Kirill Serebrennikov
Kirill Serebrennikov
©Festival de Cannes

Moscou. Le pouvoir russe ne lâche rien et Kirill Serebrennikov reste détenu. Un tribunal moscovite a prolongé mercredi jusqu’au 19 juillet le placement en résidence surveillée du metteur en scène de théâtre et de cinéma russe. Le juge Arthur Karpov le prive ainsi de la possibilité de se rendre au Festival de Cannes (du 8 au 19 mai), où le dernier film de Serebrennikov (L’Été, sortie prévue le 7 juin en Russie) est en compétition. Le précédent film de Kirill Serebrennikov, Le disciple, avait déjà participé à l’édition 2016 du festival dans la sélection « Un certain regard », du Festival de Cannes.

Lors de cette dernière audience, Kirill Serebrennikov a rejeté toute culpabilité. Il a dit au juge qu’il vit « derrière le miroir depuis huit mois » et ne peut plus travailler. Pointant du doigt le ministère de la Culture, il a exigé de ce dernier qu’il énonce publiquement ses griefs envers lui. « En quoi se sent-il lésé ? », a demandé Serebrennikov. « Le projet Plateforme a totalisé 80 000 spectateurs et employé 650 personnes. » Le parquet russe le soupçonne de détournement de fonds publics à hauteur de 1,7 million d’euros sur une subvention accordée au projet Platforme, une série de spectacles montés entre 2011 et 2014. Certains spectacles évoquaient la révolte anti-Poutine des années 2011 et 2012. Lorsque l’affaire a éclaté il y a un an, il semblait que son origine venait des services de sécurité et des milieux ultra-conservateurs. Mais le quotidien RBK a révélé la semaine dernière que le FSB (ex-KGB) n’a commencé à fouiller dans les comptes de Serebrennikov au printemps 2016 qu’après avoir reçu des documents venant du ministère de la Culture. Les descentes de police ont commencé quelques mois plus tard et les arrestations un an après. Outre Serebrennikov, cinq personnes sont mises en examen, dont le directeur du Centre Gogol Alexeï Malobrodsky, emprisonné depuis huit mois.

Une vaste partie du monde culturel russe soutient le metteur en scène et voit des motifs politiques derrière cette affaire. Le ministre de la Culture Vladimir Medinsky n’a jamais caché son antipathie pour le travail de Serebrennikov, qui évoque le thème de l’homosexualité et critique les liens entre le fondamentalisme orthodoxe et l’État russe.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°500 du 27 avril 2018, avec le titre suivant : Serebrennikov, encore détenu, n’ira pas à Cannes

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