Vendredi 10 juillet 2020

Justice

Moscou, le procès contre Serebrennikov a repris en pleine crise sanitaire

Par Emmanuel Grynszpan, correspondant à Moscou · lejournaldesarts.fr

Le 16 avril 2020 - 380 mots

MOSCOU / RUSSIE

Malgré l’épidémie, la justice russe n’a rien de mieux à faire que de tenir les audiences contre le metteur en scène.

Le procès du trublion de la mise en scène russe Kirill Serebrennikov a repris le 13 avril en dépit du régime de confinement à Moscou. Un régime qui contraint – en théorie - la justice russe à ne traiter que les affaires urgentes, sur fond de croissance exponentielle des contaminations au Covid-19 à Moscou. La juge Olesia Mendeleeva a justifié la reprise du procès par son « caractère prolongé », sous-entendu interminable, puisqu'il dure depuis trois ans. Le parquet et le ministère de la Culture (plaignant dans l'affaire) sont sur la même ligne. Le même climat se voit aussi dans les queues interminables à l'entrée du métro, provoquées par les contrôles systématiques de la police.

L'audience de lundi a cependant vite été reportée au 20 avril en raison de l'absence d'un des avocats de la défense. Elle sera consacrée aux conclusions d'une troisième expertise dans l'affaire de détournement de subventions dont Kirill Serebrennikov et trois collègues sont accusés. 133 millions de roubles (1,6 million d'euros) auraient été détournés sur un total de 216 millions (2,6 millions d'euros) alloués au projet théâtral « Plateforme », qui a donné lieu à une centaine de représentations entre 2011 et 2014. Les quatre accusés clament leur innocence, et le procès est interprété par une grande partie du monde culturel russe comme un règlement de compte politique et une mise au pas des artistes.

La première expertise avait « démontré » le détournement, tandis qu'une seconde expertise avait contredit la première. L'avocat de Serebrennikov, Dmitri Kharitonov, réclame, comme l'ensemble du camp de la défense, que le procès ne reprenne que « lorsque le pays reviendra à une vie normale ». Le tribunal promet de fournir des masques et des gants à tous les participants, ainsi que la présence d'une « lampe bactéricide ». Les audiences se dérouleront en huis-clos, sans présence de la presse.

Âgé de 50 ans et couvert de récompenses, Kirill Serebrennikov travaille actuellement sur une adaptation au cinéma du roman d'Olivier Guez La disparition de Joseph Mengele et vient de monter au Centre Gogol, théâtre qu'il dirige, Les funérailles de Staline, spectacle documentaire (à voir en ligne) sur un thème très controversé.
 

Thématiques

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque