Mercredi 21 février 2018

Trois questions à

Thierry Ehrmann, président du groupe Serveur et d’Artprice.com, et sculpteur

« La Demeure du chaos est rentrée dans l’histoire »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 31 août 2007

Comment évolue Artprice ?
Avec plus de 21 millions d’indices et de résultats de ventes couvrant 342 000 artistes, Artprice est le leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l’art . Artprice, c’est 7 000 personnes connectées en permanence et 2,1 millions de visiteurs par mois. La « place de marché », lieu d’échange mondial d’œuvres d’art créé en février 2005, connaît une croissance exceptionnelle de 24 % par mois depuis le lancement des « stores » (hébergement de galeries en ligne) le 9 juin 2005. Entre février 2005 et février 2006, notre flux a été multiplié par 900 %, et ce, grâce au lancement de la place de marché. Nous avons enregistré 8 110 stores au 3 mars 2006 (à titre comparatif, Artnet héberge 1 100 galeries après quatorze ans d’existence). Chaque jour, entre 500 et 1 000 nouvelles œuvres apparaissent sur la place de marché. Le flux de sorties est presque aussi élevé que le flux d’entrées. En 2005, sur les 91 000 œuvres passées sur la place de marché, 34 % auraient été vendues. En moyenne, 50 000 personnes consultent ce service quotidiennement. Très différentes de celles d’eBay, les petites annonces normalisées d’Artprice sont de plus en plus plébiscitées par les professionnels. La valeur moyenne d’une œuvre mise en vente chez nous est de 8 800 euros. Ce qui nous place bien au-dessus d’eBay. Nous avons par exemple pu voir durant deux jours un exceptionnel portrait de femme de la période bleue de Picasso, un pastel sur papier proposé pour 2 millions d’euros par une galerie hollandaise le 7 février et un beau portrait par Caravage venant d’une galerie florentine. Mais ces pièces rarissimes restent souvent moins d’une semaine en ligne sur Artprice, car la visibilité de place de marché est telle que le vendeur trouve facilement son acheteur. Les professionnels sont complètement maîtres de leur boutique en ligne (Artprice Stores) car, en quelques clics, ils peuvent rajouter des œuvres, ou les retirer. Cette interactivité répond parfaitement aux besoins du marché, qui nécessite d’être de plus en plus dynamique.

Que devient votre « Demeure du chaos » ?
L’aventure artistique se poursuit plus que jamais et je continue à installer mes propres sculptures monumentales : la dernière en date, Overground, en acier, mesure 11 m de haut et pèse 63 tonnes.
J’ai fait appel du jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 16 février 2006, m’opposant à la Mairie de Saint-Romain-au-Mont-d’Or (Rhône). Ce jugement, qui reconnaît que « la Demeure du chaos est indiscutablement une œuvre d’art », considère que cette œuvre d’art doit être prise en compte dans sa globalité, et que nous avons dépassé les limites de l’œuvre d’art exemptée de déclaration (en effet, l’article R421-1 du code de l’urbanisme exempte de déclaration les œuvres d’art n’excédant pas 12 m de haut et/ou 40 m3). Ce procès est suivi de très près par le monde artistique et politique et fait déjà l’objet de nombreux débats chez les juristes. Nous avons lancé une pétition avec un objectif de 70 000 signatures à remettre au ministre de la Culture.
Avec un peu de recul, ce jugement fait rentrer la « Demeure du chaos » dans l’histoire de l’art, le tribunal ayant demandé en substance la remise en état, donc la destruction de l’ensemble de l’œuvre des artistes qui ont détourné cet ancien relais de poste du XVIIe siècle. Située à Saint-Romain-au-Mont-d’Or et s’étendant sur 12 000 m2, la « Demeure du chaos » est une œuvre d’art de collaboration. Depuis 1999, 2 700 œuvres d’art réalisées par une cinquantaine d’artistes y cohabitent. Elles sont toutes nommées, fichées, gérées et leurs droits déposés dans les sociétés de droits d’auteur. Je poursuis la démultiplication de l’art avec comme postulat d’origine : « Tout ce qui reste de l’apparat bourgeois doit se noyer dans un état de guerre permanent. » Actuellement, nous sommes en train de monter neuf bunkers de Mathieu Briand, un jeune poids lourd de l’art contemporain sur la scène internationale, et Nicolas Delprat travaille à une installation monumentale. J’invite tout le monde à venir voir sur place ou à consulter www.demeureduchaos.com .

Quelle est l’actualité d’Artprice ?
Nous préparons le catalogue raisonné des catalogues raisonnés, soit une nouvelle banque de données d’Artprice, en ligne d’ici quatre mois. Et il y a Artpricing, un nouveau service d’Artprice qui a démarré le 3 février. Les Anglo-Saxons, qui réagissent très vite, ont été très positifs. Les experts l’ont rapidement adopté. En France, de gros cabinets parisiens dans le domaine de l’assurance et du private banking l’ont testé avec succès. Cela fonctionne ainsi : chaque œuvre soumise à Artpricing est comparée selon une quarantaine de critères (médium, taille, sujet, date de création…) aux autres œuvres de notre base de données. À partir des informations saisies par nos clients, Artprice retourne sous quarante-huit heures une fourchette d’estimation de l’œuvre à la date de la commande, l’évolution de cette fourchette de prix depuis dix ans, et jusqu’à trois œuvres similaires identifiées, avec leurs reproductions, les descriptifs et les informations sur la vente. Artpricing est si bien perçu par les professionnels (courtiers, assureurs, experts, auctioneers) que nous leur proposons dès la fin mars un intranet tourné vers leur back-office (Artpricing Pro), leur permettant ainsi de se recentrer sur le cœur de leur métier, l’authentification.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°233 du 17 mars 2006, avec le titre suivant : Thierry Ehrmann, président du groupe Serveur et d’Artprice.com, et sculpteur

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