Métropoles : la consécration des musées d’art du XXe siècle

Le Musée d’art moderne de la Ville de Paris remporte brillamment la palme des musées des métropoles. Le Grand Lille consolide ses positions tandis que les musées du Sud ont encore des marges de progression.

Trois musées d’art moderne et contemporain, emmenés par le Musée d’art moderne de la Ville de Paris (MAMVP), occupent le podium du classement des musées des métropoles. Alors que les musées de beaux-arts ou d’histoire sont largement plus nombreux, cette suprématie s’explique d’abord par leur jeunesse (MAMVP mis à part), qui leur permet de bénéficier d’équipements modernes, et conséquemment de points dans le classement du JdA.

À Paris, le Musée d’art moderne prend de la hauteur
Tous les clignotants sont passés au vert pour le MAMVP, à commencer par sa fréquentation qui a bondi de 16 %, alors qu’elle a baissé de 10 % dans les musées des métropoles. La progression est même de 14 % pour les visiteurs payants (pour une baisse de 12 % dans les métropoles). « Warhol Unlimited » (oct. 2015-fév. 2016) a dopé comme prévu les entrées, ce qui permet au musée de programmer en alternance des figures plus confidentielles, telles que « Carol Rama » (avril-juillet 2015). Une programmation réussie fait grimper ces autres indicateurs que sont les recettes commerciales ou les recettes de mécénat. Rapportées au visiteur payant, les recettes sont de 5,60 euros, un chiffre largement au-dessus de la médiane (2,50 €), mais encore loin des 19 euros du Musée Rodin (10e) ou les 23 euros du Musée Jacquemart-André (47e). Le dynamisme du musée et la réputation de son directeur, Fabrice Hergott, (on ne souligne jamais assez le rôle des conservateurs dans les donations) ont permis d’atteindre un record dans les acquisitions (3,5 millions d’euros), devant le Musée Guimet (6e et 1,8 million d’euros d’acquisitions). Des œuvres de Karel Appel, Serge Poliakoff et Lucio Fontana ont ainsi rejoint les collections.

À Toulouse, le succès des Abattoirs
En deuxième position, les Abattoirs de Toulouse, qui bénéficient d’un avantage non négligeable pour le classement par leur double statut de musée et de Frac (Fonds régional d’art contemporain). À l’instar de Warhol au MAMVP, c’est un autre sésame, Picasso (sept. 2015-janv. 2016),  qui a contribué à une hausse de 81 % des visiteurs payants. Les Abattoirs sont la vitrine de Toulouse qui compte plusieurs beaux musées, bien mal classés cependant cette année. Mis à part le Muséum (38e), premier musée de Toulouse par le nombre de visiteurs, mais qui est handicapé par son statut de musée d’histoire naturelle dans un classement
« beaux-arts », les autres institutions pointent en deuxième partie de tableau en raison notamment d’un manque d’espaces adaptés à de grandes expositions.

Lyon marche sur deux pieds

L’espace, Lyon n’en manque pas, surtout au moment de la Biennale d’art contemporain qui investit la friche de la Sucrière et le Musée d’art contemporain (MAC). L’institution dirigée par Thierry Raspail tire parti de la Biennale pour devancer – de peu – l’établissement phare de Lyon, son Musée des beaux-arts (7e). Comme au MAMVP, sa programmation prend appui sur deux pieds, le grand public (« Erró », oct. 2014-fév. 2015) et un public plus averti (la Biennale), ce qui l’ancre sur la scène internationale de l’art tout en satisfaisant un public plus large, malgré une fermeture des lieux entre deux expositions. La fréquentation totale du MAC a ainsi augmenté de 43 % alors que celle du Musée des beaux-arts a baissé de 14 %, en raison notamment d’une fermeture temporaire du lieu à la suite des attentats parisiens. Le musée dirigé par Sylvie Ramond peut cependant s’enorgueillir de ses acquisitions. Grâce à une nouvelle opération de souscription publique, il a pu acheter un tableau de Corneille de Lyon (1500/1510-1575) pour 566 000 euros. Et en ce début 2016, il a même acquis un nouveau Poussin.

Lille confirme ses ambitions
Les musées de la métropole lilloise font quasiment jeu égal avec ceux du Grand Paris avec pas moins de trois musées figurant dans le Top 10. Le Palais des beaux-arts (PBA), déjà bien classé l’an dernier, est rejoint par les deux musées vedettes de l’ex-« classement des villes entre 20 000 et 200 000 habitants » : le LaM à Villeneuve-d’Ascq et la Piscine à Roubaix, deux villes de la Métropole européenne de Lille. Le LaM est quasiment ex aequo avec le PBA (243,6 points pour le LaM, 243,3 pour le PBA) tandis que la Piscine (avec 241,6 points) n’est pas loin derrière. C’est à Lille que les effets d’une politique culturelle pensée au niveau d’une métropole sont les plus manifestes ; la 4e édition de « Lille 3000 » crée une dynamique positive, sur le plan d’une communication concernant tous les musées du territoire. Leur fréquentation payante a bondi de 18 %. Contrairement aux musées parisiens qui bénéficient de la « rente » touristique, une rente qui peut devenir une faiblesse lorsque les touristes viennent moins nombreux comme ce fut le cas après les attentats, les musées du Nord n’accueillent que 14 % de touristes étrangers en moyenne (contre, par exemple, 66 % pour le Musée Rodin de Paris). Aussi, quand la Piscine programme Chagall, une valeur sûre, la fréquentation payante auprès du public local du musée de Roubaix bondit de 39 %, entraînant à la hausse celle des quatre musées classés de la métropole ( 18 %).

