Dimanche 25 juillet 2021

Justice

Le musée américain reprend la propriété du Pissarro spolié

Par Jean-Christophe Castelain · lejournaldesarts.fr

Le 2 juin 2021 - 670 mots

PARIS

Mme Meyer et l’Université d’Oklahoma ont signé une nouvelle transaction confirmant cependant l’esprit du protocole de 2016.

Camille Pissarro, La Bergère rentrant ses moutons, 1886, huile sur toile, 46 x 38 cm. © Fred Jones Jr Museum of Art, public domain
Camille Pissarro, La Bergère rentrant ses moutons, 1886, huile sur toile, 46 x 38 cm.

Nouveau rebondissement dans l’affaire du tableau de Pissarro, Bergère rentrant ses moutons (1886), volé par les nazis à la famille Meyer. Après avoir longtemps bataillé pour récupérer le tableau volé à ses parents adoptifs, Mme Léone Meyer (82 ans) a dû se résoudre à signer un nouveau protocole avec le Fred Jones Jr Museum de l’Université de l’Oklahoma, protocole dans lequel elle cède la propriété du tableau au musée, qui doit trouver un donataire en France.

Le protocole de 2016 et la nouvelle bataille judiciaire

Le premier protocole transactionnel remonte au 22 février 2016. Dans cet accord Mme Meyer et le musée américain avaient mis fin à leur litige en reconnaissant la pleine propriété du tableau à Mme Meyer et en organisant une rotation « perpétuelle » de l’exposition du tableau entre un musée en France et le musée de l’université de l’Oklahoma. 

Après une première période de 5 ans où il a été présenté au Musée d’Orsay, il doit partir cet été dans l’Oklahoma pour 3 ans, puis retour en France pour 3 ans, etc… Il était également stipulé que Mme Meyer devait de son vivant « effectuer une donation inconditionnelle entre vifs ou d’un legs du tableau à une institution artistique convenue mutuellement et située en France, étant entendu que l’accord ne devra pas être refusé sans raison valable, à condition que ladite institution accepte d’assurer les obligations de Mme Meyer au titre du présent accord de s’en acquitter. »

Accessoirement la convention souligne la bonne foi du musée et des collectionneurs américains qui avaient donné le Pissarro en 2000. La transaction a été homologuée par le tribunal de grande instance de Paris (devenu Tribunal judiciaire) en octobre 2016.

En octobre 2020, Mme Meyer se ravise et conteste le protocole devant les justices françaises et américaines. Mais le 10 mai dernier, le Tribunal judiciaire de Paris la déboute de ses demandes et confirme son obligation d’exécuter ses engagements.

Le protocole de juin 2021

Nouveau rebondissement donc, avec un deuxième protocole transactionnel signé par Mme Meyer et le musée américain abrité dans une fondation, dans lequel Léone Meyer cède le tableau au musée américain.

Mais selon une source proche du dossier, la cession du droit de propriété du tableau au musée n’est que temporaire. L’esprit de l’accord de 2016 reste le même : organiser l’exposition du tableau dans les deux pays tous les 3 ans. Le changement est que la fondation américaine aura la responsabilité de trouver un musée français.

Il semblerait en effet que Mme Meyer ait eu des difficultés à trouver un musée français acceptant la donation (Le Musée d’Orsay avait refusé la donation et n’a pas répondu à notre demande d’explications). L’institution culturelle doit en effet renvoyer, à ses frais, le tableau tous les 3 ans. Le nouveau protocole stipule qu’il revient maintenant à la fondation américaine de trouver un lieu d’accueil et d’exposition en France et si elle ne le trouve pas, le tableau sera exposé dans l’ambassade américaine en France. 

Un élément a sans doute joué dans ce nouvel accord. La justice américaine a en effet condamné Mme Meyer (pour « injure à la cour ») le 4 janvier dernier à lui verser 2 500 $ par jour tant qu’elle ne se désistait pas de ses actions aux Etats-Unis. Cent cinquante jours plus tard (x 2500 $) l’addition commence à être élevée. 

Après la disparition de sa mère à Auschwitz, Mme Léone Meyer avait été adoptée en 1946 à l’âge de 7 ans par Yvonne Bader, héritière des Galeries Lafayette, et son mari. Après des études en sciences politiques puis de médecine elle exerce la pédiatrie quelques années avant de s’investir davantage dans la gestion des Galeries Lafayette. Elle s’en était retirée après avoir vendu ses parts en 2005 pour la somme de 935 millions d’euros. Depuis, elle avait fait de la restitution de ce tableau de ses parents adoptifs, un combat. Jusqu’à aujourd’hui.

Cet article a été publié le 1er juin 2021 à 17 h

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