Foire

L’Armory Show, une foire très new-yorkaise

Par Alexia Lanta Maestrati · Le Journal des Arts

Le 16 mars 2020 - 867 mots

NEW YORK / ÉTATS-UNIS

À peine ralentie par le coronavirus, la foire d’art moderne et contemporain signe une édition solide, la dernière sur les Piers 90 et 94 avant son changement de dates et de lieu.

Kehinde Wiley, Portrait of Tahiatua Maraetefau II, 2019, huile sur lin, 175 x 145 cm. © Diane Arques/Galerie Templon.
Kehinde Wiley, Portrait of Tahiatua Maraetefau II, détail, 2019, huile sur lin, 175 x 145 cm.
© Diane Arques/Galerie Templon.

Le coronavirus inquiétait moins jusqu’à présent sur le sol américain qu’ailleurs. En témoigne le vernissage VIP de la grande foire new-yorkaise, l’Armory Show (organisée du 5 au 8 mars), qui battait littéralement son plein. Le long des allées des deux jetées 90 et 94 où étaient regroupées 183 galeries, les visiteurs, plutôt décontractés, s’entrechoquaient les coudes, amusés de cette nouvelle façon de se saluer. « Nous avons vu une dizaine de visiteurs avec des masques », faisait cependant observer Mathieu Templon, directeur de la Galerie Templon (Paris, Bruxelles).

Des collectionneurs venus moins nombreux

Le reste de la semaine était tout de même nettement plus calme que les autres années. Le samedi, Nathalie Obadia, directrice de la galerie du même nom (Paris, Bruxelles), soulignait : « Cette édition est ralentie par l’arrivée de la psychose autour du coronavirus à New York. Nous avons rencontré moins de collectionneurs, et la fréquentation, il me semble, est deux fois plus faible que d’habitude. Heureusement les commissaires d’exposition et les représentants des institutions américaines étaient là. » Car l’une des particularités de l’Armory Show est une concentration de représentants d’institutions étasuniennes, qui va de pair avec son ancrage américain si ce n’est new-yorkais. « C’est dans notre ADN. Nous sommes une foire new-yorkaise, créée à l’origine par des marchands locaux. Nous sommes situés à Manhattan, et réputés pour nos ventes solides, nous attirons des galeristes qui veulent rencontrer une audience locale », affirmait Nicole Berry, directrice de la manifestation.

Ainsi, la zone principale, le Piers 94, où sont situés la section générale « Galleries » et le secteur « Presents », dévolu aux plus jeunes galeries (moins de dix ans d’existence), regroupait 135 exposants parmi lesquels 63 Américains (47 %), dont 35 New-Yorkais – à titre indicatif, la Fiac (Foire internationale d’art contemporain) à Paris accueillait 27 % de marchands français en 2019. D’entrée, le visiteur était accueilli par les grands noms installés à Manhattan : Sean Kelly et Simon Lee respectivement à gauche et à droite, Gagosian et 303 en face.

Kehinde Wiley, Portrait of Tahiatua Maraetefau II, 2019, huile sur lin, 175 x 145 cm. © Diane Arques/Galerie Templon.
Kehinde Wiley, Portrait of Tahiatua Maraetefau II, 2019, huile sur lin, 175 x 145 cm.
© Diane Arques/Galerie Templon.

Si l’offre est inégale – Antoine Levi, directeur de la galerie du même nom à Paris, qualifie même la manifestation de « supermarché »–, la foire soigne de plus en plus sa présentation. « En une dizaine d’années, la qualité a augmenté, les organisateurs ont réduit le nombre de galeries pour offrir des stands plus spacieux. Avant il y avait des successions de petits stands qui étouffaient les collectionneurs », rappelait Bruno Delavallade, directeur de Praz-Delavallade (Paris, Los Angeles) et ancien membre du comité de sélection de l’Armory Show. Pour Nathalie Obadia, c’est certainement le « charme de la foire que de se distinguer du positionnement très pointu de la Frieze New York. L’Armory est une vraie foire américaine avec de tout, et des découvertes. Les prix se situent essentiellement en dessous de 200 000 euros, même les galeries de renom viennent avec des œuvres dans cette zone-là ». Et malgré le virus, on relevait un volume de ventes important, dominé par des peintures plutôt colorées répondant à l’appétence locale, à l’exemple des collages de Vik Muniz (53 000 €) à la Galeria Nara Roesler (Rio de Janeiro, São Paulo, New York), du Portrait of Tahiatua Maraetefau II de Kehinde Wiley (212 000 €) à la Galerie Templon ou de plusieurs toiles d’Austin Lee (40 000 €) chez Jeffrey Deitch (New York, Los Angeles).

Toutes les galeries n’étaient pas pareillement satisfaites. Déçue, la Galerie Antoine Levi, installée dans le secteur « Presents », affirmait venir pour la dernière fois. « Le rythme est beaucoup plus lent que les années précédentes et je pense que cette baisse de fréquentation n’est pas seulement liée au virus. Nous avons cédé seulement deux œuvres (à 4 000 et 14 000 €) car nous sommes situés trop loin et la foire est trop grande. Les organisateurs privilégient les galeries locales, et il est difficile de se faire une place dans le marché américain », déplorait son directeur.

Prochaine édition : septembre 2021

C’était la dernière fois que le salon prenait place sur ces deux jetées vétustes sur l’Hudson. La prochaine édition de l’Armory Show ne se déroulera plus en mars mais en septembre (du 9 au 12 septembre 2021 plus précisément), et ce dans le Javits Convention Center, récemment agrandi et rénové pour un budget de plus de un milliard d’euros. « Proposer une foire séparée sur deux jetées était compliqué. Le mois de septembre va nous inscrire au même moment que les expositions les plus importantes de la ville, ce qui nous amènera des collectionneurs plus internationaux », confiait Nicole Berry.

Renforçant son ancrage dans Manhattan, la nouvelle localisation se trouve au cœur de Chelsea – où sont installées les plus grandes galeries d’art contemporain, Hudson Yards ou encore la High Line. « Le Javits est un lieu formidable et très connu. Le mois de septembre est chargé car c’est la rentrée et nous avons nos vernissages à Paris et à Bruxelles. En même temps, c’est la rentrée ici aussi et les galeries new-yorkaises présentent leurs meilleures expositions. En plus la saison est formidable, c’est l’été indien », se réjouissait déjà Anne-Claudie Coric, directrice de la Galerie Templon.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°541 du 13 mars 2020, avec le titre suivant : L’Armory Show, une foire très new-yorkaise

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