Salade niçoise, bouillabaisse marseillaise et cru 2015 bordelais
À Nice, il y a presque autant de statuts de musées que de musées eux-mêmes. Entre le Musée (national) Marc-Chagall, le Musée (municipal) d’art moderne et d’art contemporain (Mamac), le Musée (départemental) des arts asiatiques ou la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence (privée, non classée), le territoire dispose d’un réseau riche mais très éclaté et déséquilibré. Les manifestations biennales mises en place par la Métropole (« Nice 2013. Un été pour Matisse », « Nice 2015. Promenade(s) des Anglais ») visent à créer une dynamique commune autant qu’à préparer la candidature de la Ville à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. Institution publique majeure, le Mamac n’occupe pourtant que la 61e position, mais devrait reprendre quelques places avec l’arrivée de la nouvelle directrice, Hélène Guenin.
Le même patchwork symbolise la toute jeune métropole d’Aix-Marseille (créée le 1er janvier 2016 mais prise en compte dans le Palmarès 2016 par simplification). Le MuCEM, bien classé l’an dernier mais n’ayant pas retourné son questionnaire, c’est la rivale aixoise et son Musée Granet qui remporte la palme locale (26e), suivi du Musée d’histoire de Marseille, tous deux enregistrant cependant une baisse importante de leur fréquentation. De leur côté, les musées bordelais conservent à peu près leur rang, cependant un peu freinés dans leur dynamique par la suppression de la gratuité qui a affecté leur fréquentation.

Rouen, Strasbourg, Paris, la mutualisation en marche
Si les villes se regroupent, les musées municipaux au sein d’une ville aussi. Strasbourg a depuis longtemps, sous l’autorité de Joëlle Pijaudier-Cabot, mis en réseau ses onze musées, en mutualisant leurs services administratifs, financiers et techniques. À périmètre constant, leur fréquentation a été stable en 2015. Strasbourg s’illustre notamment par l’un des plus hauts taux de scolaires rapporté au nombre d’habitants de la métropole (20 %).

Depuis le 1er janvier 2016, les neuf musées municipaux de Rouen, dirigés par Sylvain Amic, sont engagés dans une volonté commune de synergie concernant les actions tournées vers le public. L’accès aux collections permanentes est désormais gratuit (non pris en compte dans le Palmarès 2016), et les visiteurs sont incités à se rendre dans plusieurs musées. Le Musée des beaux-arts de Rouen figure cette année à la 17e place.

Mais alors que les musées de Rouen et de Strasbourg sont en régie directe, les musées de la Ville de Paris ont été rassemblés dans un même établissement public dirigé par Delphine Lévy. En prenant la tête du Palmarès des métropoles, le MAMVP détrône par la même occasion le Petit Palais de la pole position symbolique qu’il occupait au sein de Paris Musées. La fréquentation du musée tenu par Christophe Leribault a baissé en raison d’une programmation plus savante (« De Carmen à Mélisande », mars-juin 2015)) et de l’impact des attentats parisiens. À Paris toujours, « un petit nouveau » pourrait bousculer le classement l’an prochain, il s’agit du Musée de l’Homme qui pointe à la 60e place avec à peine trois mois d’ouverture en 2015 (et déjà 150 000 visiteurs).

Les (quasi) singletons

L’absence d’un réseau de musées municipaux n’est toutefois pas nécessairement pénalisante pour le rayonnement de l’équipement principal de la commune, comme en témoignent les bons classements du Musée de Grenoble (11e), du Musée Fabre à Montpellier (13e) ou des deux musées rennais, le Musée de Bretagne (22e) et le Musée des beaux-arts (24e). Après une année 2014 en demi-teinte, le Musée de Grenoble a retrouvé des couleurs en doublant le nombre d’entrée payantes avec ses expositions « Giuseppe Penone » (nov. 2014-fév. 2015) et « Georgia O’Keeffe et ses amis photographes » (nov. 2015-fév. 2016). Il s’est également illustré en s’enrichissant, grâce au soutien de son club de mécènes, d’une nature morte de Giorgio Morandi. Moins contraint budgétairement que Grenoble, le Musée Fabre continue à recevoir des moyens importants pour sa programmation par le biais de Montpellier Méditerranée Métropole (le double de Grenoble), et peut ainsi accueillir des manifestations internationales ou produire lui-même une exposition labellisée d’intérêt national sur « L’âge d’or de la peinture à Naples » (juin-oct. 2015). L’intercommunalité a du bon.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°457 du 13 mai 2016, avec le titre suivant : Métropoles : la consécration des musées d’art du XXe siècle

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