Les musées secrets de Bretagne

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 23 juin 2016

La réouverture au printemps du Musée
de Pont-Aven, dans le Finistère, doit rappeler que la région Bretagne compte de nombreuses autres institutions, et autant de pépites à (re)découvrir cet été.

Très prisée pour ses superbes paysages et son patrimoine vernaculaire, la Bretagne n’est pas une région que l’on associe immédiatement à ses musées. À tort, car elle en compte environ deux cents dont trente-cinq musées de France. Avec, certes, quelques disparités territoriales, le Finistère hébergeant treize musées labellisés, le Morbihan dix, l’Ille-et-Vilaine neuf, mais les Côtes-d’Armor seulement trois. Ces institutions recèlent des collections riches et complémentaires : beaux-arts, archéologie, ethnographie, sciences et techniques, sans oublier l’univers maritime. La région affiche en effet une forte densité d’établissements dédiés à la mer et trois des cinq musées les plus fréquentés (Brest, Port-Louis et Douarnenez) appartiennent d’ailleurs à ce secteur. Autre point saillant, la quasi-totalité des musées est implantée dans des sites naturels ou architecturaux remarquables. Une osmose avec le patrimoine qui explique la vague de chantiers de rénovation en cours – une douzaine de projets sont actuellement à l’étude.

Des musées au pied marin

Résolument tournée vers l’océan, la Bretagne valorise cette histoire séculaire à travers plusieurs structures, pour certaines uniques en leur genre à l’image du Port-Musée de Douarnenez qui réunit un musée à quai et un à flot. Invitation à découvrir les cultures maritimes d’Europe, d’Asie et d’Océanie, le parcours à quai analyse les rapports de l’homme à la mer à travers une collection de bateaux de travail comme de plaisance, alors que le musée à flot rassemble des navires historiques (gabare, remorqueur, baliseur) ouverts à la visite. Cet été, ce parc s’enrichit d’un nouvel élément, un caboteur norvégien du XIXe siècle accessible au terme d’une vaste campagne de restauration. Le Finistère abrite un autre lieu emblématique, le Musée des phares et balises. Situé derrière le célèbre phare du
Créac’h, à Ouessant, il raconte l’histoire de la signalisation maritime à travers un ensemble d’instruments, de maquettes et de reconstitutions. Seul musée sur ce thème dans l’Hexagone, il s’apprête à devenir le Centre national des phares. L’équipement d’Ouessant va être rénové, tandis qu’un centre de ressources sera créé à Brest.

La région a aussi le privilège d’accueillir deux antennes du Musée national de la marine, toutes deux sises dans d’anciens arsenaux. Le satellite brestois prend place dans un château fort dominant la rade, un rare vestige de la ville ancienne grandement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, réputé, entre autres, pour ses corpus de décoration navale. Le Musée national de la marine de Port-Louis occupe quant à lui une superbe citadelle du XVIe siècle. On peut notamment y admirer des vestiges de vaisseaux engloutis mis au jour lors de fouilles sous-marines. La citadelle est l’écrin d’une autre institution, le Musée de la Compagnie des Indes. Celui-ci fait revivre l’épopée des compagnies de commerce des XVIIe et XVIIIe siècles qui acheminaient en Europe de précieuses marchandises exotiques. Véritable pépite, il se distingue tant pour son propos inédit que pour ses collections constituées de maquettes, d’estampes et surtout d’objets métis, c’est-à-dire du mobilier, des textiles ou encore des céramiques réalisés dans les comptoirs à l’intention des Occidentaux expatriés. Fruit d’un syncrétisme culturel, ces objets d’une grande originalité font tout le sel de ce charmant musée.

