Mercredi 11 décembre 2019

Ecole d'art

Choisir son école d’art pour son dynamisme

Par Virginie Duchesne · L'ŒIL

Le 21 février 2016 - 2216 mots

Apprendre l’art et la création ne suffit pas. Pour mieux préparer sa sortie dès la rentrée, s’intéresser au dynamisme des écoles d’art, à leur implantation locale et internationale et aux initiatives des structures qui gravitent autour d’elles est devenu décisif au moment de choisir son établissement.

Comment résoudre cette « année dépressive », une fois le diplôme en poche ? Les réponses apportées par l’école et des initiatives extérieures prennent des formes multiples : créer des liens entre étudiants et diplômés, inventer des collaborations avec les collectivités locales, organiser des prix pour garantir une visibilité et provoquer des rencontres avec les professionnels, nouer des partenariats avec des entreprises et des institutions et jeter des ponts vers l’étranger. Autant de propositions qui déterminent la vitalité d’une école et constituent un tremplin vers la vie professionnelle.

Sortir de l’école
« Je pense que le dynamisme d’une école passe par le fait de sortir de celle-ci. Ce sont les frottements et les échanges avec l’extérieur qui font toute la richesse d’un étudiant », est convaincu Jean-Marc Dimanche, secrétaire général de l’Association Les Amis des beaux-arts de Paris, née en 2007. L’association a pour but « de créer un lien avec le monde professionnel et mettre les étudiants en situation réelle. » Pour cela, des prix appuyés sur le mécénat sont décernés chaque année par un jury de professionnels. Les étudiants répondent à un appel à concours tel qu’ils seront amenés à le faire après leur diplôme. « Par ailleurs, être indépendant de l’école nous donne une plus grande liberté d’action et nous permet d’établir un contact différent avec les étudiants. Les anciens sont les premiers à nous appeler pour nous demander un conseil, un contact. » C’est pourquoi des associations d’amis se mettent en place dans les écoles, comme récemment à l’ENSAD et prochainement à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. « Il s’agit de créer une communauté qui excède les seuls acteurs de l’école. L’enjeu est d’accroître notre assise sociale et de construire une relation de confiance et d’échange avec un cercle de partenaires désireux de s’engager, dans la mesure qu’ils le souhaitent, autour des activités de l’école. Elle pourra par exemple organiser un prix ou s’impliquer dans des projets spécifiques », explique Emmanuel Tibloux, le directeur de l’ENSBA Lyon.

Se confronter au monde professionnel
Ouvrir les étudiants à la vie professionnelle n’est pas seulement une histoire d’école. Elle est aussi écrite par des initiatives extérieures à elle et à laquelle elle peut faire participer ses étudiants. C’est le cas de la compétition Artagõn, créée l’an dernier. Quinze écoles de France, de Belgique, de Suisse et de Monaco participent à la deuxième édition dont les sélections débutent en février et mars. Des délégations de membres du jury, constitué de vingt-cinq professionnels du monde de l’art, vont à la rencontre des futurs artistes dans leur école. C’est souvent l’occasion pour certains de se mesurer pour la première fois à un regard critique en dehors du cercle scolaire. « La compétition Artagõn constitue un microcosme qui ressemble à celui qu’ils trouveront après le diplôme, avec des galeristes, des collectionneurs, des critiques d’art, des directeurs de musées », explique Keimis Henni, le cofondateur et le président de l’association. En photographie, le prix de la Fondation Louis Roederer est décerné à l’issue d’un concours entre étudiants des grandes écoles européennes de photographie, dans le cadre du Festival Planche(s) Contact à Deauville. Pour la deuxième année consécutive, c’est une étudiante de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles qui en est la lauréate. Anna Broujean est ainsi invitée à exposer son travail lors de la prochaine édition du festival, courant novembre 2016.

Ce regard extérieur doucement introduit dans les écoles d’art est depuis longtemps indispensable aux écoles de design. Ce qu’atteste Alexis Georgacopoulos, directeur de l’École cantonale d’art de Lausanne, en Suisse : « Nous formons de jeunes professionnels, donc cela ne peut pas se faire sans se frotter au monde réel. Les partenariats avec des entreprises existent pour mettre les étudiants devant des cas de figure concrets avec un cahier des charges détaillé. Cela leur apporte une visibilité et une expérience du travail. C’est aussi un réseau qui se met en place dès l’école. »

