Dimanche 19 janvier 2020

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Grotte Chauvet, la rançon du succès

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 10 mai 2017 - 794 mots

VALLON-PONT-D’ARC

Deux ans après une ouverture périlleuse, la réplique de la grotte Chauvet séduit le public et remplit les caisses de ses promoteurs. Un succès qui appelle de nouveaux aménagements.

VALLON-PONT-D’ARC - Inaugurée le 10 avril 2015, la « Caverne du Pont d’Arc », selon le nom officiel de la reconstitution de la grotte Chauvet en Ardèche, à quelques centaines de mètres de la grotte d’origine, affiche un large sourire : le cap du million de visiteurs a été franchi et le site est bénéficiaire.

Les débuts de cette belle histoire ont pourtant été chaotiques. C’est d’abord le système de réservation qui fonctionnait mal, constituant des groupes de visiteurs en surnombre. Or la gestion des flux dans le fac-similé du site ne souffre pas d’erreur : chaque groupe ne doit pas dépasser une certaine taille et il doit avancer à la même vitesse que le groupe précédant et celui qui suit. Le système « ouvert » de sonorisation de la voix des guides était aussi très décevant. Il a fallu le remplacer par des casques individuels, beaucoup plus satisfaisants pour l’expérience du visiteur, qui retrouve ainsi une certaine intimité. L’enjeu est ici important, il s’agit de faire oublier à chacun qu’il circule dans une reconstitution. À ces deux problèmes est venu s’ajouter le départ du premier directeur, un peu dépassé par les événements. Son remplaçant, Fabrice Tareau, arrivé il y a un peu plus d’un an, fort d’une expérience à Eurodisney, a su remobiliser les équipes et serrer les boulons de la machine.

De nouveaux enjeux
Une machine qui tourne aujourd’hui à plein régime en saison. Malgré une petite baisse sur la période d’avril à décembre 2016, le site accueille près de 500 000 personnes par an, contre une estimation de 420 000 visiteurs. Une « bonne affaire » pour la société de Kléber Rossillon qui gère le site pour le compte du syndicat mixte propriétaire des lieux. Avec un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros et un résultat brut d’exploitation de 18 %, il peut maintenant amortir sa mise de départ de 3,5 millions d’euros. Une bonne affaire aussi pour le syndicat mixte, qui a encaissé 900 000 euros de redevance en 2015 et 700 000 euros en 2016. Ces chiffres sont à la mesure de l’investissement initial de 55 millions d’euros, largement financé par les collectivités territoriales, l’État et l’Union européenne.

L’affluence en pleine saison paraissant garantie, les relais de croissance doivent être cherchés ailleurs. D’abord en élargissant les horaires en juillet-août par la mise en vente de 20 000 places après 19 heures. Cela permettra de cibler un public différent de celui qui vient passer une large partie de la journée sur le site et profiter des multiples animations de ce qui ressemble, comme à Lascaux 4, à un parc à thème. Il faudrait ensuite augmenter la fréquentation en demi-saison en essayant d’attirer le public des grandes métropoles régionales qui peut faire l’aller-retour dans la journée (Lyon, Marseille), voire le public européen, à commencer par les Néerlandais, lesquels sont des passionnés de préhistoire selon Kléber Rossillon.

Le succès étant au rendez-vous, le site apparaît maintenant sous-dimensionné. Mais le syndicat mixte et le concessionnaire, dont la durée du contrat est de dix-sept ans, se renvoient la balle quand il s’agit de financer les nouvelles infrastructures ou animations. Kléber Rossillon a accepté de prendre en charge les expositions semi-permanentes pour compléter une offre une peu courte. Une exposition sur le lion est ainsi en préparation avec de possibles prêts russes. Moins avancée est la construction d’un équipement destiné aux séminaires d’entreprise. Et pourtant il y a de la demande. Comme de la part des scolaires, « qui sont toujours en manque de salle », selon Fabrice Tareau – les élèves ont été plus de 35 000 à se déplacer l’an dernier. Une grande yourte est actuellement en construction pour satisfaire en partie les demandes, mais cela reste insuffisant. Il n’y a pas non plus suffisamment « de logements sur place pour les 70 médiateurs, dont beaucoup sont des saisonniers », signale Valérie Moles, la responsable pédagogique qui consacre une grande partie de son temps à recruter ces médiateurs.

Reste enfin le problème du nom. Contrairement à Lascaux qui porte le nom du lieu de la grotte originelle, celle de Chauvet est inscrite dans les mémoires sous le patronyme de l’un de ses découvreurs en 1994. Pour s’affranchir des procès qui jalonnent les mauvaises relations entre les inventeurs et les collectivités locales, le parc et la réplique ont été regroupés sous l’appellation « Caverne du Pont d’Arc », entretenant là un problème de communication. Sans compter le gâchis sur le plan de l’image que représente la marginalisation des découvreurs. Aujourd’hui à la retraite, épuisés et ruinés par les nombreux procès, les inventeurs seraient prêts à négocier avec plus de raison que dans le passé. Mais si certains élus sont d’accord, d’autres y sont fermement opposés. Les obstacles psychologiques sont toujours les plus difficiles à gérer.

Légende photo

Vue du ciel de la Caverne du Pont d'Arc – Grotte Chauvet. © CPA.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°479 du 12 mai 2017, avec le titre suivant : Grotte Chauvet, la rançon du succès

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