Des musées bretonnants ?
Impossible d’évoquer la Bretagne sans penser à sa puissante identité culturelle. Les traditions locales y sont en effet particulièrement affirmées et préservées, notamment par les musées. « Tout en refusant l’“ethnostalgie” », précise Évelyne Schmitt, conseiller musées à la Drac. « Dans leurs projets scientifiques et culturels, les établissements proposent au contraire des réflexions très contemporaines sur ces problématiques. L’ambition n’est pas militante, mais de mieux donner à comprendre les traditions et le territoire. » Ainsi, en marge de quelques petits établissements franchement bretonnants, se distinguent trois musées de France portant un regard actualisé sur l’ethnographie. À commencer par le Musée de Bretagne. Installé à Rennes dans l’équipement pluridisciplinaire Les Champs Libres, conçu par Christian de Portzamparc, le musée d’histoire et de société raconte la Bretagne de la préhistoire à aujourd’hui à travers des créations artistiques autant que par des objets du quotidien. Il mène par ailleurs un important travail de collecte et de valorisation des témoignages des habitants.

Changement de décor au Musée bigouden, serti dans le donjon du château de Pont-l’Abbé. Il y conserve de superbes coiffes et costumes, du précieux mobilier ciselé ainsi que des instruments de musique. Véritable plongée au cœur de la culture bigoudène, il permet de se familiariser avec cette société traditionnelle, de découvrir son héritage tout en soulignant ses échos actuels. Depuis quelques années, le musée a adopté un positionnement moderne en repensant sa muséographie, et en menant un vaste chantier de remaniement des collections et une politique volontariste d’enrichissement. Ce rapide panorama ne serait pas complet sans le Musée départemental breton. Au cœur du splendide Palais des évêques de Cornouaille, à Quimper, il présente de riches fonds d’archéologie, d’arts et traditions populaires et d’arts décoratifs. Outre des costumes et du mobilier, on peut y apprécier de remarquables exemples de faïences quimpéroises et des œuvres provenant d’églises du Finistère.

Un vaste patrimoine archéologique
La Bretagne est intimement liée à un autre patrimoine singulier : le mégalithisme. Plusieurs musées et sites archéologiques dévoilent les secrets de ces architectures de pierre, réalisées à des fins funéraires ou symboliques. Le plus important, le Musée de préhistoire de Carnac possède une collection de référence sur le mégalithisme en Europe et s’impose comme un préalable essentiel à la visite des sites alentour. Il rassemble plus de 6 000 objets, des photographies anciennes, des plans, des maquettes et, évidemment, des objets mis au jour lors des fouilles. Cet attachant musée a été fondé grâce à un riche érudit écossais, James Miln. Installé à Carnac et passionné d’archéologie, il fouilla de nombreux sites avec l’aide d’un préhistorien local, Zacharie Le Rouzic. À sa mort en 1881, il légua l’intégralité de ses collections à la ville de Carnac. L’établissement, aujourd’hui installé dans l’ancien presbytère, devrait bientôt être rénové. Sa muséographie un peu datée va notamment être repensée.

La région compte un autre lieu représentatif de cet engouement du XIXe siècle pour les temps anciens : le Château-Gaillard à Vannes. Rare témoignage de l’architecture civile médiévale, cette élégante demeure seigneuriale accueille les collections d’histoire et d’archéologie de la ville. Il s’agit essentiellement des fonds d’archéologie patiemment constitués par les Polymathes, une société d’érudits et de scientifiques active aux XIXe et XXe siècles. Le parcours expose les plus beaux objets issus des principaux sites du département, du paléolithique à l’époque gallo-romaine. L’ensemble le plus rare est l’exceptionnel mobilier funéraire du néolithique provenant de grands monuments mégalithiques du littoral.

