Mercredi 11 décembre 2019

Justice

Procès en appel des Pussy Riot : une libération et deux condamnations

Par LeJournaldesArts.fr · lejournaldesarts.fr

Le 15 octobre 2012 - 596 mots

MOSCOU (RUSSIE) [15.10.12] – La cour d’appel de Moscou a confirmé la condamnation à deux ans de prison de deux « Pussy Riot » et commué en liberté surveillée la peine de la troisième.

Le verdict du procès en appel des Pussy Riot a été rendu. Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, a vu sa première condamnation à deux ans de camp d’emprisonnement commuée en deux ans de liberté surveillée tandis que la peine de deux ans de prison des deux autres membres du groupe, Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina est confirmée.

Le procès d’appel qui devait se dérouler le 1er octobre dernier avait été reporté de dix jours après qu’Ekaterina Samoutsevitch eut annoncé avoir rompu avec ses avocats, ne partageant pas leur ligne de défense. Le 10 octobre, les nouveaux avocats ont présenté de nouveaux moyens basés sur une volonté de scinder le cas des trois femmes et non de les juger comme un groupe.

Les avocats d’Ekatarina Samoutsevitch ont mis en avant le fait que leur cliente ne pouvait pas être poursuivie pour les accusations d’appel à la haine religieuse et d’hooliganisme qui pèsent sur le groupe punk car elle avait été interpelée quelques secondes après être entrée dans la cathédrale. Arrêtée par un gardien alors qu’elle était en train de sortir sa guitare, la jeune femme n’aurait donc pas eu le temps de rejoindre l’endroit où a été jouée la « prière anti-poutine ».

La jeune femme qui a été libérée à l’issue du procès entame donc une probation de deux années durant lesquelles elle ne pourra changer de résidence sans en référer aux autorités. La justice a surtout insisté sur l’interdiction de participer à des performances similaires à la « prière punk » sous peine d’être renvoyée aussitôt en prison.

Si Ekatarina Samoutsevitch a été remise en liberté, le tribunal de Moscou n’a pas jugé nécessaire d’alléger la peine des deux autres Pussy Riot. Le juge Iouri Passiounine s’en est justifié en rappelant que les deux jeunes femmes avaient déjà bénéficié de circonstances atténuantes en première instance, une donnée prise en compte pour le rendu du verdict puisque la loi russe prévoit jusqu’à sept ans de prison pour de tels chefs d’accusations. Trois jours avant l’audience, la télévision russe avait diffusé des propos de Vladimir Poutine qualifiant de « correcte » la peine de deux ans de prison prononcée à l’encontre du groupe punk. Les avocats de la défense sont revenus sur cette déclaration, arguant le fait qu’elle ait pu influencer le verdict final. Une accusation que le tribunal de Moscou a vivement contestée.

Amnesty International, par la voix du directeur adjoint du programme Europe-Asie centrale David Diaz-Jogeix a clairement montré sa désapprobation : « Tout jugement qui réduit la durée de l’incarcération prononcée à tort contre les trois jeunes femmes est le bienvenu. Mais il ne faut pas se leurrer, il n’y a pas eu de justice aujourd’hui. » Et d’ajouter « Ce verdict montre que le système judicaire russe est peu enclin à offrir une protection à quiconque se brouille avec les autorités. »

Alexei Muhin, directeur du Center for Political Information voit dans la libération d’Ekatarina Samoutsevitch une volonté des autorités de se retirer petit à petit de ce procès devenu trop médiatique.

Les deux Pussy Riot déclarées coupables ont présenté des excuses publiques aux croyants, rejetant par là même l’accusation d’incitation à la haine religieuse, elles ont réaffirmé avoir commis un acte politique, et se disent déterminées à poursuivre le combat. « Nous continuerons à parler, que l’on nous envoie en Mordovie ou en Sibérie » a prévenu Maria Aliokhina.

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Nadezhda Tolokonnikova, membre des Pussy Riot lors du procès à Moscou - © Photo Denis Bochkarev - 2012 - Licence CC BY-SA 3.0

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