Inauguration

Opération séduction à Rennes

Par Julie Portier · Le Journal des Arts

Le 2 mars 2010 - 598 mots

Après une campagne de travaux qui aura duré deux ans, le Musée des Beaux-arts de la ville redécouvre avec enthousiasme sa collection

RENNES (ILLE-ET-VILAINE) -  « Enfin ! », s’écrient les Rennais après deux ans de fermeture et un million d’euros consacrés à la réfection du premier étage de leur Musée des beaux-arts. Il était temps que les intérieurs de cet austère bâtiment néoclassique, qui n’a pas connu de travaux depuis les années 1950, fassent peau neuve. Ainsi, la réouverture, début février, du musée (peut-être) le moins glamour de son genre est-elle une véritable opération séduction pour ses conservateurs. Pendant la semaine d’inauguration, tous faisaient démonstration de bonnes résolutions en matière de médiation. Un nombre de visiteurs à faire rougir la Madeleine pénitente de Philippe de Champaigne a pu assister à un relais olympique de conférences gratuites. La mise aux normes du système électrique à l’origine du chantier a donc été l’occasion qu’attendait cette collection délaissée, voire ignorée, d’orchestrer sa redécouverte.

Pièces maîtresses
L’espace gagné suite au transfert du Musée de Bretagne aux Champs Libres – le centre culturel de Rennes Métropole signé par Portzamparc en 2006 – a été optimisé par l’ajout de cimaises intermédiaires pour dessiner un parcours là où se succédaient de vastes pièces en enfilade. Les 230 m2 supplémentaires ont permis de redéployer la collection en présentant une soixantaine d’œuvres jamais exposées, dont certaines sont tout juste restaurées. Plus cohérent, le parcours déroule une chronologie dont la scénographie traduit la fierté de posséder quelques pièces maîtresses comme le Persée délivrant Andromède de Véronèse. « Les gens sont allés le voir au Louvre [pour l’exposition « Titien, Tintoret, Véronèse : rivalités à Venise »] sans parfois savoir qu’il était conservé juste à côté de chez eux ! », blasonne le directeur, Francis Ribemont. Du mauve au gris pâle ou chocolat, une gamme séduisante de couleurs pour les cimaises guide une visite jalonnée de temps forts. Impossible de rater l’œuvre star dans une mise en scène tamisée : « Vous ne pourrez pas éviter la génuflexion devant le de La Tour », feint d’ironiser Francis Ribemont en désignant le Nouveau-né. Mais le clou du spectacle serait peut-être la Descente de croix de Le Brun, qui, fraîchement restaurée, prend place royalement au centre de la grande nef, volant bientôt la vedette à la Chasse au lion de Rubens.

Si le musée flambant neuf sait valoriser ses points forts, concentrés autour du XVIIe siècle français, cet accrochage flatteur ne saurait masquer les lacunes des réserves. En quittant la salle des impressionnistes, les cimaises abandonnent leurs belles couleurs. « C’est là que ça se gâte », lâche le directeur. L’ensemble d’art moderne constitué sous l’impulsion de l’exposition du groupe Mesure en 1961 – histoire que rappelle justement l’exposition « Georges Folmer » au rez-de-chaussée – a, en effet, suivi l’axe de la forme au détriment de la couleur. Au rayon des contemporains enfin, l’accrochage mise encore sur ses vedettes comme Geneviève Asse, Aurelie Nemours, Vera Molnar ou François Morellet. Des noms qui se retrouvent en vitrine de la galerie Oniris, dirigée à Rennes par Yvonne Paumelle, que le musée tarde à épauler. Signe de ce délaissement de l’art du XXe (notre siècle étant absent), la visite se termine sur la découverte de deux Yan Pei Ming face à face dans un couloir. La dernière acquisition du musée, un paysage habité de Philippe de Champaigne, ne fait pas de doute sur le sens de ses priorités.

MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE RENNES, 20, quai Émile-Zola, 35000 Rennes, tél. 02 23 62 17 45, www.mbar.org, tlj sauf lundi 10h-12h et 14h-18h, mardi 10h-18h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°320 du 5 mars 2010, avec le titre suivant : Opération séduction à Rennes

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