Vendredi 17 septembre 2021

Art moderne

MAISON D’ARTISTE

Italie : La « Casa Balla » ouvre ses portes au public

Par Olivier Tosseri, correspondant à Rome · Le Journal des Arts

Le 29 juillet 2021 - 723 mots

ROME / ITALIE

En plein cœur de Rome, la maison-atelier de l’un des pères fondateurs du Futurisme était à l’abandon depuis une trentaine d’années.

Le salon de la Casa Balla. © Giacomo Balla / Photo M3 Studio / Fondazione Maxxi
Le salon de la Casa Balla.
© Giacomo Balla / Photo M3 Studio / Fondazione Maxxi.

Rome. Si la ville natale du Futurisme est Paris, où fut publié le Manifeste du mouvement écrit par Filippo Marinetti en 1909, son adresse est à Rome. Via Oslavia, 39B. C’est là que vécut et travailla Giacomo Balla (né en 1871) de 1929 à sa mort en 1958. L’artiste né il y a tout juste cent cinquante ans à Turin adhère au Futurisme dès 1910 et signe cette année-là deux manifestes : le Manifeste des peintres futuristes puis le Manifeste technique de la peinture futuriste. En 1929, il cosigne celui de l’aéropeinture futuriste. C’est l’année de son arrivée à Rome, dans le tout nouveau quartier petit-bourgeois della Vittoria, à quelques encablures du Vatican. La discrète façade de l’immeuble ne laisse rien présager de l’extravagance colorée de l’appartement de l’artiste. Plus qu’une simple maison-atelier, c’est un véritable manifeste futuriste en forme d’œuvre d’art totale. Plus particulièrement celui intitulé Reconstruction futuriste de l’univers que Balla a écrit avec le peintre Fortunato Depero en 1915 pour« reconstruire l’univers en lui infusant la joie, c’est-à-dire en le recréant complètement». Et celui de la couleur en 1918 dans lequel il exalte« une explosion de couleurs si joyeuse, si forte, aérienne, lavée à l’électricité ».

Une explosion qui colore son appartement du sol au plafond et dans lequel le moindre espace de ce gigantesque kaléidoscope, de la cuisine à la salle de bains, est décoré. Tout comme le mobilier et la vaisselle, qu’il s’agisse des lampes, des armoires ou encore des tapis, dessinés et réalisés collectivement souvent à partir de matériaux pauvres. Mais aussi les vêtements aux formes et couleurs chamarrées endossés par la famille. Car la Casa Balla est une véritable maison d’artistes au pluriel. Le maestro du Futurisme y vit avec ses deux filles, peintres elles-mêmes, Luce et Elica. Elles meurent en 1993 et 1994. La si lumineuse « Casa Balla » plonge alors dans l’ombre pendant près de trente ans et reste en l’état. En 2004, le ministère de la Culture italien la déclare « bien d’intérêt culturel » et des travaux de restauration sont lancés. Ils permettent pour la première fois d’ouvrir les lieux au public. « C’est plus qu’une maison, explique Giovanna Melandri, présidente de la Fondation MAXXI, chargée de la restauration. C’est un laboratoire. C’est ici que les projets créatifs de Giacomo Balla ont vraiment pris forme. Nous avons réalisé à quel point sa vision de l’art comme projet total était incroyablement contemporaine. » Le MAXXI a ainsi demandé à huit designers et artistes contemporains de s’inspirer de l’œuvre de Balla pour une exposition qui fait dialoguer leur création avec des archives de l’un des maîtres du Futurisme. « Son enseignement est toujours d’actualité, estime Domitilla Dardi, conservatrice de la section design du MAXXI et à l’origine du projet. Il montre l’importance des contaminations et mélanges entre différentes disciplines et différents concepts, la coexistence entre le langage abstrait et figuratif, mais surtout l’identification entre l’art et la vie. Vivre son art sans interruption. Ce sont les racines de notre modernité artistique. »

Le MAXXI réconforte L’Aquila 

L’Aquila, Abruzzes. Le MAXXI, musée national italien de l’art du XXIe siècle, devait fêter en 2020 son dixième anniversaire. Un événement qui n’a pu être célébré en raison de la pandémie. « Il ne veut pas se célébrer lui-même mais étendre, renforcer et développer les lignes directrices d’un ambitieux projet artistique, culturel et social », insiste sa présidente, Giovanna Melandri. C’est chose faite depuis le 28 mai à L’Aquila avec l’inauguration d’une succursale du MAXXI dans le palais Ardinghelli. Un palais du XVIIIe siècle qui a subi une profonde rénovation à la suite du tremblement de terre qui a ravagé la ville en 2009. « C’est une double renaissance, s’est félicitée Giovanna Melandri. À la fois celle d’après le séisme et celle d’après la pandémie. » La première exposition du « MAXXI L’Aquila » est intitulée « Punto di Equilibrio : Pensiero Spazio Luce da Toyo Ito a Ettore Spalletti » [Point d’équilibre. Pensée Espace Lumière de Toyo Ito à Ettore Spalletti]. Elle comprend au total huit nouvelles installations in situ au côté de 60 œuvres issues de la collection du MAXXI. Les œuvres contemporaines y côtoient des toiles attribuées à l’artiste vénitien Vincenzo Damini, datées de 1744. En une décennie, le musée romain a accueilli plus de 3 millions de visiteurs, organisé 106 expositions et plus de 2 000 événements culturels. Sa collection d’art compte à présent plus de 530 œuvres.

 

Olivier Tosseri, correspondant à Rome

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°571 du 9 juillet 2021, avec le titre suivant : La « Casa Balla » ouvre ses portes au public

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque