Ventes publiques

Fléchissement des enchères en France en 2018

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 22 janvier 2019 - 1187 mots

FRANCE

Avec 906,2 millions d’euros engrangés l’an dernier, les dix premières maisons de ventes françaises accusent une baisse de 9,3 %, essentiellement due à une chute de 30 % du chiffre d’affaires de Christie’s.

Christie's
Les locaux de Christie's avenue Matignon
© Photo : Christie's

Alors que le milliard d’euros avait été dépassé en 2017 (1, 004 Md€) grâce à la performance de Christie’s qui avait atteint un record (342 M€), cette année, le produit des adjudications cumulées des dix premières maisons de ventes françaises atteint au total 906,2 millions d’euros (frais de vente compris mais hors TVA). Ce tassement est dû en grande partie à la baisse du chiffre d’affaires de Christie’s qui tombe à 234,3 millions d’euros (– 31,5 %), soit plus de 100 millions de moins qu’en 2017, mais aussi à Piasa (– 17,4 %) et à Cornette de Saint Cyr (– 25,2) (*). En dehors de ces trois opérateurs, toutes les maisons de ventes affichent un chiffre d’affaires en progression, entre 5,7 et 26,8 %.

Sotheby’s détrône donc Christie’s et prend la première place du classement, une position qu’elle n’avait pas occupé depuis trois ans. Avec un total de 251,4 millions d’euros, l’auctioneer américain affiche un produit de vente record, même si sa hausse est minime (+ 2,2 %). « Si tous les départements contribuent au succès de l’année, la vente de la collection Pierre Bergé, la vacation d’art contemporain du printemps et celle d’Asie en juin ont fait toute la différence », a commenté Mario Tavella, président-directeur général de Sotheby’s France. En effet, la dispersion de la dernière partie de la collection Pierre Bergé (27,4 M€), le record pour une vente d’art contemporain en France (45,5 M€) ainsi que le record pour une vente d’arts d’Asie en Europe (30 M€) ont permis à Sotheby’s de prendre le leadership. La maison de ventes remporte également la plus haute enchère en France pour l’année 2018 avec un vase en porcelaine, Chine, dynastie Qing, époque Qianlong, adjugé 16,2 millions d’euros.

Stabilité en milieu de classement

En deuxième position, Christie’s affiche un total de 234,3 millions d’euros contre 342 en 2017 (– 31,5 %). Les collections dispersées cette année n’ont pas égalé celles de l’an dernier (39,5 M€ pour la collection Prat, 32,7 M€ pour la collection Hubert de Givenchy et 16,7 M€ pour la collection Vérité), ne dépassant pas les 10 millions d’euros, à l’instar de la collection Juan de Beistegui (7,7 M€). Le lot le plus cher enregistré par Christie’s est un tableau de Nicolas de Staël, Fleurs, parti à 8,2 millions d’euros (estimation 3,5 à 5,5 M€). Même si c’est un record mondial (**) pour l’artiste, ce prix se situe loin derrière le vase chinois de Sotheby’s.

Avec un chiffre d’affaires de 195,3 millions d’euros (189 millions hors TVA, selon nos calculs), Artcurial conserve la 3e place, qu’elle occupe chaque année invariablement depuis 2007. La maison de ventes du rond-point des Champs-Élysées, qui enregistrait une baisse l’an dernier, est repartie à la hausse avec une légère croissance de 2,2 %. « Notre stratégie, qui consiste à se spécialiser dans tous les domaines et à ne rien laisser de côté car les collectionneurs sont de plus en plus polyvalents, est gagnante », s’est félicité François Tajan, président délégué d’Artcurial. Si les départements d’art contemporain et d’arts asiatiques ont progressé, en revanche, Artcurial Motorcars, le département phare de la maison, enregistre une baisse de 10 % (54 M€).

