Spécial Covid-19 - Société

Comment le monde de l’art s’adapte au confinement

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 9 avril 2020 - 713 mots

FRANCE

Musées, ventes aux enchères, opérations caritatives se reportent massivement sur Internet avec des fortunes diverses.

Extrait de la vidéo « Pompéi chez vous » proposée en substitut de l'exposition au Grand Palais. © RMN.
Extrait de la vidéo « Pompéi chez vous » proposée en substitut de l'exposition au Grand Palais.
© RMN

Les galeries et foires (à l’instar d’Art Basel Hong Kong) ne sont pas les seules à avoir investi le Web pour conserver une activité commerciale. Les maisons de ventes, qui bénéficient d’outils bien rodés, se sont très vite adaptées avec des succès notables. Cependant, dans le déferlement de contenus numériques produits par les musées, peu d’entre eux curieusement concernent les expositions en cours.

Les expositions peinent à s’exposer sur la Toile

Si les institutions culturelles ont très vite mis en avant leur contenu numérique habituel (œuvres de leur collection, diaporama sur des expositions passées, films documentaires…), peu d’entre elles ont mis en ligne sous une forme ou une autre leur exposition en cours, fermée au public en raison du confinement. Presque toutes en sont restées aux « teasers » déjà publiés et entretiennent le buzz sur les réseaux sociaux, souvent grâce à des liens vers d’autres sites. Certes, des initiatives voient le jour comme la série de podcasts lancée par le Musée des beaux-arts de Caen à propos des « Villes ardentes ». La Réunion des musées nationaux offre aussi « Pompéi chez vous », un ensemble de vidéos, l’audioguide complet et des extraits du catalogue de l’événement de la saison programmé au Grand Palais. Mais, pour le moment, seuls des musées dont l’exposition est constituée d’œuvres leur appartenant ont mis en place une offre réelle de visite sur Internet. Ainsi, la Fondation Custodia (Paris) a anticipé la mise en ligne programmée de son exposition en cours, tandis que le Musée Vodou, à Strasbourg, dont l’exposition « Magie religieuse et pouvoirs sorciers » est programmée jusqu’au 30 novembre, tente de sauver la mise en innovant. Pour 3 euros, on peut voir en vidéo la visite virtuelle d’une heure ; pour le double de cette somme, on y ajoute un billet valable six mois après la réouverture, et, pour 8 euros de plus, on peut se procurer le catalogue numérique.

Élisabeth Santacreu
 

Les ventes en ligne profitent du confinement

Les salles de ventes étant fermées, plusieurs opérateurs se sont rabattus sur les ventes dématérialisées, optant pour le « live en huis clos » – le commissaire-priseur opérant seul en salle devant son écran – et les enchères organisées exclusivement en ligne. Il semble que les acheteurs soient au rendez-vous puisque les vacations qui se sont déroulées ces dernières semaines ont enregistré de bons résultats, avec un nombre record d’inscriptions et de connexions sur Drouot Digital, Interencheres ou Invaluable. Illustrant parfaitement le transfert réussi du live au online, la vente de design chez Sotheby’s, organisée du 24 au 31 mars, a récolté 3,7 millions d’euros – un record pour une vente de ce format dans cette discipline. Même succès pour la vacation en ligne du 26 mars consacrée, chez Sotheby’s toujours, à Banksy (1,2 M€) et celle de BD à huis clos organisée par Millon le 29 mars (502 000 €). La vente « en live confiné » intitulée « Or, lingots et pièces », le 2 avril chez Ader, a atteint 811 700 €, avec un taux de vente de 100 %.

Marie Potard
 

La solidarité s’organise

La vente caritative organisée sur Internet par Piasa du 3 au 5 avril au profit du collectif #Protègetonsoignant a réalisé 2,4 millions d’euros. L’événement, lancé par Laurent Dumas, président de la maison de ventes, a bénéficié du don de quelque 300 œuvres de la part d’artistes. Fabrice Hyber, Pierre et Gilles, Christian Boltanski ou Annette Messager ont ainsi répondu à cet appel solidaire. Le 8 avril, c’est la maison Tajan qui organise une vente d’arts décoratifs au profit de la Croix-Rouge. Drouot s’associe de son côté à Adidas pour réunir chaussures et maillots portés par des sportifs célèbres, en vente du 3 au 12 avril ; le produit sera reversé à la Fondation Hôpitaux de Paris. Partout en France, les musées, bibliothèques et archives se sont également mobilisés en faisant spontanément don de leurs masques FFP2 aux hôpitaux en pénurie.À l’étranger, la galerie suisse d’art moderne et contemporain Hauser & Wirth reverse 10 % de ses ventes en ligne à l’Organisation mondiale de la santé. En Californie, le J. Paul Getty Trust soutient les musées et organisations artistiques de Los Angeles touchés par la crise en débloquant une aide de 10 millions de dollars.

Sindbad Hammache

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°543 du 10 avril 2020, avec le titre suivant : Comment le monde de l’art s’adapte au confinement

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