Mercredi 17 juillet 2019

Préhistoire

Une grotte Chauvet bis

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 30 décembre 2014 - 772 mots

VALLON-PONT-D'ARC

Quelques mois avant son inauguration, la caverne du Pont d’Arc, réplique en anamorphose de la grotte Chauvet, a été dévoilée à la presse.

Vallon Pont d’Arc - Le plus gros du travail est achevé, reste celui des finitions. La caverne du Pont d’Arc, fac-similé de la grotte Chauvet située à 2 kilomètres à vol d’oiseau, a été dévoilée à la presse le 17 décembre, veille du 20e anniversaire de la découverte de l’exceptionnelle grotte ornée vieille de 36 000 ans. Niché sur les hauteurs d’un vaste terrain boisé acquis en 2007 par le Syndicat mixte de l’Espace de restitution de la grotte ornée du Pont d’Arc, dite grotte Chauvet (SMERG), le site de la caverne du Pont d’Arc est un pari ambitieux (1). Bien connue des amoureux de la nature, l’Ardèche veut faire valoir ses atouts culturels, aussi le site comprend-il un centre de découverte, un pôle pédagogique, un espace événementiel et un pôle restauration, le tout parsemé d’une dizaine de petits satellites destinés à des ateliers en tous genres. L’ensemble conçu pour se fondre dans le paysage doit ouvrir au public le 25 avril 2015.

Une restitution scientifique
Pour ce projet, le comité scientifique a retenu le principe de l’anamorphose, une version « compactée » de 3 000 m2 de surface au sol de la grotte originale qui en fait le triple et en reproduit les éléments les plus notables. À l’aide d’un scanner numérique, qui a enregistré la volumétrie originelle de la grotte et des photographies numériques, 8 180 m2 de surface (sol, parois, plafonds) ont été reproduits au centimètre près. Le décor mêle polymères et produits naturels, les fossiles ont été réalisés par des plasticiens et les célèbres dessins par un artiste. Hervé Saulignac, président du conseil général de l’Ardèche, insiste sur le caractère fondamental de la validation scientifique de la scénographie qui a pourtant été largement revue et corrigée. À l’origine, le visiteur coiffé d’un casque orné d’une lampe frontale devait déambuler dans un parcours sans plafond (!) animé par de faux éboulements, des effets de lumière ou des ombres chinoises d’animaux… Le silence et l’émotion ont finalement gagné la partie. Quatre sens sont ici sollicités : la vue, avec les effets de brillance des matériaux et trois températures de lumière pour faire ressortir la profondeur des matières ; l’ouïe, avec le bruit du suintement de l’eau ; le toucher, avec une humidité et une fraîcheur contrôlées ; l’odorat, avec les parfums chimiques élaborés par des nez qui ont pris pour modèle la grotte de Saint Marcel d’Ardèche. Le silence original sera également respecté, avec des guides qui chuchoteront dans des micros dont le son sera diffusé par des « douches directionnelles » inaudibles hors-champ. 350 000 visiteurs sont attendus et les premiers seront, à la mi-avril, le président François Hollande et Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco. Car, rappelons-le, la grotte Chauvet est inscrite sur la Liste du patrimoine mondial depuis juin 2014.

Une paternité contestée

En cette journée du 17 décembre, trois absents ont beaucoup fait parler d’eux : les inventeurs, ou découvreurs reconnus par le ministère de la Culture en 2000, Eliette Brunel, Jean-Marie Chauvet et Christian Hilaire. « Ils n’ont jamais été associés à l’élaboration de ce projet », nous a précisé Daniel Terrasse, député de l’Ardèche et président du Grand Projet La caverne du Pont-d’Arc, car leur volonté d’être associés financièrement à l’exploitation du site leur avait été refusée. Après négociations, un accord leur allouant une commission de 3 % sur les entrées du site était sur le point d’aboutir lorsqu’à la mi-décembre une poignée de spéléologues ont remis en cause cette paternité. Parmi eux, Michel Rosa qui affirme avoir entrepris un premier déblayage en juin 1994 et ainsi facilité l’accès au trio. Suspendant l’accord jusqu’à nouvel ordre, Daniel Terrasse s’en remet à l’État, et attend la décision de la ministre de la Culture, voire les décisions de la justice. Une chose est sûre : le préhistorien Jean Clottes, directeur des recherches scientifiques de la grotte de 1998 et 2002 et président du comité scientifique du SMERG, a ajouté dans la réédition prochaine de « La grotte Chauvet-Pont d’Arc : sanctuaire préhistorique » (Dauphiné libéré éditions) le rôle tenu par Michel Rosa. Dans la version parue en mai 2013, il consignait déjà ce qu’il considère comme un secret de polichinelle : Eliette Brunel et Jean-Marie Chauvet sont les deux seuls inventeurs de la grotte, Christian Hilaire ne les ayant rejoints que quelques heures plus tard.

Note

(1) Budget global : 55 millions d’euros, financé ainsi : 14,7 millions (Ardèche), 14,7 (Région Rhône-Alpes), 12,2 (État), 9,9 (Union européenne) et 3,5 (Société de gestion Kléber-Rossillon).

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°426 du 2 janvier 2015, avec le titre suivant : Une grotte Chauvet bis

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