Bilan

Le marché de l’art en 2018 : Monde +6 %, France -5 %

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 11 mars 2019 - 688 mots

MONDE

Selon le rapport Art Basel, le marché de l’art a progressé de 6 % en 2018 dans le monde, tandis que la France fait grise mine.

Clare McAndrew, économiste et auteure du rapport annuel sur la marché de l'art dans le monde
Clare McAndrew, économiste et auteure du rapport annuel sur la marché de l'art dans le monde
© Photo Paul McCarthy

La tendance était connue depuis la communication des résultats Monde de Christie’s et Sotheby’s et celle des dix premières maisons de ventes en France : si 2018 a été une belle année pour le marché de l’art dans le monde, le cru est plus morose pour le marché français.

On doit cette confirmation au rapport annuel financé par Art Basel et son sponsor UBS, et produit par l’économiste Clare McAndrew qui ausculte ce marché depuis plus de 10 ans. Cette véritable bible de référence a la particularité de prendre en compte la totalité du marché de l’art (galeries, foires, enchères ..) et pas simplement les ventes aux enchères de peintures et sculptures. Les données sont plus approximatives pour les chiffres d’affaires des antiquaires et galeristes (collectées via des questionnaires), mais elles indiquent des tendances très éloquentes.

On apprend ainsi que le marché de l’art a progressé de 6 % en 2018, (pour la deuxième année consécutive), mais comme il ne cesse de faire le yo-yo depuis 10 ans, sa progression n’est que de 9 % depuis 2008 pour s’établir à 67,4 milliards de dollars. Submergé par la communication des maisons de ventes qui ne cessent d’annoncer des records, on pourrait croire que le marché est depuis des lustres sur un petit nuage. Dans le même temps le PIB mondial a augmenté de plus de 27 %.

De sorte que la baisse du marché français (-5 %) en 2018 a de quoi inquiéter les professionnels. Avec 6 % de part de marché, la France est un nain à côté des Etats-Unis (44 % du marché) et même de la Grande-Bretagne (21 %) qui a repris la deuxième place à la Chine (19 %). Le géant chinois qui a fait une irruption spectaculaire sur le marché de l’art grâce la multiplication de ses « milliardaires rouges » a en effet perdu une place, accusant une baisse de 3 % de son CA. Le ralentissement économique chinois refroidit les ardeurs des collectionneurs.

Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur la sincérité des chiffres chinois qui sont fournis par un organisme local. Une sincérité encore plus mise à mal par le fléau endémique des impayés dans les ventes aux enchères chinoises (marginal en occident). Selon le rapport, 37 % des adjudications de juin 2017 supérieures à 1,5 M$ n’auraient pas été payées un an plus tard, et 24 % payées partiellement. Ces adjudications impayées sont pourtant comptabilisées dans le CA chinois.

Un marché fracturé et concentré
Une autre tendance bien mise en évidence dans le rapport est la fracture de plus en plus nette entre le segment haut de gamme qui se porte très bien et le reste du marché qui vivote. Or ce segment haut de gamme est très concentré. 0,2 % des ventes publiques pèsent 39 % du CA. Il est nourri par les stars habituelles des enchères (Monet, Picasso, Zao-Wou-Ki, Basquiat …).

Cette concentration concerne également les acteurs. A eux deux, Christie’s et Sotheby’s font 40 % du CA des ventes aux enchères. Le CA des grandes galeries (entre 10 et 50 millions de dollars) a augmenté de 17 % quand celui des petites galeries (qui font moins de 250 000 dollars, soit 220 000 euros) a baissé de 18 %.

Concentration toujours avec le poids considérable, objet de nombreuses discussions, des foires. Le chiffre d’affaires des antiquaires et galeries réalisé sur les foires ne cesse de monter, il est de 46 % en 2018. Ce passage obligé par les foires, ne fait évidemment pas l’affaire des petites enseignes. Le rapport de Clare Mc Andrew a ainsi calculé que les marchands ont dépensé 4,8 milliards de dollars (oui milliards de dollars !) en frais pour participer à ces foires.

Le salut viendra-t-il des ventes online supposé mettre tout le monde sur le même pied d’égalité ? Certainement pas. Si les ventes online ont progressé de 11 %, il est capté par quelques grands acteurs. A elle-seule, la maison de ventes américaine Heritage Auction pèse un demi-milliard sur les 6 milliards de dollars du marché en ligne.

 

Cet article a été publié le 10 mars 2019 à 10h

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