Vendredi 14 décembre 2018

Musée - Palmarès

Classement métropoles

Lyon en tête, Rouen presque ex aequo

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 24 mai 2017 - 1394 mots

Le Musée des beaux-arts de Lyon s’installe à la première place, suivi de très près par celui de Rouen. Le Palmarès 2017 présente un classement extrêmement resserré pour les six premiers.

Le Musée des beaux-arts de Rouen
Le Musée des beaux-arts de Rouen
Photo Velvet, 2014

Le Palmarès 2017 des musées de métropoles (hors grands musées nationaux) sera sans doute frustrant pour le peloton de tête. Si, avec 264,4 points, le Musée des beaux-arts de Lyon emporte la mise, seulement trois points séparent les six premiers musées. Entre Lyon, Rouen, Lille, Paris (Les Arts décoratifs), Montpellier et Marseille (MuCEM), la vitalité des musées dans tout le territoire ne se dément pas.

Le Musée des beaux-arts de Lyon monte sur la plus haute marche donc pour la première fois dans le Palmarès des musées. Cette première place récompense logiquement un travail de fond mené depuis plusieurs années par la directrice, Sylvie Ramond, et son équipe dans la capitale des Gaules.
Numérique, acquisitions, médiation, expositions, fréquentation : le musée engrange des points dans toutes les catégories. 2016 fut à n’en pas douter un grand cru pour l’institution lyonnaise avec l’entrée dans les collections de La Mort de Chioné, tableau réalisé par Nicolas Poussin lors de son séjour lyonnais vers 1622-1623. Considérée comme « trésor national », la toile a été achetée pour 3,75 millions d’euros grâce au soutien substantiel du Club du musée Saint-Pierre. Ce club de mécènes d’entreprise avait justement été fondé en 2009 à la suite de l’acquisition d’un autre Poussin, La Fuite en Égypte, en 2008. Mais Lyon a d’autres atouts : en matière de communication numérique, l’institution fait feu de tous bois. Volontariste sur les réseaux sociaux (22 000 « followers » Twitter et 250 000 abonnés Facebook), le musée médiatise auprès d’un large public ses actions, en particulier ses activités pédagogiques.

Côté fréquentation, le musée a tiré parti de deux grandes expositions, « Lyon Renaissance. Arts et humanisme » (oct. 2015-janv. 2016), et « Autoportraits, de Rembrandt au selfie » (mars-juin), tout en renouvelant ses accrochages permanents et présentant expositions-dossiers sur ses collections. Un cocktail réussi, qui explique la hausse de 10 % des entrées (344 000 visiteurs), et qui se répercute de facto sur ses recettes commerciales, en hausse de 48 %. À Lyon, l’autre grande institution muséale de la ville, le Musée d’art contemporain, ne démérite pas et se classe 7e, grâce à des acquisitions pertinentes et une fréquentation stable. Les Musées Gadagne, plus intimistes, engrangent des points grâce à des conférences nombreuses et prisées, et se placent honorablement au milieu du classement des métropoles.

Rouen, Lille, Montpellier…
Le Musée des beaux-arts de Rouen est quasi ex aequo avec Lyon, à peine 0,1 point les sépare dans le classement. À Rouen comme à Lyon, 2016 est un beau millésime et surtout une année test, avec la mutualisation et l’instauration de la gratuité, voulue par le directeur, Sylvain Amic. Avec la création de la « Réunion des musées métropolitains » (RMM), neuf lieux sont dorénavant regroupés derrière le vaisseau amiral du Musée des beaux-arts : le Musée Le-Secq-des-Tournelles (76e), le Musée de la céramique (72e), le Muséum d’histoire naturelle (46e), le Musée des Antiquités (47e), le Musée Pierre-Corneille (82e), ainsi que la tour Jeanne-d’Arc, la Fabrique des savoirs et le Musée de la corderie Vallois.

En 2016, la RMM a accueilli 377 000 visiteurs, dont 178 000 au Musée des beaux-arts, qui enregistre à lui seul un accroissement de 48 % de sa fréquentation. Cette hausse, en partie due à la gratuité des collections permanentes, est à corréler avec la tenue de la 3e édition du Festival Normandie Impressionniste. Le Musée des beaux-arts est une des locomotives de la manifestation, avec 107 000 visiteurs décomptés pendant le festival. Récompensé par le prix Patrimoine & Innovation(s) du Clic (Club Innovation et Culture France) en janvier dernier pour son dispositif « La chambre des visiteurs », qui permet aux visiteurs et internautes de participer au renouvellement de l’accrochage permanent d’une salle, le musée a cependant perdu des points à cause d’une faible présence sur les réseaux sociaux.

