Spécial Covid-19 - Ventes publiques

Vente caritative Piasa : un succès qui laisse songeur

Par Anne-Cécile Sanchez · lejournaldesarts.fr

Le 6 avril 2020 - 558 mots

PARIS

La vente au profit des hôpitaux a rapporté 2,4 M€, une somme supérieure à l’aide de l’Etat pour les artistes et galeries.

Claire Tabouret (née en 1981), Les Débutantes (bleu de minuit), 2014, acrylique sur toile, 230 x 330 cm
Claire Tabouret (née en 1981), Les Débutantes (bleu de minuit), 2014, acrylique sur toile, 230 x 330 cm
© Claire Tabouret

La vente caritative en ligne au profit du collectif « Protège Ton Soignant », organisée du 3 au 5 avril dernier par Piasa, à l’initiative de son président Laurent Dumas, a totalisé dimanche soir 2 417 400 euros pour 370 lots. On ne peut que se féliciter du bon résultat de ces enchères improvisées. Cependant la somme fait paraître d’autant plus maigre le fonds d’urgence doté par l’État de deux millions d'euros en faveur, cette fois, des galeries d’art, des centres d'art labellisés et des artistes-auteurs – fonds géré par le Centre national des arts plastiques et les DRAC. 

« On peut dire que quelques artistes, galeristes, collectionneurs ont rassemblé davantage pour les soignants en trois jours que l'État pour les arts plastiques depuis le début de la crise », souligne le galeriste Thomas Bernard, président de l’association Paris Gallery Map. « Deux millions de l'État pour les arts plastiques quand la seule ville de Berlin soutient à hauteur de 500 millions ses artistes : la France n'est clairement pas à la hauteur, abonde pour sa part Georges-Philippe Vallois ajoutant : qu’en est-il de la Ville de Paris ? Son silence est assourdissant. »

Il pourra aussi sembler quelque peu paradoxal de solliciter des dons de la part des artistes et des marchands quand l’économie des uns et des autres subit de plein fouet la crise actuelle. « Je trouve quand même étrange de demander aux artistes de pallier les manques de l’État, d’autant plus que la plupart d’entre nous vont se retrouver dans une situation catastrophique avec des expositions, des foires et des ventes annulées, et des frais fixes qu’il faut payer », remarque Mathieu Mercier, qui a cependant accepté de donner une œuvre de jeunesse Poème, collage sur papier estimé entre 1500 et 1800 euros et parti pour 2800 euros. 

On aurait pu craindre que les œuvres, avec un prix de réserve fixé à 500 euros seulement, soient bradées pour la bonne cause. Mais plusieurs enchères ont dépassé les estimations hautes, et les acquéreurs se sont souvent montrés davantage motivés par l’amour de l’art que par la perspective de faire de bonnes affaires. Une grande toile de Claire Tabouret, Les Débutantes (bleu de minuit) 2014, « don anonyme » estimée à 100 000/150 000 euros, est ainsi partie pour 207 000 euros. De même, un néon de Bertrand Lavier, vendu 52 000 euros, a pulvérisé son estimation. 

Cependant les œuvres d’artistes moins établis – tels que Lucie Picandet, Hyppolite Hengen, Jérémy Gobé … - n’ont pas suscité l’enthousiasme. De même, Total (2004), site internet interactif de Claude Closky, estimé entre 4 000 et 5 000 euros, est parti à 1 600 euros ; Starbuck Studies (6) 2013, aquarelle de Franck Scurti a été adjugée 2 600 euros quand son estimation haute était de 5 000 ; et The Statement (2013), impression unique au charbon signée Loris Gréaud estimée entre 8 000 et 12 000 euros, s’est vendue pour seulement 6 000. 

Les amateurs ont même boudé les deux éditions de Jeff Koons, vendues en dessous de leur estimation basse. Reste que « si l’on admet que les artistes vont être nombreux à se retrouver dans une position difficile, il faudra un jour penser à organiser une vente à leur profit », suggère en souriant Mathieu Mercier.
 

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