Politique culturelle

Un budget culture 2021 sur-vitaminé

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 29 septembre 2020 - 1360 mots

PARIS

Confirmant l’ampleur du plan de relance, le budget de la mission « Culture  » va augmenter de 22,4 % en 2021. Un record.

Roselyne Bachelot à l'Élysée, le 28 septembre 2020. © Photo Bertrand Guay/AFP
Roselyne Bachelot à l'Élysée, le 28 septembre 2020.
© Photo Bertrand Guay / AFP

Après l’urgence, la relance. Roselyne Bachelot a présenté lundi 29 septembre un projet de budget pour la mission « Culture » en 2021 très offensif avec une hausse de 22,4 %, en incluant les décaissements prévus en 2021 au titre du plan de relance, et une hausse de 4,6 % sans le plan de relance. Comme toujours, il ne faut pas prendre ces pourcentages pour argent comptant. Ils sont calculés par rapport au budget initial 2020 voté par le Parlement en 2019 et non le budget exécuté qui, cette année, sera très supérieur compte tenu des différentes lois de finances rectificatives (LFR) pour les mesures d’urgence en 2020 (par exemple, 66 millions d’€ pour la Création dans la LFR 3) et des dégels de crédits plus importants que d’habitude.

Par ailleurs, sa lisibilité n’est pas aisée avec la prise en compte du plan de relance pour la culture de 2 milliards d’euros qui est sur deux ans, annoncé le 3 septembre dernier. Soucieux de bien valoriser son plan de relance général (de 100 milliards) par rapport aux dépenses habituelles de l’État, le gouvernement distingue les dépenses habituelles pour 2021, les dépenses liées au plan de relance sur deux ans, et – pas toujours – ce qui sera dépensé en 2021 dans le cadre du plan de relance. 

Les musées nationaux, grands bénéficiaires
Quoiqu’il en soit, l’effort est sans précédent et, comme le dit la ministre, le budget est « bâti en réponse à une situation exceptionnelle ». Si le traditionnel pointage des « gagnants et perdants » est moins pertinent cette année – tout le monde gagne –, certains secteurs gagnent plus que d’autres. Ainsi, en apparence, le patrimoine est le grand bénéficiaire du projet de budget avec une hausse de près de 40 %. Mais ce sont surtout les musées nationaux et le projet de Villers-Cotterêts qui sont privilégiés. Une poignée de grands établissements (Le Louvre, Versailles, Orsay, Centre Pompidou) vont recevoir – en plus –, 232 millions d’euros en 2021 (et 102 millions en 2022), tandis que la Cité internationale de la langue française chère au Président va avoir un coup de pouce (!) de 100 millions supplémentaires, au titre du plan de relance, pour accélérer les travaux en vue d’une ouverture en 2022.

Chiffres clés du projet de budget 2021 pour la Culture © Le Journal des Arts
Source : dossier de presse du MC. Montants arrondis.
© Le Journal des Arts

Les « territoires » ne sont pas oubliés, mais, en l’espèce, il s’agit moins de compenser les pertes de recettes commerciales liées à la chute du tourisme, de payer les salaires des employés et de financer la programmation comme c’est le cas pour les opérateurs nationaux que de financer des travaux de restauration. On savait déjà que le plan de relance allait financer un vaste programme de restauration des cathédrales, et de soutien aux monuments historiques appartenant aux communes et aux propriétaires privés (40 millions d’€), on a appris que les musées territoriaux allaient bénéficier d’une augmentation de 10 millions d’euros, soit un montant total de 23 millions dans le projet de loi de finances (PLF) et d’une aide de 6 millions d’euros sur deux ans (à comparer aux 334 millions versés aux musées nationaux) au titre du plan de relance.

Le budget des arts visuels va augmenter de 18 %
Le deuxième grand poste budgétaire de la mission « Culture » (à ne pas confondre avec le budget bien plus vaste du ministère de la Culture) est celui de la Création, c’est-à-dire le spectacle vivant et les arts visuels. Avec une hausse de près de 25 %, il semble un peu moins doté que le patrimoine. En réalité, il l’est autant, sinon plus, si on prend en compte « l’année blanche » pour le calcul des indemnités des intermittents du spectacle (coût estimé 800 millions d’€). Le budget des arts visuels va augmenter de 14 millions d’euros en 2021 et de 6 millions via le plan de relance. Une partie de cet argent supplémentaire ira à un renforcement de la politique en faveur des résidences artistiques dont on attend toujours le nouveau plan et un renforcement des moyens du Cnap pour aider les artistes-auteurs et les galeries. 11 millions d’euros (sur les 90 millions d’€ des crédits de paiement des arts visuels) vont financer le déménagement du Cnap qui s’installe de plus en plus comme le bras armé du ministère pour les arts plastiques, comme le CNC pour le cinéma ou le Centre national de la musique (CNM).

