Dimanche 24 octobre 2021

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A l’Ashmolean Museum, un faux Rembrandt réattribué au maître ou à son atelier

Par Lorraine Lebrun · lejournaldesarts.fr

Le 1 septembre 2020 - 479 mots

OXFORD / ANGLETERRE

De nouvelles analyses suggèrent que l’œuvre, longtemps considérée comme un faux, serait de la main du maître ou de son atelier.

Rembrandt (attribué à), Tête d'un homme barbu (détail), vers 1620-1630. © Ashmolean Museum, University of Oxford
Rembrandt (attribué à), Tête d'un homme barbu (détail) , huile sur panneau de bois, 16 x 13 cm, circa 1620-1630.
© Ashmolean Museum, University of Oxford

Quand elle a rejoint l’Ashmolean Museum d’Oxford en 2015, la conservatrice An Van Camp découvre l’existence d’une petite huile sur panneau de bois, de la taille d’une carte postale, dont « personne ne voulait parler car il s’agissait de ce faux Rembrandt ».

Lorsqu’elle est léguée au musée universitaire par le marchand d’art Percy Moore Turner en 1951, Tête d’un homme barbu était alors considérée comme une œuvre du maître hollandais. Trente ans plus tard, en 1981, le Rembrandt Research Project, l’organisation qui fait autorité en matière d’attribution des œuvres du peintre, déclare qu’il s’agit en fait d’une réalisation d’un suiveur de la fin du XVIIe siècle, c’est-à-dire bien postérieure à la mort du peintre. L’œuvre quitte alors les cimaises du musée pour être reléguée dans les réserves.

Malgré tout, An Van Camp a toujours gardé en tête qu’il ne s’agissait peut-être pas de l’œuvre d’un simple imitateur. Pour elle, ce petit portrait est représentatif de la production d’une certaine période dans la vie du peintre, durant laquelle « il réalise ces petites études de têtes de vieillards, l’air triste, pensif et mélancolique. C’est tout à fait typique de ce que Rembrandt peint à Leyde autour de 1630. » 

Alors que le musée commence à organiser l’exposition « Young Rembrandt », la conservatrice fait analyser le panneau de bois par un expert en dendrochronologie (science de la datation du bois) parmi les plus réputés au niveau international. Celui-ci a déterminé que le bois de l’œuvre en question était le même que celui de l’Andromède enchaînée du Mauritshuis de La Haye, attribuée avec certitude au maître qui la réalisa autour de 1630 alors qu’il travaille à Leyde.

Le scientifique a pu établir que l’arbre dont provient les panneaux a été abattu entre 1618 et 1628. En comptant deux années supplémentaires nécessaires au séchage du bois, le portrait peut ainsi être daté, selon lui, autour de 1620 et 1630.

A défaut de prouver qu’il s’agit d’une œuvre autographe de Rembrandt, cette nouvelle datation vient prouver que la peinture a été réalisée bien plus tôt que ce qu’avait estimé le Rembrandt Research Project. Et pour An Van Camp, cela permet au moins dans un premier temps d’attribuer ce petit panneau à l’atelier du maître. Des analyses supplémentaires doivent maintenant déterminer dans quelle mesure celui-ci a pris part à la réalisation de l’œuvre. 

La question de l’attribution des œuvres de Rembrandt se pose régulièrement et a d’ailleurs fait l’objet d’une exposition au Mauritshuis en 2019. Le corpus officiel de l’artiste est régulièrement réexaminé par le Rembrandt Research Project qui a, au fil des années, attribué de nombreuses toiles à des suiveurs ou à son atelier.

En attendant que l’organisation se positionne sur cette nouvelle découverte, l’œuvre va rejoindre l’exposition « Young Rembrandt » à partir de ce mercredi 2 septembre.

Rembrandt (attribué à), Tête d'un homme barbu, huile sur panneau de bois, 16 x 13 cm, circa 1620-1630. © Ashmolean Museum, University of Oxford
Rembrandt (attribué à), Tête d'un homme barbu, huile sur panneau de bois, 16 x 13 cm, circa 1620-1630. © Ashmolean Museum, University of Oxford
© Ashmolean Museum, University of Oxford

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