Vendredi 19 octobre 2018

Art contemporain

Les tulipes de Koons fleuriront à l’automne

L’installation controversée de la sculpture monumentale de Jeff Koons sur le parvis du Palais de Tokyo a été reportée pour raisons techniques

PARIS

L’installation sur le parvis du Palais de Tokyo du Bouquet de tulipes, cadeau de Jeff Koons après les attentats du 13-Novembre, a été repoussée en raison de problèmes techniques. L’accord de l’architecte des Bâtiments de France serait assuré. La justice reproche par ailleurs à l’artiste américain d’avoir copié pour son œuvre Naked une image d’un photographe français.

Jeff Koons, <em> Bouquet of Tulips </em>
Jeff Koons, Bouquet of Tulips
©Jeff Koons
Courtesy Noirmontartproduction

PARIS - Le 21 novembre 2016, Jeff Koons dévoilait à l’ambassade américaine Bouquet of Tulips, son « cadeau de souvenir et de rétablissement » à la Ville de Paris, soit un bouquet de tulipes monumental destiné à trôner devant le Palais de Tokyo, à Paris, en commémoration et « signe d’amitié » de l’Amérique et de l’artiste, des attentats du 13-Novembre. Quatre mois plus tard et après un accueil public plutôt frais, le projet suit son cours, mais l’inauguration devrait n’avoir lieu qu’à l’automne prochain, pour des raisons techniques.

Installer une sculpture de plus de 30 tonnes et 12 mètres de haut n’est pas simple. Les bureaux d’étude doivent s’adapter à une portance et une prise au vent inhabituelles. « Parmi les différents sites envisagés, l’avenue du Président-Wilson n’était pas le plus simple, mais il est celui sur lequel se sont mis d’accord l’artiste, la Mairie et les directeurs des deux musées concernés », explique l’équipe chargée du projet. Si celle-ci précise en avoir presque terminé aujourd’hui, on peut s’étonner que les ingénieurs aient eu besoin de plus de six mois pour régler la question.

Par ailleurs, le Fonds pour Paris est en train de conclure le tour de table, qui a pris également un peu plus de temps que prévu, pour financer la construction (estimée à un peu plus de 3 millions d’euros) : produite par la société De Noirmont et fondue par Strassacker (*), la sculpture était pourtant largement avancée au moment où le projet a été révélé. Mais alors qu’Anne Hidalgo avait annoncé que les particuliers pourraient participer au financement de l’œuvre, le site Internet du Fonds pour Paris, trois mois après l’annonce, ne mentionne toujours pas le projet (1). « C’est une erreur, il n’a jamais été prévu que le grand public participe : ce seront cinq ou six mécènes français et américains, dont nous devrions confirmer les dons respectifs sous peu », corrige la directrice du projet. À ceux qui critiquent la défiscalisation à 66 % au titre de la loi Aillagon (relative au mécénat) pour un artiste symbole du marché, le Fonds pour Paris répond par un raisonnement étonnant concernant une donation publique : « Sur le marché, l’œuvre aurait coûté dix fois plus. »

Accord de l’ABF
Reste la question patrimoniale concernant l’intégration de l’œuvre à son environnement. Si le 16e (**) arrondissement est un site inscrit, comme la majeure partie de Paris, ni le Palais de Tokyo ni le Palais Galliera qui lui fait face ne sont des monuments historiques. Un seul bâtiment protégé se trouve à proximité : le Musée Guimet, à environ 300 mètres à l’ouest, par-delà la place d’Iena. Le Musée Guimet étant situé dans le périmètre des abords, la loi stipule que l’architecte des Bâtiments de France (ABF) doit se prononcer sur l’éventuel champ de visibilité à partager avec le futur bouquet de tulipes. Interrogé, l’ABF explique : « En hiver, sans feuilles sur les arbres, sur la pointe des pieds depuis les marches du Musée Guimet, on aperçoit la place de Tokyo. De fait, le champ existe, donc nous nous prononcerons. » Un avis nécessairement favorable, laisse-t-il entendre, puisque les tulipes de Jeff Koons ne porteront aucunement atteinte à la qualité architecturale du Musée Guimet. Or la loi sur la liberté de la création, l’architecture et le patrimoine a institué la décision unique : si l’ABF est saisi (ce que le champ de « covisibilité », même restreint, exige), sa conclusion l’emporte sur les autres niveaux de protection, notamment local. En d’autres termes, dès que les études techniques sur l’implantation seront rendues, le projet sera soumis à l’ABF, dont l’avis devrait être favorable, sans autre recours possible : seul le propriétaire du terrain (la Mairie de Paris) pourrait s’opposer à ladite installation.

Emplacement discutable
La voie semble donc se dégager pour l’installation de la sculpture, malgré les critiques. Le kitsch provocateur de l’Américain et son second degré, a fortiori en commémoration des attentats, sont loin de faire consensus. Julien Lacaze, vice-président de Sites & Monuments (ex-SPPEF), défend l’artiste américain (« sans doute la plus belle des expositions de Versailles, faite avec une grande subtilité »), mais s’interroge sur la pertinence de l’emplacement : « Le Palais de Tokyo brille par son épure, son rythme, sa sobriété. Autant une exposition temporaire aurait proposé un contraste intéressant, autant une installation pérenne dessert à la fois le Bouquet et l’ensemble architectural, qui ne sont pas en sympathie. » Mais les deux pétitions contre le projet (sur les sites Avaaz et Change.org) plafonnent en deçà des 2 000 signatures.

Erratum

(*) Nous avions écrit que la fonte a eu lieu en Allemagne mais une partie a été réalisée dans la filiale Alsacienne de la fonderie allemande Strassacker.

(**) Le Palais de Tokyo et le MAMVP sont bien dans le 16e arrodissement et non dans le 8e comme écrit dans l'édition papier.

Note

(1) Suite aux interrogations du Journal des Arts auprès du Fonds pour Paris, nous avons constaté depuis que le projet « Bouquet of Tulips - Jeff Koons » était apparu dans la rubrique "Projet" de leur site.

JEFF KOONS – BOUQUET OF TULIPS – 2016

DESCRIPTIF TECHNIQUE

Bronze polychrome, acier inoxydable et aluminum.
Nombre exemplaire : 1/1 plus 1 épreuve d’artiste.

Sculpture sans socle :
Hauteur : 10,40 m
Largeur : 8,35 m
Profondeur : 10,17 m

Sculpture avec socle :
Hauteur : 11,66 m
Largeur : 8,35 m
Profondeur : 10,17m

Poids (approximativement) :
Sculpture dont structure interne : 27 T
Sculpture et socle : 33/39 T


BUDGET : COÛTS DE PRODUCTION ET D’INSTALLATION

Ingénierie : 304 760 €
Fabrication : 2 469 100 €
Emballage, transport, installation : 175 000 €
Fonds de réserve : 50 000 €
Renforcement de l’infrastructure souterraine : 500 000 €
TOTAL : 3 498 860 €

Source : Fonds pour Paris

Thématiques

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°475 du 17 mars 2017, avec le titre suivant : Les tulipes de Koons fleuriront à l’automne

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