Ouvrir l’école
Le dynamisme d’une école d’art ne passe pas seulement par les liens tissés avec le monde des professionnels. Il est également nourri par des partenariats avec d’autres écoles, une ouverture à la ville et les contacts avec les anciens diplômés qui apporteront leurs soutiens. C’est l’axe même du nouveau campus de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole qui ouvrira ses portes en septembre 2017 sur l’île de Nantes. 1 600 m2 seront dévolus au public, sous la forme d’un amphithéâtre, d’un centre de documentation, d’espaces de pratiques artistiques et d’une galerie d’exposition. Celle-ci servira de vitrine à la nouvelle association chargée de mettre en relation les étudiants et les structures qui ont été créées par les diplômés sur le territoire nantais « pour un partage d’expériences et pour servir de plateforme à des projets communs », explique Rozenn Le Merrer, directrice attractivité et développement. Le nouveau campus réunira par ailleurs l’école de management Sciencescom Audencia Group, l’école de design, le pôle universitaire dédié aux cultures numériques et le Pont Supérieur qui forme au spectacle vivant : autant d’institutions avec lesquelles travailler au croisement des disciplines.

Créer son parcours
Il est donc intéressant de connaître les atouts qu’offre une école pour préparer sa sortie dès l’entrée. Cependant, il ne faut pas hésiter à se renseigner sur les enjeux réels de ces propositions, interroger d’anciens et d’actuels étudiants, savoir si les dispositifs sont encore effectifs et s’ils sont obligatoires ou sur la base du volontariat dans le cursus. Car certains établissements sont encore frileux quant à laisser entrer le monde extérieur dans le cocon estudiantin ou à briser le cours de la scolarité pour un semestre à l’étranger.

Il incombe donc parfois à l’étudiant de créer lui-même cette ouverture propice à son parcours. C’est ce qu’a réalisé Vincent Blesbois, diplômé en 2009 de l’École supérieure d’art de Clermont Métropole (ESACM). « Il est du devoir des artistes à un moment donné de poser la question des “structures-satellites” qui gravitent autour de l’école et qui peuvent porter leurs projets et leur professionnalisation. » Il crée en 2012 l’association/collectif Les Ateliers avec plusieurs autres diplômés de l’ESACM, et le soutien de l’école, de la Ville, du département et de Clermont Communauté. « Désormais quand un professionnel de l’art vient à Clermont-Ferrand, il demande à passer aux Ateliers et peut ainsi rencontrer plusieurs artistes sur place. L’autre point fort de cette création, c’était la volonté que les anciens étudiants restent sur le territoire pendant un temps. » Pour l’irriguer artistiquement et culturellement à la sortie de l’école, qui devient aujourd’hui un acteur majeur d’une région.

S’inscrire dans un territoire
Également directeur de l’Association nationale des écoles d’art (Andea), Emmanuel Tibloux abonde dans ce sens : « Nous améliorons de plus en plus la communication, car nous constatons que les écoles ne sont pas toujours bien connues et parfois trop peu valorisées. Elle se fait notamment en direction des collectivités locales, avec lesquelles nous travaillons pour mettre en avant l’atout que représente une école d’art pour un territoire en termes de dynamisme et de fertilisation. » Certaines écoles ont fait le choix de s’insérer dans le tissu local pour intégrer leurs étudiants. Voire leur faire découvrir d’autres métiers liés à l’artistique et au culturel. « C’est un travail social et économique important », souligne Dominique Pasqualini, directeur de l’École Média Art Fructidor à Chalon-sur-Saône, qui « défend les PME, petites et moyennes écoles ». Fructidor a lié des partenariats avec les antennes locales des Arts et Métiers à Chalon, de l’Inserm à Dijon et avec l’hôpital de la ville dans le cadre de projets, partie intégrante du cursus. « Les étudiants ont ainsi travaillé avec la mairie, l’hôpital, les espaces verts, ils sont inscrits dans le territoire. »

Autre petite école, l’École supérieure d’art de l’agglomération d’Annecy a ainsi réussi à vitaliser une région, « éloignée des grandes métropoles, où il n’y a pas forcément d’institutions pour travailler sur tous les sujets, en particulier, autour des cultures numériques », explique le directeur, Stéphane Sauzedde. D’où la création d’un FabLab qui dispose de machines-outils, ouvert aux étudiants et, deux jours par semaine, aux diplômés, aux designers, aux architectes. Au-delà des rencontres qu’il suscite, il s’agit de maintenir une activité sur la région et « faire en sorte que les diplômés ne partent pas immédiatement après leur diplôme. Ce qui a un effet d’entraînement avec le réveil de municipalités qui mettent peu à peu à disposition des lieux et des projets avec eux. Beaucoup de choses se sont ainsi construites dans le sillage de l’école et de son dynamisme », conclut Stéphane Sauzedde.

