Mercredi 11 décembre 2019

Politique

Le secteur artistique britannique inquiet de l’impact potentiel du Brexit 

Par Tristan de Bourbon, correspondant à Londres · lejournaldesarts.fr

Le 5 mars 2018 - 471 mots

LONDRES / ROYAUME-UNI

Deux rapports révèlent les craintes des institutions en matière de financement mais aussi sur leurs échanges avec l’Union Européenne.

Nicholas Serota © Photo Hugo Glendinning 2016 | Courtesy Tate
Nicholas Serota, 2016
Photo Hugo Glendinning
Courtesy Tate

Alors que les politiciens britanniques s’étripent avant le débat imminent sur les négociations commerciales avec les représentants des vingt-sept autres pays membres de l’Union Européenne, le secteur des arts a fait part de ses fortes inquiétudes liées au risque engendré par le Brexit.

Statistiques à l’appui, l’Arts Council England, l’agence de gestion des financements artistiques en Angleterre, a indiqué qu’entre 2007 et 2016, 1 385 projets ont reçu 345 millions de livres (403 millions d’euros) de la part de l’Union Européenne, en particulier le Fonds européen de développement régional (222 millions d’euros). Chaque année, le secteur aurait donc directement touché en moyenne 40 millions d’euros de l’UE.

Le risque est d’autant plus grand que, comme le rappelle Nicholas Serota, l’ancien directeur de la Tate devenu le président d’Arts Council England, « la culture a toujours fortement contribué à notre influence, nous permettant de forger des amitiés et de construire un dialogue, et de soutenir le développement des industries créatives. »

Au sein du secteur art, « l’industrie créative » a été privilégiée par l’UE puisqu’elle a reçu 55 % de tous les financements (225 millions d’euros). Suivent, très loin, les musées et la musique (38 M€ chacun). Ce n’est donc pas une surprise si dans une autre enquête réalisée auprès de 992 employés du secteur, là encore par l’Arts Council England, « les employés des musées sont de manière sensible moins inquiets que les autres organisations » en matière de financement. En effet, 26 % d’entre eux disent ne pas être inquiets contre 6 % de l’ensemble des employés des autres organisations.

Le rapport révèle également que 14 % des institutions ont directement bénéficié de fonds européens au cours des deux dernières années et que 30 % en ont bénéficié indirectement en prenant part à un projet financé par l’EU ou en utilisant un projet financé par l’UE. Londres et le Yorkshire & Humberside, une région située dans le nord-est de l’Angleterre, ont perçu 37 % de toutes les subventions.

Le Brexit n’influera pas uniquement sur les finances du secteur. De manière générale, la quasi totalité des organisations artistiques et culturelles « n’ont pas été capables de citer le moindre avantage » au départ de l’UE. 67 % d’entre elles ont indiqué avoir pris part à des activités internationales, en particulier via l’accueil d’artistes étrangers au Royaume-Uni, l’envoi d’artistes britanniques à l’étranger et des collaborations artistiques avec des artistes étrangers.

Elles s’inquiètent ainsi fortement des perturbations liées à la fin de la liberté de mouvement et de travail au sein du bloc européen, de la difficulté d’embauche des citoyens non-Britanniques (33 % possèdent des employés européens, dont 53 % des organisations ayant un chiffre d’affaires supérieur à 275 000 €), de la perte de la réputation du Royaume-Uni et la mise en place de complications administratives.

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