Vient ensuite Aguttes qui reste en 4e position mais qui, frais compris avec TVA, franchit la barre des 50 millions d’euros (51,5 M€) avec une augmentation de 14 %. « Depuis une dizaine d’années, notre action est allée vers une recherche des lots de qualité et de la spécialisation, a commenté Claude Aguttes. Ainsi, nous sommes devenus les spécialistes des ventes des peintres d’Asie, des perles fines, des bijoux de Suzanne Belperron, des dinosaures. Les clients vendeurs qui en possèdent nous choisissent souvent pour la vente. Nous avons également été choisis pour gérer l’immense collection Aristophil. » Et de poursuivre : « De beaux bureaux bien placés, des interlocuteurs parmi les meilleurs de la place, une direction présente qui répond vite aux demandes particulières, des lieux de vente choisis, tout cela nous a poussés en avant. » Aguttes est aussi à l’origine de la plus haute adjudication de l’année à Drouot, qui concerne le livre d’Heures Petau (Tours, vers 1495), cédé 4,3 millions d’euros (collection « Aristophil »).

Ader, la plus forte progression de l’année

Millon (39,3 M€) et Tajan (35,9 M€) restent respectivement aux 5e et 6e places mais augmentent leur chiffre d’affaires, le premier de 9 % et le second de 5,7 %. La société Ader remonte de deux places pour se positionner à la 7e place avec la plus forte progression de l’année, soit 26,8 % (34,2 M€). Les deux ventes liées à la collection « Aristophil », qui ont totalisé 7 millions d’euros, et la collection Jacques Malatier (3,2 M€) ne sont pas étrangères à ce bond en avant.

Avec 22,6 millions d’euros récoltés, Cornette de Saint Cyr perd une place et se retrouve 9e, accusant une baisse – la plus importante de l’année – de 25 %, tandis qu’Osenat intègre à nouveau le classement qu’il avait quitté en 2015, arrivant en 10e position avec un volume de ventes de 21,8 millions d’euros (+ 6,1 %). La maison de ventes bellifontaine éclipse ainsi Pierre Bergé & associés qui a pourtant communiqué sur un chiffre d’affaires de 44 millions d’euros (41,8 sans Bruxelles) pour y avoir inclus la vente de la collection « Pierre Bergé, d’une demeure à l’autre », des 30 et 31 octobre. Organisée en association avec Sotheby’s, c’est cette dernière qui en a dressé le procès-verbal et qui, à ce titre, est la seule à pouvoir inclure l’intégralité de la vente dans son chiffre d’affaires. Ainsi, Pierre Bergé & associés n’a engrangé « que » 14,3 millions d’euros (contre 26,6 l’an passé) et sort donc du classement des dix premiers opérateurs en France.

Du côté de Drouot, le chiffre d’affaires de l’hôtel des ventes (qui ne comprend pas les résultats des « after sales », contrairement à celui des opérateurs de ventes) s’élève à 376 millions d’euros (TVA incluse) contre 378 millions d’euros en 2017 (– 0,5 %). Dix enchères millionnaires ou multimillionnaires (19,2 M€) contre 14 en 2017 (35 M€) expliquent ce léger fléchissement, compensé cependant par 128 collections ayant dégagé un total de 92,8 millions d’euros (70 millions d’euros en 2017).

Opérateurs ventes volontaires France 2018
© Le Journal des Arts
Erratum - 30 janvier 2019

(*) Contrairement à ce qui a été publié dans cet article, la maison de ventes Cornette de Saint Cyr n’enregistre pas une baisse de 25,2 % (hors TVA) mais une croissance de 9,3 %. En effet, le chiffre communiqué par Cornette de Saint Cyr pour l’année 2017, soit 31,2 M€ frais compris (30,2 hors TVA) comprenait les ventes réalisées tant à Paris qu’à Bruxelles. L’article ne concernant que les ventes en France, Cornette de Saint Cyr a donc totalisé 21,5 M€ hors Bruxelles en 2017.

Erratum - 23 janvier 2019

(**) Dans l'édition du Journal des Arts n°515, il a été écrit par erreur que la vente de Fleurs était le record mondial de Nicolas de Staël, il s'agit en fait de son record européen. Son record mondial est la vente de son Nu debout (1953), adjugé le 17 mai 2018 à 12,1 M$ (est.7,5 à 9,5) chez Christie’s New York . 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°515 du 18 janvier 2019, avec le titre suivant : Fléchissement des enchères en France en 2018

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