Art moderne

IMPRESSIONNISME

Hommage à l’ami Pissarro

Par Élisabeth Santacreu · Le Journal des Arts

Le 12 octobre 2021 - 520 mots

BÂLE / SUISSE

La rétrospective bâloise retrace le cheminement d’un artiste attaché au travail collectif. Une générosité dont ont profité notamment Cézanne et Gauguin.

Camille Pissarro, Les Glaneuses, 1889, huile sur toile, 65 x 81 cm, Kunstmuseum, Basel. © Photo Jonas Hänggi
Camille Pissarro, Les Glaneuses, 1889, huile sur toile, 65 x 81 cm, Kunstmuseum, Basel.
© Photo Jonas Hänggi

Bâle (Suisse). Déjà propriétaire de sept toiles et vingt œuvres sur papier de Camille Pissarro (1830-1903), le Kunstmuseum de Bâle a reçu cette année La Maison Rondest, l’Hermitage, Pontoise, une huile de 1875 offerte par un collectionneur suisse. Or, selon le directeur du musée, Josef Helfenstein, Pissarro souffre d’un manque de popularité et n’a d’ailleurs pas fait l’objet d’une exposition monographique en Suisse depuis plus de soixante ans. Avec le spécialiste français de l’artiste, Christophe Duvivier, il est le co-commissaire de cette grande rétrospective qui met l’accent sur son importance dans la construction des mouvements impressionniste et postimpressionniste.

L’un des atouts majeurs de l’exposition est que les œuvres présentées (environ 150) viennent de Suisse et de France, mais aussi de toute l’Europe, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada ainsi que de collections particulières. Grâce à ces prêts, on peut voir dans la première salle des toiles rares de Pissarro exécutées avant la guerre de 1870, durant laquelle il a perdu toute la production qu’il avait entreposée dans sa maison de Louveciennes, ainsi que, plus loin dans l’exposition, un bel ensemble d’œuvres sur papier.

Pissarro en bonne compagnie

Tout au long du parcours est soulignée l’importance dans la vie du peintre de l’amitié et de la transmission. Au début, des œuvres de Camille Corot et Charles-François Daubigny rappellent ceux qui ont influencé sa formation française. Toutefois, sa jeunesse aux Antilles danoises, où il est né, et son apprentissage auprès du peintre danois Fritz Melbye ne sont pas documentés ici. Puis ce sont des toiles d’Alfred Sisley, Claude Monet ou Armand Guillaumin qui témoignent de la formation du groupe impressionniste dans lequel Pissarro faisait figure de grand frère. Autre influence : l’ami proche Ludovic Piette, le peintre aisé mais de sensibilité politique radicale qui abritait la famille de l’anarchiste Pissarro lorsque l’argent venait à manquer.

Les relations avec Paul Cézanne et Paul Gauguin font l’objet de salles particulières et permettent de comprendre ce que ces deux-là doivent à l’aîné auprès duquel ils ont travaillé. Un peu plus loin dans le parcours, c’est l’inverse : Pissarro découvre le néo-impressionnisme et se conforme aux préceptes de son ami Georges Seurat, de trente ans son cadet. Il gardera de cette courte période divisionniste un papillotement de la touche qui caractérise ses œuvres peintes à Éragny-sur-Epte, refuge de la famille à partir de 1884. Les portraits de ses proches et les scènes de la vie paysanne [voir ill.] forment sans doute le travail le plus connu de l’artiste.

L’exposition se termine par les vues de villes et de ports peintes au cours de ses dix dernières années. À la suite de Claude Monet, il expérimente les séries et part sur le motif en Normandie, à Rouen ou Dieppe. Des œuvres moins personnelles qui lui ont pourtant apporté le confort matériel, car elles plaisaient au public. Enfin, une pépite en toute fin du parcours : le bel autoportrait réalisé l’année de sa mort et donné par son fils Lucien à la Tate Gallery de Londres.

Camille Pissarro, l’atelier de la modernité,
jusqu’au 23 janvier 2022, Kunstmuseum, St. Alban-Graben, 16, 4051 Bâle (Suisse).

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°574 du 1 octobre 2021, avec le titre suivant : Hommage à l’ami Pissarro

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