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Art Paris, remous autour du montant des remboursements

Par Anne-Cécile Sanchez · lejournaldesarts.fr

Le 16 avril 2020 - 574 mots

PARIS

Plusieurs galeries manifestent leur mécontentement concernant les modalités de remboursement après l’annulation de la foire.

Art Paris 2019. © Art Paris
Art Paris 2019.
© Art Paris

C’est peu dire que les conditions de remboursement d’Art Paris ne satisfont pas les galeries participantes. Suite à l’annulation de la 23e édition d’Art Paris, initialement prévue du 2 au 5 avril, puis reportée du 28 au 31 mai 2020, France Conventions, la société organisatrice, a en effet communiqué officiellement aux galeries ses modalités de compensation. 

Sous réserve « de l’acceptation de son dossier de refinancement par les banques et la BPI (Banque Publique d’Investissement) », France Convention s’est engagé à garantir un remboursement … très partiel. Celui-ci équivaut à 50 % de la participation et des frais techniques réglés par les exposants, dont seule la moitié devrait être versée fin mai, l’autre moitié étant constituée d’un « avoir pour la session de 2021 » - prévue du 7 au 11 avril. 

« Nous avons été mis devant le fait accompli », s’insurge Dominique Fiat, membre du Comité de sélection de la foire. Le Comité avait été consulté quant à l’hypothèse « irréaliste » d’un report de la foire du 1er au 5 juillet, qui « montrait avant tout de la part de France Conventions une volonté de rentrer dans ses frais ». Mais les conditions de remboursement n’ont fait l’objet d’aucune négociation. « Les galeries sont pourtant les premiers clients de France Conventions ; ils n’en tiennent pas suffisamment compte », regrette Dominique Fiat. La galeriste souligne qu’au sortir d’une période difficile, et au beau milieu d’une nouvelle crise, « nous fonctionnons tous en flux tendu : chaque euro compte »

Le contexte dramatique inédit rend cette politique de compensation par ailleurs inacceptable pour certaines enseignes. D’autant que d’autres foires se sont montrées plus généreuses, ou plus solidaires, telle Art Basel « qui a remboursé les exposants de son édition hongkongaise, elle aussi annulée, à hauteur de 75 % », affirme Daniel Templon. Le marchand s’interroge : « Quels sont les frais d’Art Paris ? Pour l’essentiel, la location du Grand Palais, 700 000 euros, dont ils vont très certainement être remboursés. Il n’y a donc aucune raison que la foire nous prenne 50 % de ce que nous lui avons versé ». Tout en prélevant un acompte sur sa prochaine édition, obligeant, de fait, les galeries à y prendre part. 

Cette solution discutable résulte cependant d’un arbitrage raisonnable, selon Guillaume Piens, le directeur artistique. « Le 5 mars, lorsque la foire a dû être reportée, tout était acté pour pouvoir ouvrir à la fin du mois ; la société France Conventions avait réglé 70 à 80 % des frais, sachant qu’elle n’avait récupéré que 60 % de ses recettes, qui proviennent des galeries. Elle n’a donc pas réalisé son chiffre d’affaires de l’année. Aujourd’hui Julien Lecêtre, directeur général de France Conventions, est en train de s’endetter pour cinq ans afin de rembourser les exposants ». Les conditions générales de vente de la foire, remarque Guillaume Piens, stipulent par ailleurs que « dans le cas où, pour des raisons majeures », elle ne peut avoir lieu, « les participations ne seront pas remboursées ». « La situation est grave pour tout le monde. Veut-on que la foire se mette en dépôt de bilan ? Personne n’aurait à y gagner », s’agace son directeur artistique. 

Mais certaines galeries se livrent à d’autres calculs. « C’est une foire qui me revient entre 70 000 et 80 000 euros, soit presque autant que la Fiac, où je fais un chiffre trois à quatre fois supérieur », estime Daniel Templon. Il assure cependant qu’il reviendra à Art Paris, « où il vend à des collectionneurs français »
 

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