Samedi 16 février 2019

Diplomatie

DIPLOMATIE CULTURELLE

L’Institut français pousse les feux de la francophonie

Par Marianne Rigaux · Le Journal des Arts

Le 11 février 2019 - 935 mots

PARIS

Le bras armé de l’action culturelle de la France à l’étranger s’active dans la mise en œuvre du plan d’Emmanuel Macron pour la promotion de la langue française.

L'institut français de Tunis © Photo Institut français
L'institut français de Tunis
© Photo Institut français

Pierre Buhler et Anne Tallineau, respectivement président et directrice générale de l’Institut français, ont dévoilé le 15 janvier les grands projets de leur organisme pour 2019. Une conférence de presse qui s’est ouverte sur une bonne nouvelle : le budget de l’Institut français augmente cette année de deux millions d’euros après sept années consécutives de baisse. Avec 34 millions d’euros, il retrouve son niveau de 2014. « Ce choix du ministère des Affaires étrangères est un signal fort dans une période de restrictions budgétaires », a clamé Pierre Buhler, qui a été nommé à la tête de l’établissement public en août 2017.

Bras armé de l’action culturelle de la France à l’étranger, l’Institut français a pour mission de promouvoir la francophonie et de porter le soft power hexagonal. Ainsi, la hausse budgétaire sera principalement affectée à la mise en œuvre du plan de promotion pour la langue française et le plurilinguisme annoncé par Emmanuel Macron le 20 mars 2018. Le président de la République avait alors présenté « une vision nouvelle, décomplexée, de la francophonie et du multilinguisme », ainsi que sa « stratégie » pour promouvoir le français afin de le faire passer de la cinquième à la troisième place des langues les plus parlées dans le monde.

Valorisation du français

Cette stratégie s’est traduite par 33 mesures, dont 16 qui incombent à l’Institut français. « Il s’agit d’un plan ambitieux qui vise à conforter la place du français aux côtés des autres langues, et pour lequel nous disposons d’atouts », a affirmé Judith Roze, directrice du département Langue française. « En tant qu’opérateur culturel transversal, nous avons une force de frappe très importante, notamment grâce à nos 250 professionnels nommés par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui ont pour mission exclusive la promotion de la langue française. »

Concrètement, son collègue Christophe Chaillot, responsable du pôle Langue française a détaillé quatre projets mis en œuvre. « IFclasse » a été lancé en janvier pour proposer une formation en ligne aux professeurs de et en langue française. Le Sénégal, la République démocratique du Congo, le Mali et le Maroc sont les premiers pays à en bénéficier, avant un déploiement plus large, pour former à terme 20 000 enseignants par an. L’Institut français accompagne également ses 166 établissements dans une démarche de qualité et d’innovation via le numérique éducatif. Par exemple : à l’Institut de Tunis a été mis en place un laboratoire d’apprentissage du français grâce à l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle.

Concours d’éloquence

Un concours international d’éloquence pour le public francophone ouvrira dans les prochaines semaines. De jeunes apprenants du français seront ainsi formés au plaidoyer et les meilleures prestations seront sélectionnées pour une grande finale à l’Académie française.

Enfin, un label multilingue professionnel en partenariat avec l’Association française de normalisation (Afnor) sera lancé dans les prochaines semaines pour valoriser les entreprises qui travaillent dans plusieurs langues. Le secteur de l’hôtellerie au Maroc sera le premier à en bénéficier, pour les établissements dont le personnel parle arabe, anglais, espagnol et français. « C’est une démarche qui s’inscrit parfaitement dans la logique du plan, qui ne promet pas seulement la défense du français, mais le plurilinguisme, en dehors des logiques de concurrence », commente Pierre Buhler.

D’autres dispositifs et projets sont dans les tuyaux, comme la plateforme France Éducation, qui recense l’ensemble de l’offre éducative pour la langue française, le réseau social IFprofs qui met en contact les professeurs ou encore les États généraux de l’édition en français. Pierre Buhler assure que les réalisations vont bon train : « Nous nous employons au quotidien à mettre en œuvre l’exécution du plan voulu par Emmanuel Macron. Je peux dire que nous sommes à jour dans la concrétisation des mesures. »

Le reste des projets 2019 de l’Institut français recouvrira ses activités classiques de promotion de la culture et de la langue française dans le monde, d’accompagnement des artistes à l’international, de soutien aux centres d’arts à l’étranger. Le continent africain continue de concentrer les efforts et les enjeux, tandis que des échanges culturels se développent avec des pays émergents. C’est dans cet esprit qu’a été lancée, fin novembre, la saison culturelle France-Roumanie qui doit rapprocher Paris et Bucarest. Une saison qui colle avec les trois fils rouges annoncés pour la programmation 2019 de l’Institut français : la ville, le jeune public et l’Europe.

L’Institut français se rapproche de la fondation Alliance française  
 

DÉMÉNAGEMENT. Le président de l’Institut français Pierre Buhler a profité de la conférence de presse annuelle pour annoncer le déménagement de son établissement. L’ensemble des services de l’Institut français, soit 155 personnes, s’installera d’ici deux ans dans les locaux historiques de la Fondation Alliance française, boulevard Raspail à Paris. « Une adresse prestigieuse », se réjouit Pierre Buhler, avant de préciser les enjeux de ce déménagement : « Il s’agit de créer des synergies par un rapprochement physique, mais aussi fonctionnel. » La Fondation a ainsi décidé de transférer à l’Institut français ses activités d’appui pédagogique et de professionnalisation. Un transfert qui sera formalisé le moment venu par un renouvellement de la convention entre les deux entités. La Fondation conserve l’animation du réseau constitué de 840 alliances et évite – pour l’instant – la fusion. « Le président de la République souhaite que les deux composantes du réseau travaillent au mieux ensemble, dans une logique de rationalisation et d’économie de moyens », affirme Pierre Buhler. Les alliances et les 166 instituts français disséminés offrent parfois des prestations similaires, notamment sur les cours de français, rendant l’offre peu lisible.

 

Marianne Rigaux

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°516 du 1 février 2019, avec le titre suivant : L’Institut français pousse les feux de la francophonie

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