Jeanne Briand
« Le prix a constitué un élan significatif dans ma production, d’abord, au-delà de la reconnaissance de mon travail, grâce à l’apport financier qui lui est lié et qui m’a permis de réaliser un projet coûteux que j’avais en tête depuis deux ans. Deuxième chose, participer à un tel événement provoque de nombreuses rencontres, notamment dans mon cas avec des commissaires d’exposition. Enfin, l’autre grand tremplin dans mon parcours a clairement été mon séjour à la California Institute of the Arts, réalisé au cours de mon cursus grâce aux bourses de l’ENSBA Paris. »
Diplômée de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris (DNSEP avec félicitations du jury). Lauréate du prix Aurige Finance – prix des Amis des beaux-arts de Paris 2015. Six mois d’échange à la CalArts à Los Angeles dans le cadre d’un partenariat de l’école, en 2014.

Fanny Lavergne
« Participer à la compétition Artagõn, c’était l’opportunité de montrer son travail lors d’un accrochage à un jury extérieur qui se déplaçait dans l’école. Nous le montrons en effet plus souvent pour des échéances internes, dans le cadre scolaire. Ce regard extérieur est important, car tout le monde a un avis et une culture différents, il est donc enrichissant d’avoir une discussion qui change de celles qui se passent à l’échelle de l’école, nécessaire aussi pour se construire, savoir quel artiste on souhaite devenir. Enfin, remporter la coupe donne une sacrée visibilité et permet de rencontrer d’autres étudiants lors de l’exposition. C’est également une ligne dans le CV qui inspire confiance. »
DNSEP. En postdiplôme à l’École supérieure d’arts plastiques de la Ville de Monaco. Lauréate de la coupe individuelle Artagõn en 2015.

Alix Desaubliaux
« L’atelier se passait à l’École des mines. Nous devions donc sortir de l’établissement et de la protection de l’école d’art. Au sein de l’atelier, les “Mineurs” travaillaient sur la motricité du robot, les étudiants de l’ICN Business School se sont chargés de trouver des fonds et, de notre côté, nous élaborions les scénarios et la gestuelle de Guido. Participer à ce projet m’a permis d’appréhender la robotique, me lancer dans un domaine nouveau auquel nous n’avons pas forcément accès dans une école d’art et également de rencontrer les étudiants d’écoles d’ingénieurs et de commerce. Cette pluridisciplinarité offerte à l’ENSAD Nancy a été un critère déterminant pour moi dans le choix de l’école. »
5e année à l’École nationale supérieure d’art et de design de Nancy. Au sein de la structure Artem, elle a participé à l’atelier réunissant une quinzaine d’étudiants de l’École des mines, de l’ICN Business School et de l’ENSAD Nancy pour la réalisation du robot Guido.

Lyes Hammadouche
« J’ai choisi de postuler pour un doctorat SACRe au sein de Paris Science Lettres qui réunit plusieurs écoles parisiennes. Je travaille donc entre l’ENSAD et l’ENS dont sont issus mes directeurs de thèse : Jérôme Sackur, chercheur en sciences cognitives à l’ENS, et Samuel Bianchini, artiste et enseignant-chercheur à l’ENSAD. Ce qui est passionnant, c’est cette transdisciplinarité. Je peux échanger facilement avec des scientifiques experts dans le domaine qui m’intéresse (perception du temps, mind-monitoring, flux de conscience…). Dans ce cadre, j’ai répondu en binôme avec un autre étudiant, Ianis Lallemand, via l’ENSAD à un appel à projets du forum Vies Mobiles lancé par la SNCF. Notre projet « Texel », qui porte sur la perception du temps dans les transports, a été choisi, réalisé au sein de l’ENSAD Lab et financé par la SNCF. Il pourrait être prochainement produit à grande échelle. »
Diplômé de l’ENSAD. Doctorant SACRe-PSL. Cocréateur du projet Texel.

Jeanne Moynot
« Lors de mon cursus à Nantes, j’ai pu partir dans le cadre du programme Erasmus dès la deuxième année, ce qui n’est plus possible aujourd’hui. J’ai également fait un séjour à Miami en quatrième année. L’école est engagée dans un développement vers l’international et encourage la mobilité. J’ai choisi ensuite la Villa Arson pour la performance. Au-delà des rencontres avec les professeurs, ce sont toutes les expériences extérieures qui m’ont construite dans mon parcours, qui ouvrent les yeux sur le métier d’artiste. C’est aussi important que les enseignements. J’ai enfin rejoint Les Réalisateurs, car le programme apporte beaucoup de liberté, une excellente mobilisation de l’école dans l’encadrement ainsi que l’encadrement artistique de Fabrice Hyber, et parce que les conditions financières sont excellentes, c’est important à la sortie de l’école. »
Diplômée de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole (DNAP, 2007) et de la Villa Arson (DNSEP, 2009). Promotion 2015 Les Réalisateurs.

Le guide des écoles d'art

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Le projet d’implantation de l’École supérieure des beaux-arts de Nantes, sur l’île de Nantes © Franklin Azzi Architecture

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°688 du 1 mars 2016, avec le titre suivant : Choisir son école d’art pour son dynamisme

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