Mercredi 23 septembre 2020

Galerie

La Berlin Art Week a ouvert hier dans l’intimité

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · lejournaldesarts.fr

Le 10 septembre 2020 - 638 mots

BERLIN / ALLEMAGNE

Une série d’événements vise à redorer le blason d’une capitale plongée dans la morosité bien avant le début de la pandémie.

Vue de la Berlin Art Fair 2019. © Clara Wenzel-Theiler
Vue de la Berlin Art Fair 2019.
© Clara Wenzel-Theiler

La Berlin Art Week (9-13 septembre 2020) est le premier grand événement culturel autorisé dans la capitale allemande depuis le début du confinement. Spontanéité, improvisation sont les maîtres mots de l’événement, pour gérer les annulations des vols des artistes, commissaires, intervenants, visiteurs. Mais aussi organisation méticuleuse pour respecter les obligations sanitaires.

La Berlin Art Week bénéficie de son concept décentralisé, et s’adapte cette année en offrant des événements en plein air et davantage de contenu numérique, un journal et une playlist. Les premiers vernissages « en douceur » se sont tenus le 9 septembre au soir. L’entrée à de nombreux événements était gratuite mais sur réservation en ligne au préalable. En raison du nombre très limité de billets, les événements dans plusieurs institutions avaient plus l’allure d’une visite privée de musée, bien loin des grandes célébrations typiques des soirées berlinoises.

Avant même le confinement, la question du maintien de la Berlin Art Week s’était posée en décembre, après l’annulation de la foire d’art contemporain, Art Berlin. La Berlin Art Week avait justement été conçue par le Sénat berlinois pour soutenir les foires d’automne. Aucun grand salon n’a réussi à s’imposer comme rendez-vous commercial dans la capitale allemande. Les collectionneurs internationaux lui préfèrent le modèle plus attractif du Gallery Weekend au mois de mai. Art Berlin, une coopération entre des galeries berlinoises et Art Cologne, a jeté l’éponge après seulement sa deuxième édition, ce qui n’a surpris personne. Les galeristes ont davantage souffert cette année du report du Gallery Weekend que de l’annulation d’Art Berlin.

La pandémie a durement touché les galeries berlinoises qui réalisent jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires dans les foires. En sus, les annonces successives de la fermeture de la galerie britannique Blain Southern qui disposait d’une imposante annexe à Berlin, la publication d’un rapport dévoilant l’inefficacité de la fondation qui gère les musées fédéraux basés à Berlin, mais surtout l’annonce du départ de Berlin de trois grands collectionneurs privés ont plongé le monde de l’art de la capitale dans une crise existentielle. La Berlin Art Week a cependant été finalement maintenue et c’est l’occasion de découvrir des expositions engagées, telle que celles de l’artiste suisse Marc Bauer à la Berlinische Galerie ou bien encore l’exposition intitulée « The Invented History », assortie d’une exposition de l’artiste sud-africaine Lerato Shadi dans le centre d’art contemporain Kindl.

Le galeriste Johann König organise dans ses locaux la deuxième édition de la foire Messe à St Agnes. La première édition avait été organisée à la hâte à l’annonce de l’annulation définitive d’Art Basel en 2020. Positions, foire satellite de feu Art Berlin, aura lieu dans l’ancien aéroport de Berlin, accompagnée de « Positions.paper.berlin », spécialisée dans les œuvres graphiques sur papier. Positions accueille également un troisième salon, Basel Photos.

Le Gallery Weekend, reporté à cause du confinement, se déroule exceptionnellement cette année en parallèle de la Berlin Art Week. La Biennale de Berlin, repoussée pour les mêmes raisons, a ouvert ses portes le week-end dernier et est partenaire de la Berlin Art Week. Mais elle a été quelque peu éclipsée par l’événement le plus attendu de la Berlin Art Week : le collectionneur Christian Boros et sa fondation ont monté à la hâte, en trois mois seulement, une exposition dans l’emblématique boite de nuit Berghain qui est au repos forcé pour cause de pandémie. Studio Berlin regoupe des œuvres de plus de cent artistes basés à Berlin, dont Olafur Eliasson, Cyprien Gaillard, Wolfgang Tillmans, Danh Vō. Les œuvres récentes issues directement des ateliers des artistes, voire réalisées in situ, montrent que Berlin reste un lieu incontournable de la production artistique contemporaine. De quoi apaiser les esprits chagrins qui depuis plusieurs années déjà tentent en vain de sonner le glas de Berlin comme métropole culturelle.

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