Enfin, le programme « Transmission des savoirs et démocratisation culturelle » va sortir du magma budgétaire et organisationnel dans lequel il était noyé. Il acquiert son autonomie avec une ligne budgétaire distincte des dépenses de personnel de tout le ministère avec lequel il était associé (Programme P 361) et va bénéficier d’une direction spécifique (lire JDA 551). Enfin pas tout à fait, mais laissons cela pour plus tard. 

Ce programme bénéficie de la plus forte hausse dans le PLF 2021 (+8,5 % avant transferts), mais est moins doté dans le plan de relance. 7 millions de plus vont aller à l’Éducation artistique et culturelle, 27 millions de plus au Pass culture et – innovation au moins sémantique –, 9 millions de plus à la vie culturelle « à tous les âges de la vie ». Le plan artistes-auteurs de Bruno Racine est en partie maintenu avec une dotation de 2 millions d’euros dont le détail doit être précisé. Comme annoncé le 3 septembre dernier, une enveloppe de 30 millions d’euros pour la commande artistique (tous secteurs confondus) est confirmée au titre du plan de relance, ainsi qu’une enveloppe de 64,5 millions d’euros pour rénover les écoles d’art.

Le Pass culture passe en quatrième annéeAccès à la culture. Alors que l’opposition ne cesse de réclamer sa tête et que même Roselyne Bachelot avait émis quelques réserves sur ce programme, le Pass culture sera généralisé, probablement en 2021. Il est vrai que, comme Villers-Cotterêts et l’EAC, cette « bourse » de 500 euros pour les jeunes de 18 ans fait partie des mesures emblématiques du candidat présidentiel de 2017. Difficile de renier un engagement de campagne. Pour autant le Pass, lancé dès 2017, sera modifié avant sa généralisation. Le montant sera revu à la baisse, « 500 euros, c’est trop », a dit la ministre sans donner de montant. Damien Cuier, le directeur de la société qui gère le Pass, recommande 300 euros, sur la base des montants consommés par les jeunes bénéficiaires du test. Ça tombe bien, car 500 euros multipliés par 800 000 jeunes, cela coûterait en théorie 400 millions. À 300 euros, cela ramène l’addition « théorique » à 240 millions, auxquels il faut soustraire les biens numériques (abonnements aux sites, aux plateformes musicales en ligne…) qui ne sont pas remboursés aux offreurs. On se rapproche ainsi des 59 millions d’euros pour une généralisation au deuxième semestre 2021. 
La ministre n’a cependant pas précisé la modification la plus attendue : comment proposer davantage de services avec médiation afin d’inciter les jeunes à découvrir d’autres pratiques culturelles (l’objectif premier du programme) et ne pas profiter d’un effet d’aubaine et souscrire – par exemple – un abonnement à un service de vidéo à la demande auxquels ils sont déjà abonnés. 
Énième projet pour le Grand Palais

Grands travaux. Roselyne Bachelot a décidé d’annuler le « projet pharaonique » (selon ses termes) du Grand Palais, mais le budget du nouveau projet, lui, n’en demeure pas moins pharaonique : 436 millions d’euros, plus 30 millions d’euros mis en réserve. L’explication ? Le projet de l’agence LAN s’avère plus coûteux que prévu et ne prenait pas tout en compte : il fallait ajouter 100 millions d’euros de plus selon la ministre ; et surtout les travaux n’auraient pas été terminés en 2024, à temps pour les JO.
Dans le nouvel appel d’offres qui va être lancé, l’État abandonne le chantier le plus lourd : le creusement en sous-sol d’espaces logistiques censés accélérer le montage et le démontage des expositions, afin d’augmenter le nombre d’événements. 
Il conserve, en revanche, le principe d’une entrée commune au Grand Palais et au Palais de la découverte, d’une ouverture libre au public et de la rénovation de la nef permettant une augmentation de la jauge des visiteurs. Le financement de l’État reste le même (123 millions d’€), le solde étant financé par emprunt et sur le Programme des investissements d’avenir. 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°552 du 2 octobre 2020, avec le titre suivant : Un budget culture 2021 sur-vitaminé

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