Foire & Salon - Galerie

Éditorial

La malédiction des foires ?

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 15 mars 2019 - 414 mots

PARIS

Marché de l’art. Le récent rapport Art Basel & UBS, produit par Clare McAndrew, une véritable bible sur le marché de l’art, apporte de nouvelles données permettant d’éclairer le sujet très débattu du rapport entre les foires et les galeries.

Dr. Clare McAndrew
Dr. Clare McAndrew

Il est de fait reproché aux foires d’être devenues le point de passage obligé des galeries, qui, corrélativement, se vident de leurs visiteurs. Les foires ont en effet connu un succès fulgurant en quelques années, répondant assez bien aux attentes des collectionneurs : un rendez-vous régulier, une offre élargie, et une forme d’urgence et d’excitation susceptibles de concurrencer celles des ventes publiques.

Le rapport va apporter du grain à moudre aux détracteurs des foires : la part du chiffre d’affaires (CA) réalisé dans les foires par les galeries est en effet passé de 30 % en 2010 à 46 % en 2018. Soit à peine 2 points de moins que le CA en galerie, le solde étant constitué des ventes en ligne.

Mais le plus inquiétant est que cette augmentation de l’importance du poids des foires s’opère sans accroissement notable de leur activité. Selon Clare McAndrew, le CA des galeries et antiquaires n’aurait augmenté que de 6 % en dix ans. Ce déplacement ne serait pas un problème en soi si le coût de la participation à une foire était marginal. Or il n’en est rien, puisque selon le rapport, les exposants ont dépensé l’an dernier 4,5 milliards de dollars pour participer à des foires, un montant s’ajoutant aux coûts inhérents à la gestion de leurs espaces.

On peut toujours rétorquer que, sans les foires, le chiffre d’affaires des galeries aurait baissé, mais cela paraît peu probable vu l’évolution du marché de l’art dans son ensemble. Il y a donc bien un changement de paradigme, comme la profession s’en plaint depuis quelque temps. Un changement qui va de pair avec un phénomène de concentration : les grandes galeries sont de plus en plus grandes et peuvent se permettre de dépenser pour aller dans les foires. Un luxe que ne peuvent, à l’inverse, s’offrir les galeries moyennes, pas toujours adaptées au nouveau modèle.

Rien n’est cependant perdu, c’est une crise conjoncturelle et non structurelle. Ce sont bien les galeries moyennes qui apportent le plus de valeur dans la filière en consolidant l’offre par le repérage, l’accompagnement et la promotion d’artistes qui ont émergé dans les petites galeries. Mieux elles feront leur travail habituel, plus elles sauront tirer parti des foires, lesquelles ne sont que des canaux de distribution.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°519 du 15 mars 2019, avec le titre suivant : La malédiction des foires ?

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