De riches collections artistiques
Terre d’élection de nombreuses colonies de peintres et foyer de prestigieux collectionneurs, la Bretagne accueille également d’importants musées d’art. On ne présente plus le Musée des beaux-arts de Rennes, l’établissement le plus visité de la région, tandis que ceux de Brest et de Quimper conservent également de riches fonds. D’autres établissements, un peu moins connus que ces locomotives, valent aussi le détour. À l’instar du Musée de Morlaix qui montre, dans deux monuments classés, de belles collections éclectiques depuis la préhistoire jusqu’à l’art contemporain. Son point fort est cependant la peinture des XIXe et XXe siècles. Monet, Maurice Denis, Courbet, Sérusier ou Bonnard ornent par exemple ses cimaises. Le musée va prochainement entreprendre un important chantier de rénovation et de redéploiement.

Également installé dans un remarquable édifice médiéval, le Musée de La Cohue à Vannes abrite une importante collection d’art moderne et contemporain. Son parcours s’articule autour de plusieurs axes dont l’École de Paris et les peintres abstraits étroitement liés à la Bretagne comme Geneviève Asse et Tal Coat. Le musée présente en outre des artistes bretons de la nouvelle génération comme Thierry Le Saëc. Les créateurs locaux sont également à l’honneur dans un chapelet de petits musées monographiques. Le Musée Emmanuel de la Villéon, à Fougères, rend hommage au paysagiste postimpressionniste, tandis que l’on peut découvrir le travail du peintre et illustrateur Yan’ Dargent dans son musée à Saint-Servais.

Enfin, à Dinan, la Maison d’artiste de la Grande Vigne donne à voir les œuvres d’Yvonne Jean-Haffen, peintre qui fut l’élève et l’amie de Mathurin Méheut. Figure incontournable en Bretagne, Méheut jouit d’un musée monographique à Lamballe, sa ville natale. L’établissement, qui occupe une élégante maison à pans de bois, va bientôt s’installer dans les haras de Lamballe afin de disposer de meilleures conditions pour valoriser le riche corpus constitué de peintures, d’illustrations, d’objets d’art, de gravures, de sculptures et d’objets d’art de cet artiste prolifique et emblématique de la région.

Le Faouët, l’autre colonie de peintres
Comme la fameuse École de Pont-Aven [lire aussi p. 176], dont le musée vient de rouvrir après une transformation réussie [lire L’Œil n° 689], le village du Faouët a été une importante colonie artistique dès le milieu du XIXe siècle. Des peintres, des sculpteurs, mais aussi des pionniers de la photographie, en quête d’authenticité, de motifs nouveaux et d’exotisme breton, plébiscitèrent la commune. Ils furent aimantés par son riche patrimoine architectural et les coutumes et costumes ancestraux des habitants de cette cité rurale. Depuis 1987, un musée met en lumière cette histoire encore un peu dans l’ombre des autres colonies d’artistes. Il conserve plus de quatre cent cinquante dessins, peintures, gravures et sculptures réalisés entre 1845 et 1945. Des œuvres signées Maurice Denis, Géo, Marius Borgeaud mais aussi Guy Wilthew ou encore Élisabeth Sonrel. La collection est présentée par roulements au sein de l’ancien couvent des Ursulines qui organise de régulières expositions thématiques. Cet été, il s’intéresse au thème de la fête, un autre marqueur identitaire breton toujours d’actualité.

Brest Musée national de la marine
58e du classement Métropoles
71 344 visiteurs - 6 879 œuvres
Port-Louis Musée national de la marine
64e du classement Agglomérations
et communautés urbaines
70 048 visiteurs - 6 879 œuvres
Rennes Les Champs Libres
Musée de la Bretagne
22e du classement Métropoles
66 230 visiteurs - 620 430 œuvres
Carnac Musée de préhistoire
24e du classement Communautés de communes
39 583 visiteurs - 10 000 œuvres
Rennes Musée des beaux-arts
24e du classement Métropoles
73 413 visiteurs - 22 463 œuvres

Légende photo

Les Champs libres, Rennes © Photo : Alain Amet/Musée de Bretagne

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°692 du 1 juillet 2016, avec le titre suivant : Les musées secrets de Bretagne

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