Mercredi 12 décembre 2018

Musée

La Monnaie de Paris ne fait plus recette

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 11 octobre 2018 - 483 mots

PARIS

Fragile économiquement, l’établissement public est sans capitaine depuis le départ soudain et en catimini de son directeur cet été.

Sudobh Gupta à la Monnaie de Paris
Vue de l'exposition Sudobh Gupta à la Monnaie de Paris en 2018
Photo Ludosane

Le passage éclair d’Aurélien Rousseau (42 ans) à la présidence de la Monnaie de Paris ne laisse rien présager de bon pour la vénérable maison. Succédant fin mars 2017 à Christophe Beaux, l’énarque ancien conseiller social de Manuel Valls lorsque celui-ci était premier ministre, pour un mandat de trois ans, acceptait pourtant quelques mois plus tard de conduire une mission sans aucun rapport avec son poste sur …. les hôpitaux de Paris. Cette mission était en fait le prélude à son départ pour l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France, annoncé en juillet et effectif le 1er septembre 2018.

Cause ou conséquence de son départ, l’exercice 2017 s’est clôt sur un très lourd déficit de 12 millions d’euros alors que l’exercice précédent s’était soldé par un bénéfice du même montant. Le chiffre d’affaires a en effet plongé de 17 %, passant de 141 M€ à 117 M€. Rappelons que la Monnaie de Paris exerce avant tout une activité commerciale : elle fabrique les euros, les pièces étrangères qu’on veut bien lui confier et des monnaies de collection. Cette dernière activité est la principale cause de la chute du CA avec un plongeon de 26 %. Et comme les ennuis n’arrivent jamais seuls, l’établissement public doit supporter des charges nouvelles constituées d’une dépréciation de ses stocks (une opération comptable) mais surtout des coûts de récupération des monnaies de collection à valeur faciale que leurs détenteurs revendent à la Banque de France qui n’en veut plus.

Le plus préoccupant pour les finances de l’opérateur est que les perspectives ne sont pas réjouissantes. Non seulement ces charges sont récurrentes, mais l’activité de frappe des euros qui représente un tiers de ses activités ne peut que baisser en raison du recours grandissant à la monnaie électronique.

Aussi dans ce contexte de fragilité du modèle économique de l’entreprise, le projet culturel porté par son prédécesseur et assumé sans grandes convictions par Aurélien Rousseau, n’est plus vraiment en odeur de sainteté à Bercy qui exerce sa tutelle sur l’établissement public. Ce projet, qui s’articule autour d’un vaste schéma de restructuration et de rénovation des bâtiments historiques en plein cœur de Paris, se compose d’un musée bien mal nommé (le 11Conti) et d’un espace d’exposition d’art contemporain qui est le visage glamour de l’institution.

La priorité est maintenant au rétablissement des comptes. Avant son départ, Aurélien Rousseau avait laissé entendre qu’il devait diminuer la masse salariale de 2 %.

Dans ces conditions, on comprend que le poste ne suscite pas beaucoup de vocations et que l’intérim assuré par le DRH pourrait durer. Une situation qui ne doit pas enchanter Camille Morineau qui dirige les collections et les expositions. Celle-ci doit ouvrir dans quelques jours une exposition sur Grayson Perry. Combien y aura-t-il encore d’expositions d’art à la Monnaie de Paris après celle-ci ?
 

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