Si les deux premiers sont dans un mouchoir de poche, il en va de même pour les 3e et 4e. Le LaM, Lille-Métropole (Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut) à Villeneuve-d’Ascq et Les Arts décoratifs (Paris) ne sont qu’à 0,4 point d’écart. Cela suffit pour que le LaM monte sur la 3e marche du podium, méritant sa place grâce à une année record pour l’institution ouverte en 1983. Avec 268 000 visiteurs, le LaM explose ses records de fréquentation. Le musée est accoutumé à un nombre d’entrées oscillant, bon an, mal an, autour de 140 000. Mais l’exposition « Amedeo Modigliani, l’œil intérieur » a fait sauter le compteur. Trois ans de préparation, 120 œuvres exposées, un budget de 2 millions d’euros (3 à 4 fois supérieur aux budgets habituels de l’institution) : le pari a été gagné, faisant s’envoler les recettes com­merciales du musée, passant de 560 000 euros en 2015 à 1,6 million d’euros en 2016.

Propulsé depuis deux ans dans le classement des métropoles, le LaM attire un public de plus en plus étranger depuis sa réouverture en 2010. En 2016, celui-ci représente 15 %, là où ce chiffre avoisinait 2 à 3 % avant la fermeture. Aux Arts décoratifs à Paris, les visiteurs étrangers se sont bousculés l’an dernier : ils totalisent 47 % des entrées, avec une fréquentation en hausse de plus de 124 %. Après deux années difficiles, Les Arts décoratifs renouent avec le succès, grâce à une programmation très éclectique qui a attiré près de 600 000 visiteurs. Entre la poupée Barbie (mars-sept.) et « L’esprit du Bauhaus » (oct. 2016-févr. 2017), le musée vise autant le grand public que les amateurs, se rapprochant de ce que propose le Victoria and Albert Museum outre-Manche.

Bon 6e, le Musée Fabre à Montpellier fête en 2017 ses 10 ans de réouverture. Depuis 2007, l’institution, ­fortement soutenue par les collectivités territoriales, n’a cessé de tutoyer le succès avec des expositions temporaires réussies et une offre de médiation plurielle. Surtout, l’enrichissement de ses collections reste une priorité, à l’heure où de nombreuses tutelles délaissent malheureusement ce poste de dépense. Et 2016 a vu l’institution obtenir trois étoiles au Guide Vert Michelin, le plaçant aux côtés d’une vingtaine de musées français et d’une centaine dans le monde entier.

L’attrait indéniable de Paris
La force d’attractivité des grands musées parisiens ne se dément pas malgré une baisse drastique du tourisme en 2016. Outre les musées de la Ville de Paris [lire l’article ci-dessou], le Musée national des arts asiatiques-Guimet et le Musée Rodin se hissent au top 10 de ce classement. Guimet, avec deux espaces entièrement repensés pour le Japon et la Corée, veut se tourner vers un public plus jeune. Avec « Guimet [Mix] », la musique électronique investit désormais les salles du musée, aidé par une communication affermie sur les réseaux sociaux. Au Musée Rodin, la « rente » apportée par la renommée internationale de l’institution ne faiblit pas : avec la réouverture de l’hôtel Biron fin 2015, et en dépit du contexte difficile des attentats dans la capitale, le musée continue d’attirer un nombre constant de visiteurs dont 55 % d’étrangers (contre 66 % en 2015).

Il faut également signaler le fort dynamisme du paysage muséal de la ville de Strasbourg : cinq musées se classent dans la moitié haute du classement. Le Musée d’art moderne et contemporain, à la 15e place, réalise une année honorable au regard de 2015, qui avait été dopée par le succès important d’une exposition consacrée à Daniel Buren. Plus d’un demi-million de visiteurs passent les portes des musées strasbourgeois chaque année, attirés par une programmation diversifiée et de qualité.

Dans leur communication numérique, les musées semblent disposer encore d’une large marge de progression. Au classement des « followers » Twitter, le Musée de la musique à Paris se classe premier avec 302 000 abonnés ; loin devant le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et ses 137 000 « followers ». En moyenne, les musées de ce classement comptent environ 4 000 abonnés.
Facebook et Twitter sont devenus en quelques années un des moyens de communication parmi les plus utilisés par les jeunes générations : il est étonnant de constater le décalage des musées avec les nouvelles pratiques numériques de publics qu’ils cherchent pourtant à attirer.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°480 du 26 mai 2017, avec le titre suivant : Lyon en tête, Rouen presque ex aequo

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