Art contemporain - Biennale

Biennale de Venise

Le Musée de l’Ermitage occupera le pavillon russe de la biennale de Venise

MOSCOU / RUSSIE

Le musée d’art ancien de Saint-Pétersbourg sera à la fois le sujet et le commissaire du pavillon russe à la prochaine Biennale de Venise. Une configuration aussi inédite qu’incongrue en matière d’art contemporain.

Le pavillon de la Russie dans les Giardini à Venise - photo LudoSane
Le pavillon de la Russie dans les Giardini à Venise
Photo Ludosane, 2017

Moscou. Fâché avec l’art contemporain, mais contraint de participer à la 58e Biennale de Venise pour une question d’image, le pouvoir russe pense avoir trouvé un compromis astucieux. Le pavillon russe sera consacré au Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. L’Ermitage sera à la fois le thème central, le partenaire de l’exposition, mais aussi le commissaire de l’exposition, ce qui n’est pas banal.

Qui dit Ermitage, dit Mikhaïl Piotrovsky (74 ans), son inamovible directeur depuis près de trois décennies. Des sources proches de Semion Mikhaïlovsky, le commissaire du pavillon russe de Venise, confirment que c’est bien le patron de l’Ermitage qui a choisi les artistes. Parmi eux figurent le cinéaste Alexandre Sokourov (67 ans), quelques étudiants de l’Académie des arts de Saint-Pétersbourg (dont Semion Mikhaïlovsky est le recteur) et le décorateur de théâtre Alexander Shishkin-Hokusai (50 ans). « Ce ne sera pas l’exposition d’un artiste. Et elle ne sera associée à aucune forme d’art en particulier. Il y aura une vidéo sous une forme ou une autre, peut-être un film, une photo, une sculpture, divers objets. Je veux qu’il y ait des sons et de la musique. Par conséquent, ce sera une histoire synthétique, bien sûr, avec une sorte de dramaturgie », avait déclaré Mikhailovsky lors d’une présentation très sommaire du pavillon en novembre dernier.

Le cinéaste Alexandre Sokourov est connu entre autres pour son film L’arche russe (2001), filmé en une seule séquence et sans le moindre montage dans l’Ermitage. Il a reçu en 2011 le Lion d’or de la Mostra pour son Faust. Beaucoup s’imaginent que L’Arche russe, dont le personnage principal est le musée, formera la base du concept artistique du pavillon russe. L’installation conçue par Sokourov en collaboration avec des étudiants de l’Académie des arts occupera les étages supérieurs du pavillon. Le rez-de-chaussée sera confié à Alexander Shishkin-Hokusai pour son installation baptisée « école flamande », qui utilisera des scènes de peintures de maîtres anciens de la collection du Musée de l’Ermitage, en particulier l’histoire du Retour du fils prodigue de Rembrandt.

Critique acide

Le caractère paradoxal du pavillon russe, apparemment tourné vers le passé et confié à un groupe de sommités pétersbourgeoises pas particulièrement proche de l’art contemporain, inspire des commentaires acides. « La reproduction de l’Ermitage épouse la logique populiste de la Russie actuelle, dans laquelle les grands musées ouvrent des espaces dans des centres commerciaux. Elle épouse aussi la logique des autorités culturelles centrée sur la représentation des “valeurs traditionnelles” et du “glorieux passé de la Russie », écrit Maria Kravtsova dans ArtGuide.ru. Pour elle, « il faut être naïf pour s’imaginer que le pavillon russe de la Biennale constitue une vitrine de l’art contemporain russe ou une opportunité pour ce dernier ». Kravtsova égratigne particulièrement Semion Mikhaïlovsky, « fonctionnaire obséquieux, spécialiste de la neutralisation et expert pour brouiller le sens de ce que nous appelons l’art contemporain ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°518 du 1 mars 2019, avec le titre suivant : Le Musée de l’Ermitage occupera le pavillon russe de la biennale de Venise

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