Handicap, l’échéance 2015

Les musées auront du mal à réaliser les travaux de mise en accessibilité requis par la loi de 2005

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 20 juin 2011 - 495 mots

En matière d’accessibilité aux handicapés, il y a la face brillante, celle à propos de laquelle les musées communiquent. Et la face cachée, sur laquelle tout le monde devient subitement taiseux. De plus en plus nombreux sont en effet les musées à offrir des dispositifs spécifiques d’aide à la visite pour les personnes souffrant d’un handicap.

Galeries tactiles (celle du Louvre vient enfin d’être rénovée [1]), imagiers sensoriels (proposés au Musée du quai Branly), cartels en braille ou visites guidées adaptées : en une dizaine d’années, les propositions se sont multipliées. Rien d’étonnant à cela car la loi du 11 février 2005, « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », l’impose. Tout comme elle impose une mise en accessibilité du cadre bâti. Et c’est là que le bât blesse car, pour une personne handicapée moteur, se rendre dans un musée tient encore souvent du parcours du combattant. Conformément à la loi, les musées – comme tous les établissements recevant du public (dits « ERP ») – ont d’abord été soumis à une obligation de diagnostic. Celui-ci devait être achevé au 1er janvier 2010 (il l’a été avec quelques mois de retard), pour une mise en accessibilité totale prévue au 1er janvier 2015. Une date optimiste car, comme l’a constaté un rapport d’avril 2011 émanant de l’Observatoire interministériel de l’accessibilité, ces travaux dans les musées sont confrontés à un frein majeur. Les musées sont en effet parfois logés dans des bâtiments historiques complexes à adapter. À moins d’investir massivement. 

Travaux financés sur les fonds propres des musées
Même si des experts interviennent au sein de différentes instances, comme la commission « culture-handicap » du ministère de la Culture, la Réunion des établissements culturels pour l’accessibilité (Reca) – dont la mission est de proposer des mesures concrètes visant à améliorer, à court terme, l’accueil des personnes handicapées –, ou encore lors de la Conférence nationale du handicap, le nerf de la guerre est toujours le même : l’argent. Or, comme l’a mis en lumière en 2010 un rapport parlementaire du député Marc Bernier (UMP), les établissements devront financer sur leurs fonds propres cette campagne de travaux, aucune ligne budgétaire spécifique n’étant prévue dans le budget du ministère de la Culture. D’après ce rapport, le service des Musées de France, qui insiste sur « la nécessité de disposer rapidement d’une enveloppe budgétaire très importante », note que « cette politique rejaillira sur un certain nombre de travaux à réaliser dans tous les musées de France ». Or le plan Musées en régions lancé en septembre 2010, qui prévoit une enveloppe de 70 millions d’euros destinés à des travaux d’investissement dans les musées, ne comporte aucune ligne sur le sujet de la mise en accessibilité. Les traditionnels mécènes de ces institutions ne se bousculent pas plus pour supporter cette cause. Les musées risquent donc de ne pas être au rendez-vous de 2015.   

[1] lire le JdA n° 349, 10 juin 2011.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°350 du 24 juin 2011, avec le titre suivant : Handicap, l’échéance 2015

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