Dimanche 15 décembre 2019

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Mulhouse : un musée dans la tourmente

Par Philippe Sprang · lejournaldesarts.fr

Le 24 avril 2018 - 751 mots

MULHOUSE

Disparition d’objets, décès brutal du directeur, disparition du délégué de conservation. Après le choc, les interrogations.

Intérieur du Musée de l'impression sur étoffes, Mulhouse
Intérieur du Musée de l'impression sur étoffes, Mulhouse
Photo Ji-Elle, 2012

A Mulhouse, l’heure est encore à la stupeur lorsque l’on évoque les évènements qui frappent le Musée de l’impression sur étoffes. Pascal Bangratz, le président de l’association qui gère le musée est encore sous le choc. « Eric Bellargent, le directeur m’a appelé le 16 avril dernier. Il m’a expliqué avoir été contacté par la maison de vente Sotheby’s à propos de deux vases de Gallé pouvant provenir de nos collections. Il a procédé à un récolement dans les réserves et constaté qu’il manquait non pas deux mais trois vases Gallé. Avec son interlocuteur de Sotheby’s ils sont parvenus à retrouver le troisième vase. Il m’a dit qu’il allait porter plainte, j’ai approuvé sa décision. » Eric Bellargent prévient dans la foulée la communauté d’agglomération (Mulhouse Alsace Agglomération) qui participe au financement du musée. Il semblerait qu’Eric Bellargent avait aussi constaté la disparition de carrés Hermès.

Le lendemain de son dépôt de plainte, en fin de matinée et alors qu’il s’affaire pour changer une ampoule, Eric Bellargent chute d’une échelle et décède. « L’affaire l’avait perturbé » se souvient Pascal Bangratz. Une autopsie est en cours afin de déterminer les causes précises de son décès.

Voilà pour le drame et chacun de rappeler le parcours « d’une personnalité atypique et attachante ». Ancien directeur de supermarché, il avait suivi une reconversion et était entré comme gardien au musée en 1996 avant de s’occuper du magasin puis de l’administration et de devenir directeur de l’institution. « Il savait tout faire parfaitement, il était multitâche, perfectionniste. Et il voulait tout faire tout seul. Il s’est usé à la tâche », a expliqué aux Dernières Nouvelles d’Alsace Jacqueline Jacqué, ancienne conservatrice du musée. Arrivée en 1973 elle avait quitté le musée en 2009.

« J’ai rejoint l’association comme trésorier dans les années 2003-2005, explique Pascal Bangratz. On a négocié avec les banques et Eric Bellargent s’est attaché à développer l’activité du musée. Il faisait une nouvelle exposition tous les ans : Channel, Castelbajac, Hermès, … ». « Il était partout, se rappelle une habituée des lieux, donnant un coup de main à la billetterie avec la personne de l’accueil, faisant le service au salon de thé. Il était aussi doué pour tout ce qui concernait l’administratif et avait gagné le soutien des élus. Il était un peu le prodige qui avait remis à flot le musée.  »

«  Après le départ en 2015 d’une autre conservatrice, on a décidé de ne pas la remplacer. On n’avait pas les moyens, il y a eu une diminution des subventions notamment de la CCI qui elle aussi avait vu son financement baisser » explique Pascal Bangratz.

Cela aurait-il pu expliquer un manque de surveillance et faciliter « l’emprunt  » de pièces des collections ? «  Il y a deux sites pour les réserves. Il y a le site du musée dans lequel vous avez le Service Universel de Documentation, on dit le SUD. C’est là que se trouvent tous les échantillons et dessins. Les industriels paient pour consulter et réserver des motifs  » explique un habitué des lieux. L’institution abrite près de 6 millions de motifs textiles, Eric Bellargent veillait jalousement sur l’endroit. «  L’autre site où se trouvent les collections est situé à l’écart. C’est très bien rangé, très bien inventorié. Il y avait une restauratrice à mi-temps et une personne qui s’occupait des collections, la conservatrice et Jean-François Keller, l’assistant à la conservation que l’on ne voyait pas là-bas. Les personnes extérieures ne se trouvaient jamais seules dans les réserves, les visiteurs étaient toujours accompagnés.  » rajoute cet habitué.

Lors du départ de la conservatrice en 2015, c’est l’assistant à la conservation, devenu délégué à la conservation, Jean-François Keller, qui prépare les expositions. «  Il était là quand je suis arrivé explique Pascal Bangratz. Il était très calé sur les textiles. Il s’occupait des cartels, de la muséographie . »

A Eric Bellargent la partie administrative, à Jean-François Keller la conservation. Quelques jours avant le drame, Jean-François Keller s’était mis en arrêt maladie. Depuis, on est sans nouvelle de lui. Nous avons tenté de le joindre, sans succès. Nous ne sommes pas non plus parvenus à obtenir une réaction de la Société Industrielle de Mulhouse, propriétaire de la collection de vases Gallé, une collection acquise lors de l’exposition de 1900.

L’enquête sur la disparition des vases est menée par les équipes mulhousiennes de la direction interrégionale de la police judiciaire. 

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