Lundi 10 décembre 2018

Le CAPC maintient le cap

Ue lieu de référence pour la création actuelle

Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1996 - 474 mots

Malgré une mise en cause de sa gestion et une baisse de 10 % de son budget, Jean-Louis Froment, directeur fondateur du Centre d’arts plastiques contemporains (CAPC), estime que ce dernier a \"de beaux jours devant lui\".

Vaste entrepôt en briques et pierres taillées achevé en 1824, le CAPC combine architecture utilitaire et ordonnancement de voûtes, passages, arcades, et collatéraux proches des bâtiments religieux. Il offre aux passants une façade austère, qui contraste avec l’immensité de la nef centrale. Rénové par les architectes Jean Pistre et Denis Valode au cours des années quatre-vingt, il est aujourd’hui dédié à l’art contemporain.

Fondé en 1973, musée depuis 1984, le CAPC ne fait pourtant pas l’unanimité. On reproche au "Cétacé-CAPC", à "l’ogre", d’avoir "sclérosé la scène artistique locale". Dispo­sant de plus de 26 millions de francs en 1995, essentiellement apportés par la Ville, le Centre est en effet une institution coûteuse. De plus, sa gestion a été mise en cause par la Chambre régionale des comptes, et pour couper court à toute dérive, il a été placé en régie municipale. Il est donc aujourd’hui soumis à un strict contrôle de ses dépenses.

Cependant, le CAPC emploie près de 60 personnes, réalise des expositions unanimement reconnues et procède à des acquisitions. Il a mis en place un service éducatif pionnier, une bibliothèque, et édite de nombreux catalogues. Cette "ambition de faire un lieu complet ne peut nous être reprochée", se défend Jean-Louis Froment, son directeur fondateur.
L’histoire du Centre est intimement liée à celle de son directeur. "Jean-Louis Froment a entièrement imaginé et réalisé le CAPC. C’est son œuvre maîtresse", explique, admiratif, Didier Arnaudet, critique d’art. "Peu d’artistes sortent indemnes d’une exposition ici. Cela a toujours constitué un tournant dans leur carrière", ajoute-t-il.

Expositions subtilement infléchies
Le CAPC "a pour mission de suivre les artistes de référence et de participer à l’émergence des tendances nouvelles", précise Jean-Louis Froment. Mais conscient que les grandes installations ne sont peut-être plus d’actualité, et aiguillonné par la nouvelle municipalité qui souhaite le "voir s’ouvrir aux Bordelais et faire des choix plus divers", les nouvelles expositions sont loin des superproductions récentes. "L’art nous renouvelle sans cesse, l’artiste conduit le programme du CAPC", explique joliment Jean-Louis Froment. Ainsi, l’exposition "Shop­ping", à l’automne, a fait intervenir une vingtaine d’artistes dans des boutiques bordelaises.

En janvier, Jean-Louis Froment propose à Nicolas Bourriaud une carte blanche. Intitulée "Traffic", la sélection regroupe des artistes tournés vers des questions "relationnelles", qu’elles soient hu­maines ou techniques. Angela Bulloch, Carsten Höller, Rirkit Tiravanija, Henry Bond sont quelques-uns des artistes retenus. En parallèle, les acquisitions récentes seront exposées (Nan Goldin, Jack Pierson, Andrea Zittel entre autres). Un habile recentrage qui, sans renier la politique artistique précédente, donne incontestablement des gages de "bonne conduite" à une municipalité échaudée par les dérives récentes.

-Traffic, du 26 janvier au 31 mars, CAPC. Renseignements : 56 44 16 35.

ArtBus et "boîtes-expositions"

Accueillant plus de 60 000 personnes par an, dont une large majorité d’enfants, le service éducatif du musée a été mis en place dès les premières expositions de 1973. Proposant des ateliers d’expression autour des expositions, des lectures d’œuvres, des vernissages pour enfants où ils peuvent rencontrer les artistes, mais aussi des cycles d’histoire de l’art, le service éducatif compte 12 personnes à temps plein et occupe 480 m2 dans le musée lui-même.
Par ailleurs, le CAPC dispose d’un autobus – ArtBus – aménagé en lieu d’exposition, se déplaçant de lycées en maternelles à Bordeaux. Enfin, il a mis au point des "boîtes expositions" (boîtes couleur, histoire de l’art, diaporama, etc.) qui permettent aux enseignants de faire des animations dans leurs classes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°21 du 1 janvier 1996, avec le titre suivant : Le CAPC maintient le cap

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