Communes : le Cateau-Cambrésis devant Fontainebleau

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 10 mai 2016

Le trio de tête dans les communautés de communes est composé de musées déjà distingués dans les précédents palmarès. Mais Issoudun, Cassel et le Musée Lalique dans le Bas-Rhin se sont aussi illustrés en 2015.

Les musées des communautés de communes s’intègrent dans un bassin de population assez limité. Le défi est donc de taille pour ces institutions qui doivent valoriser leurs collections, leurs expositions, leur programmation, pour renouveler l’intérêt des publics de proximité et attirer les visiteurs éloignés. D’autant qu’ils ne sont pas nécessairement placés sur les chemins balisés du tourisme.

Le palmarès 2016 vient consacrer le Musée départemental Matisse malgré une année 2015 « contrastée », selon les mots de son directeur, Patrice Deparpe. L’établissement, locomotive des infrastructures de la petite ville du Cateau-Cambrésis (Nord), avait subi ces dernières années un net fléchissement de sa fréquentation générale (– 13 % entre 2013 et 2014). L’année 2015 aurait dû faire remonter en flèche le nombre d’entrées et les recettes commerciales avec la tenue de deux expositions revenant au cœur des fondamentaux du musée : « Tisser Matisse » (nov. 2014-mars 2105) et « Matisse et la gravure » (oct. 2015-mars 2016). Si la fréquentation reste en deçà des chiffres de 2014 en raison des attentats de Paris qui ont grevé le public de ses scolaires en fin d’année, la barre a été redressée et la chute du nombre de visiteurs est légère (– 2,7 %), tandis que celle des recettes est amortie (– 0,4 %) (1). Scientifiquement, l’établissement affiche bonne mine : les conférences et colloques sont nombreux (38), le musée a bénéficié de belles donations (lire l’encadré) et a achevé son récolement. Il a en outre assis sa renommée à l’international, effectuant 73 prêts d’œuvres répartis entre le MoMA de New York, le Stedelijk à Amsterdam et l’Ordrupgaard Museum à Copenhague.

Fontainebleau chahuté
Le château de Fontainebleau (Seine-et-Marne), seul musée national du classement dans la catégorie Communautés de communes, doit se « contenter » de la seconde place. Ce mastodonte aura connu une année difficile. Le vol d’une vingtaine d’objets survenu dans le musée chinois en mars 2015 a entraîné la fermeture de cet espace jusqu’en novembre. Le service des Musées de France a débloqué de l’argent pour remettre en état le lieu endommagé par la poudre d’extincteur répandue par les malfaiteurs. Aussi n’est-il pas étonnant que le budget de restauration, qui comprend également la fin de chantier du boudoir turc et d’autres travaux, ait explosé (près de 1,1 million d’euros). Le château a perdu 9 % de ses visiteurs. Très prisé d’un public étranger, il aura subi les effets collatéraux des attentats et leur impact sur le tourisme. Le Festival de l’histoire de l’art – toujours un succès – a marqué une accalmie en milieu d’année. Et le musée peut toujours compter sur sa société d’Amis (en augmentation de 9 %), une riche politique éditoriale et la bonne santé du mécénat ( 143 %).

Le palais des rois bellifontain est talonné par le « palais social » de l’Aisne, qui arrive en troisième position. D’année en année, le familistère de Guise, utopie architecturale réalisée par l’industriel Jean-Baptiste André Godin au XIXe siècle, développe son attractivité. Parmi le trio de tête, il est le seul établissement avoir gagné des visiteurs en 2015 ( 6,1 %), y compris des scolaires, qui ont été 13 583 à passer les portes du lieu (soit 117 fois le nombre d’habitants de la communautés de communes de la région de Guise). Le familistère, qui est à la fois un monument, un musée de site et un établissement culturel, a enrichi son image en s’imposant cette année comme lieu de création artistique avec l’intervention de l’artiste Georges Rousse en ses murs (lire le JdA no 437, 5 juin 2015). Très bien intégré localement, l’établissement, géré par un syndicat mixte, mise sur un vaste réseau de bénévoles souvent liés à l’histoire de lieu. L’association pour la Fondation Godin organise de nombreuses conférences (28 en 2015) et visites guidées à l’attention des nouveaux visiteurs. Une action saluée par le Silletto Prize, un prix européen qui confère une reconnaissance élargie à un musée qui n’a encore que très peu touché un public étranger (6 %).

