Dimanche 21 octobre 2018

Jours tranquilles à Bordeaux

Une vie artistique entre réveil et méditation

Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1996 - 479 mots

Rares et discrets, les artistes bordelais jouissent d’un cadre de vie à l’abri de toute agitation médiatique. Un environnement serein que certains souhaitent secouer, alors que d’autres y puisent leur inspiration.

"Cette ville est un dédale artistique. Les artistes qui y travaillent restent dans l’ombre, à l’écart de l’institution et jaloux de leur intimité". Pour Guadalupe Echevarria, installée depuis quatre ans à Bordeaux et directrice de l’École des beaux-arts, la vie artistique bordelaise demeure "opaque". Pourtant, la nouvelle génération récemment sortie de l’école manifeste le besoin de changer les habitudes et propose une attitude radicale à l’égard de l’art.

"J’ai un boulot alimentaire de graphiste qui me permet de mener une activité artistique sans compromissions", explique Marc Vernier, un jeune artiste. Avec Olivier Caban, il a conçu une manifestation – "Les 500 Diables" – réunissant les artistes de la ville. Ce mouvement a permis à plus de 80 artistes de s’exprimer, par une œuvre originale ou par l’ouverture de leur atelier. Transformée en association, la manifestation a aujourd’hui pour mission d’organiser des actions hors des circuits de l’art. Au printemps, une série d’expositions dans les piscines de Bordeaux sera mise en place.

Olivier Caban estime qu’il faut "poursuivre dans cette voie, organiser des événements, des manifestations, associer des partenaires privés, et ne pas compter exclusivement sur l’institution". Pourtant, la Direction régionale des affaires culturelles a "soutenu Les 500 Diables par une subvention de 55 000 francs, dès la deuxième édition, et nous suivons d’un œil bienveillant leurs initiatives", rappelle son conseiller aux arts plastiques, Joël Savary.

Pierre Molinier, figure emblématique
Mais pour Jean-Louis Froment, directeur du CAPC, "Bordeaux est une ville d’écrivains, de poètes et pas d’exhibition". Et de fait, les artistes rencontrés utilisent souvent l’édition et le livre d’artiste. Ainsi en va-t-il du travail de Jean Sabrier, qui publie régulièrement la revue-œuvre Liard. "Mes expositions sont le prétexte à mes publications. J’aime le travail du papier, la mise en page. C’est aussi un mode de diffusion qui me convient bien".

Plus exubérants, mais pratiquant leur art sur le même mode, Danielle Colomine et Michel Aphesbero ont fondé la revue 4 taxis, qui relate leurs expériences de déplacements à l’étranger. Mais tous n’ont pas le goût du voyage, car on fait "bonne chère et bon vin à Bordeaux", se délecte Jean Sabrier.

"Molinier est pour moi l’artiste bordelais par excellence. Il produisait dans la discrétion et n’assumait pas ouvertement ses productions", remarque Joël Savary. Les œuvres de Guy Chevalier, un jeune artiste d’une trentaine d’années, traduisent également ce désir de faire sans être vu. Une pièce récente reproduisait la jambe de Miss France en naphtaline : ouvrir la boîte qui l’abrite consume lentement la jambe, qui disparaît progressivement aux yeux de celui qui la contemple… Presque une métaphore de la vie artistique bordelaise.

- Liard, disponible chez Jean Sabrier, 56 92 97 52.
- 4 Taxis, rens : 56 92 74 60.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°21 du 1 janvier 1996, avec le titre suivant : Jours tranquilles à Bordeaux

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