Prix - Société

A la National Portrait Gallery, un prix sponsorisé par British Petroleum critiqué par ses anciens lauréats

Par Sindbad Hammache · lejournaldesarts.fr

Le 11 juin 2019 - 540 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

D’anciens participants et lauréats du BP Portrait Award appellent le musée à rompre ses liens avec la compagnie pétrolière.

Entrée de la National Portrait Gallery, avril 2018. © Photo Wei-Te Wong
Entrée de la National Portrait Gallery, avril 2018.

Au Royaume-Uni, les critiques sur l’art washing de British Petroleum (BP) font tâche d’huile. A la Tate Modern, au British Museum, ou à la National Portrait Gallery, la présence du géant pétrolier dans des institutions culturelles ne plaît pas aux militants écologistes. Pour ces derniers, les musées publics ne devraient pas entretenir de liens avec une entreprise largement impliquée dans l’extraction d’énergie fossile. Ils sont aujourd’hui rejoints dans leur combat par des artistes qui ont, par le passé, bénéficié de ce sponsoring.

Le BP Portrait Award récompense chaque année les meilleurs peintres portraitistes : un prix prestigieux, et sans équivalent. Organisé par la National Portrait Gallery, il est – comme son nom l’indique clairement – financé par BP. Depuis 1990, Le prix et son mécène ont régulièrement été critiqués par des associations comme Art not Oil, dénonçant la publicité et la légitimité qu’offre l’évènement au groupe pétrolier. Cette année, des artistes lauréats du prix demandent également la fin de ce financement.

Huit artistes ont envoyé une lettre à Nicholas Cullinan, président de la National Portrait Gallery, lui demandant de rompre ses liens avec BP. Tous ont été impliqués, nommés ou lauréats, dans le BP Portrait Award. Parmi eux, Raoul Martinez, en lice deux fois pour le prix, critiquait déjà en 2011 le financement de BP, tout en soulignant l’importance de cette récompense pour les peintres de portraits. Autre signataire, Henry Christian-Slane a remporté en 2017 le « BP Young artist award » : il avait alors donné une partie de sa dotation à Greenpeace, afin de financer des actions contre BP.

Outre les nommés et lauréats, un artiste juré du prix élève également la voix. Dans une autre lettre, adressée au même destinataire, Gary Hume et d’autres artistes pointent du doigt la responsabilité de BP dans la crise climatique, et accusent le musée londonien de redorer l’image de l’entreprise : « Soit nous prenons nos distances avec l’un des plus gros producteurs d’énergie fossile au monde et nous nous tournons vers le challenge du zéro carbone, soit nous continuons à donner une légitimité à BP et ses activités qui aggravent sérieusement le problème », écrivent-ils.

Dans un entretien à la BBC, Gary Hume confie avoir délibérément choisi le jour de l’annonce des lauréats pour exprimer ses réserves : « Les gens seront concentrés sur qui exactement finance et a financé ce prix durant des années. » Pour ce peintre de 62 ans, le déclic est venu d’Extinction Rebellion, mouvement de désobéissance civile qui alerte sur le risque d’effondrement écologique : « Ça m’a réveillé. Je me suis dit, il est temps pour moi de faire quelque chose. »

Ces lettres s’inscrivent dans la campagne Culture Unstained (Culture sans tâches), qui alerte sur les liens entre industrie pétrolière et culturelle. L’année dernière, elle avait permis de faire la lumière sur les intérêts poursuivis par BP dans le financement d’une exposition au British Museum. BP s’était impliqué dans l’exposition « Scythes : guerriers de l’ancienne Sibérie » afin d’améliorer l’image de la Russie auprès de l’opinion publique : les sanctions à l’encontre de Moscou étaient alors largement défavorable aux affaires du pétrolier britannique. 
 

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