L’impact des expositions temporaires

Cette année, le palmarès n’a distingué les musées de guerre. Ainsi l’Historial de la Grande Guerre à Péronne (Somme) ne se retrouve qu’en 15e position, ce qui traduit un probable désintérêt pour le Centenaire 14-18, en cette année moins riche en commémorations qu’en 2014. Ce sont plutôt les musées de beaux-arts et d’art décoratifs – bulles de délectation au sein d’une année perturbée – qui ont eu les honneurs du classement. Bien souvent, le succès des expositions temporaires fait la différence : « Les Flandres et la mer » (lire le JdA no 436, 22 mai 2015), organisée par le musée départemental de Flandre à Cassel (Nord), a fortement accru la fréquentation, et les recettes du musée (respectivement 19,4 % et 24,7 %). Elle a reçu un coup de pouce avec le label « Exposition d’intérêt national » décerné par le ministère de la Culture, qui lui a conféré plus de visibilité et une caution d’excellence scientifique.

De son côté, le Musée Lalique à Wingen-sur-Moder (Bas-Rhin), 5e au classement, a réalisé un joli coup avec son exposition « Happy Crystal », rendez-vous annuel hivernal qui présente les dernières créations de la maison Lalique. Surfant sur les fêtes de fin d’année, sur laquelle l’Alsace capitalise beaucoup, l’établissement a axé sa présentation sur les traditions de Noël. La formule a attiré 29 % de visiteurs de plus que lors de l’édition 2014. Le musée fait preuve en outre d’un grand dynamisme sur les réseaux sociaux (Twitter et Facebook). Son usage du réseau social bleu (presque 8 000 abonnés) est un modèle du genre qui donne de la visibilité à un lieu placé à l’écart des grandes routes, et valorise ses nombreuses mini-expositions (6) et ses nouvelles acquisitions (61).

Si les musées archéologiques sont plutôt absents du peloton de tête, on remarquera la belle performance du Musée des tumulus de Bougon (Deux-Sèvres), onzième et premier représentants du genre dans le classement. Le musée se distingue par ses crédits de restauration en augmentation ( 170 %), sa riche politique de médiation (6 médiateurs), et la hausse de ses visiteurs payants ( 10,20 %). Sa position devrait cependant s’effondrer dans le palmarès 2016 : ouvert 291 jours par an en 2015, l’institution va connaître cette année une fermeture saisonnière. Pour supporter une réduction de budget du conseil général, il présentera porte close de la Toussaint à Pâques.

Note

(1) Notons que le ticket d’entrée est majoré de 2 euros quand l’exposition concerne Matisse.

Téléchargement

Télécharger le classement des communautés de communes du Palmarès des musées 2016 : icone PDF (1,8 Mo)

Les acquisitions remarquables en 2015

Les musées en tête de classement affichent souvent une belle progression 2014-2015 sur le plan de l’enrichissement des collections. Certains établissements ont pu réaliser quelques acquisitions remarquables. Le Musée de l’hospice Saint-Roch (10e du classement) à Issoudun, dans l’Indre, a été destinataire d’une donation exceptionnelle. Ce musée municipal a reçu de la part de Françoise Marquet-Zao, veuve du peintre Zao Wou-ki, la collection de peintures et de sculptures constituées par l’artiste chinois, soit 91 œuvres signées Klee, Giacometti, Dubuffet ou Hartung. Un cadeau qui vient saluer les liens tissés entre l’institution et l’artiste lors d’expositions temporaires et les racines berrichonnes de la donatrice. De son côté, le musée départemental Matisse du Cateau-Cambrésis — qui n’a effectué aucune acquisition en 2014 — s’est vu offrir quatre textiles (qui pour certains apparaissent dans les tableaux de l’artiste), dont un châle d’apparat de 3 mètres de haut. Une donation émanant de la famille Matisse, effectuée à la fin de l’exposition « Tisser Matisse ». Si les musées d’art moderne et contemporain peuvent compter sur la générosité des artistes et de leurs familles, d’autres institutions doivent payer pour combler les manques dans leurs collections. Ainsi, la municipalité de Langres (Haute-Marne), aidée par l’État, la Région et le mécénat d’entreprise, a acheté un très bel Enlèvement de Dona Mencia de la Mosquera du peintre néoclassique François-André Vincent. Situé beaucoup plus bas dans le classement (75e), mais méritant, le Musée (municipal) d’art et d’histoire de Toul (Meurthe-et-Moselle) a acquis deux très belles statues de saintes du XVIe siècle, en s’appuyant sur les crédits du Fonds régional d’acquisition pour les musées (FRAM) et un mécénat citoyen encadré par la Fondation du patrimoine. M. B.

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<b>Légende photo</b><br />
Atelier pour enfants dans la salle Matisse, Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis (1er). © Photo : Département du Nord/E. Watteau</p></div></body></html>

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°457 du 13 mai 2016, avec le titre suivant : Communes : le Cateau-Cambrésis devant Fontainebleau

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