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Délocalisation

Nantes poursuit sa route au Texas

NANTES

Logements, ateliers… L’École des beaux-arts de Nantes veut pérenniser son projet Fieldwork Marfa, au Texas. Un mini-campus va voir le jour dans ce village en plein désert.

NANTES - « Marfa, 2 000 habitants, des Blancs, des Latinos, des pauvres, des travailleurs frontaliers et quelques gens très riches, dans un paysage hors du commun. Et des blocs de béton de Donald Judd au milieu. » La description est de Wilfrid Almendra, l’un des premiers artistes en résidence à Marfa, au Texas, en 2011. Une trentaine de Français, Suisses et Américains s’y sont succédé jusqu’en 2016, pour des séjours de deux et trois mois. Ces résidences sont le fruit d’une collaboration atypique entre trois écoles : les Beaux-Arts de Nantes, la Haute école d’art et design (Head) de Genève et la University of Houston School of art ont créé, en marge de ces résidences, un « master in fine arts » commun. « Comme il y a des moyens de production sur place pour les élèves, on peut produire quelque chose d’intéressant en quinze jours : le lien entre résidence professionnelle et dimension pédagogique fonctionne », explique Wilfrid Almendra. Cette originalité a permis d’obtenir l’aide des services culturels de l’ambassade de France et du Partners University Funds, avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles Pays de la Loire. Côté Suisse, la Head a obtenu le soutien de la Fondation Gandur.

Depuis que Donald Judd et Dan Flavin y ont installé leurs plus belles pièces, Marfa connaît un destin atypique : des lieux culturels en proportion inédite, des tournages de films à gros budget et un atelier de Christopher Wool. Quelques touristes privilégiés viennent s’y perdre, bien que l’aéroport d’El Paso soit à trois heures de route. Dans ce laboratoire à ciel ouvert, les écoles font venir leurs étudiants pour des ateliers d’une à deux semaines : « l’idée est de leur faire voir du pays et de côtoyer des artistes in situ. Voir une autre réalité géographique, sociale et culturelle », explique Pierre-Jean Galdin, directeur de l’École des Beaux-Arts de Nantes. Aux côtés de Jean-Pierre Greff, le directeur de la Head, c’est lui qui est à l’origine du projet.

Un nouveau lieu permanent
Mais Fieldwork Marfa, restait trop fragile : logements de location, espaces gracieusement prêtés… Pierre-Jean Galdin a convaincu huit mécènes nantais (lire encadré) d’acheter en mars dernier un terrain à Marfa, pour y construire logements et ateliers. L’idée est de se fondre dans le paysage, dans la logique minimaliste des lieux, mais d’avoir plus de moyens techniques,  dont un immense espace d’expérimentation pour le land art. « Bien souvent, l’artiste ne produit que là où il est invité », explique Pierre-Jean Galdin. « Je veux que mes étudiants apprennent à vivre avec leur atelier mobile. » Derrière l’exotisme américain glamour, dont l’ambitieux directeur aime jouer, il met en avant la dimension pédagogique. Il s’agit aussi de faire des l’École des beaux-arts de Nantes une vitrine artistique et universitaire de la sixième ville française, d’où le soutien appuyé de Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères (et ancien maire de Nantes !). L’ancien Premier ministre s’est échappé de la Conférence générale des Nations unies, vendredi 23 septembre dernier, pour venir à l’ambassade de France à New York inaugurer le second chapitre de l’histoire : Fieldwork Marfa, 2016-2020. Il a filé la métaphore de l’Ouest et du far west, de Nantes à Marfa : « Dans les westerns qui ont fait la gloire de Marfa et la joie de mon enfance, on retrouve la lumière des grands espaces, que nous connaissons bien sur les bords de la Loire. » Pierre-Jean Galdin a précisé : « Tout est parti d’Estuaire [le parcours artistique à Nantes], en réalité. Je veux que les étudiants comprennent pourquoi on a quitté le musée puis le white cube ».

À deux pas du Metropolitan Museum de New York, devant mécènes et journalistes des deux pays, Pierre-Jean Galdin a précisé  la dimension internationale de son projet pédagogique : Séoul et Dakar sont les deux autres pôles en développement. Tout n’est pas encore financé et la première pierre n’est même pas posée. Mais aux États-Unis, rappelle-t-il ironique, « on agit d’abord, on réfléchit ensuite. Au moins on avance ». Comme avec Stockholm, dont l’école d’art devrait être le prochain partenaire à intégrer le projet pour élargir encore le spectre lumineux perceptible sur les rives de la Loire.

Marfa 2 financé par des mécènes nantais

L’oncle d’Amérique est nantais et c’est un groupe de mécènes. À l’heure où toutes les écoles d’art peinent à compenser la baisse des subventions, Pierre-Jean Galdin détone. Le directeur des Beaux-Arts de Nantes a réussi à fidéliser un groupe de mécènes de la région pour soutenir ses projets internationaux. Autour de la galeriste Mélanie Rio et de son mari Anthony Rio, l’architecte qui construira les bâtiments à Marfa, on trouve six entrepreneurs : promoteurs immobiliers, professionnels de la restauration ou de l’optique… La plupart sont collectionneurs. Le fonds de dotation qu’ils ont monté a permis de mobiliser 120 000 euros pour financer l’achat du terrain et une partie du programme. À leurs côtés, on trouve la Dia Foundation et le Fonds pour les échanges franco-américains (FACE, lire JdA n° 464), par l’intermédiaire du Partner University Fund, qui a déjà déboursé 200 000 euros sur trois ans. L’école finance sur ses deniers une partie du budget (80 000 euros par an environ), notamment grâce aux cours intensifs de français dispensés par l’école aux étudiants étrangers présents à Nantes.

Légende photo

Les protagonistes de l'échange Fieldwork Marfa. Photo D.R.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°465 du 14 octobre 2016, avec le titre suivant : Nantes poursuit sa route au Texas

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