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En Russie, les chars passent avant la culture

Par Emmanuel Grynszpan, correspondant à Moscou · lejournaldesarts.fr

Le 18 mars 2015 - 524 mots

MOSCOU / RUSSIE

MOSCOU (RUSSIE) [18.03.15] – Le très attendu futur musée d’art contemporain de Moscou (CEAC) pourrait ne pas voir le jour, victime des restrictions budgétaires qui épargnent cependant les dépenses militaires.

Projet pour le musée d’art contemporain à Moscou
Projet pour le musée d’art contemporain à Moscou
© Heneghan Peng Architects

Le « Centre Pompidou » russe, un projet mort-né ? Obnubilé par les pompeuses célébrations de sa puissance retrouvée et par son réarmement massif, le Kremlin vient de couper la ligne budgétaire destinée à la construction du Centre d’Etat pour l’Art Contemporain (CEAC) de Moscou. Le ministre de la Culture Vladimir Medinsky s’en est ému vendredi dernier, au cours d’une réunion interministérielle.

Consacrant habituellement son énergie à exalter le patriotisme, et à vociférer contre les artistes oeuvrant hors de la ligne du parti, le ministre a pour une fois pris la défense d’un projet lié à l’art contemporain. Il a demandé au Premier ministre de revenir sur cette décision. « Il est très injuste d’annuler ce projet, qui est loin d’être le plus onéreux. Nous en avons bien besoin. Nous avions déjà décidé de reporter de deux ans sa construction pour épargner momentanément le budget », a indiqué Medinsky à l’agence RIA Novosti.

Le CEAC, c’est un peu son bébé. Et il sent que l’élite culturelle ne lui pardonnera pas une telle capitulation. « Nous avons invité le gratin de la Culture pour la pose de la première pierre. C’est comme si nous avions trompé tout le monde. Cette histoire est particulièrement inélégante, c’est pourquoi je vous demande de ne pas geler ce projet », s’est écrié Medinsky, avec la candeur qui le distingue tant de ses collègues technocrates.

Tout était prêt pour la construction du CEAC, un projet conçu par le très demandé bureau d’étude irlandais Heneghan Peng Architects, célèbre pour avoir réalisé le grand musée égyptien de Giza. Surnommé le « Centre Pompidou russe » bien qu’il se trouve à 10 km au nord du Kremlin, dans un quartier (Khodynka) dénué de tout intérêt culturel, le CEAC n’en est pas à sa première controverse. Il devait au départ être construit dans le centre, et son éloignement a déjà suscité de fortes controverses. Le monde culturel s’interroge aussi sur la politique d’acquisition du CEAC, qui est tout à fait opaque.

Le directeur du CEAC, Mikhaïl Mindlin, coincé depuis des années dans un bâtiment dix fois trop petit, est atterré à la perspective que la construction soit abandonnée. Pour lui, cette construction est « le projet le plus important et le plus visible du ministère de la culture. C’est la création d’une marque nouvelle image de marque de la Russie dans le monde, comparable avec l’Ermitage et le Théâtre du Bolchoï. »

L’annulation de la construction du musée équivaut au gaspillage de 500 millions de roubles (7,7 millions d’euros), souligne Mindlin. C’est la somme déjà dépensée pour concevoir et mettre en oeuvre le projet. « C’est jeter par la fenêtre un demi-milliard ! » s’énerve-t-il. Le coût total du projet s’établit à 4,5 milliards de roubles (70 millions d’euros), dans un contexte de restrictions budgétaires drastiques. L’économie russe flanche sous le coup des sanctions internationales et de la baisse du prix du pétrole. Seule la défense nationale voit son budget augmenter, tandis que la culture, le social et la santé se disputent les miettes.

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