Vendredi 23 octobre 2020

Musée

L’Orangerie poursuit posément sa révolution

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 11 octobre 2020 - 568 mots

PARIS

Pas à pas, sous l’impulsion de sa directrice, le musée se repositionne à l’articulation de l’impressionnisme et de l’art moderne.

La galerie du musée de l'Orangerie. © Sophie Crépy
La galerie du musée de l'Orangerie.
© Sophie Crépy

Le raccrochage récent des collections permanentes du Musée de l’Orangerie, dans des salles rénovées, est la dernière étape – en date – d’un changement fondamental du musée. Depuis son arrivée à sa tête en 2017, Cécile Debray a en effet entrepris de restituer l’Orangerie dans le paysage des musées parisiens, plus précisément entre Orsay et Pompidou. Autrement dit, de rendre compte des passerelles avérées entre la fin du XIXe siècle et l’art moderne.

La frontière, située en 1914, entre le Musée d’Orsay et le Musée national d’art moderne a figé – à leur corps défendant – une lecture tronquée de l’histoire de l’art qui tourne l’impressionnisme et le postimpressionnisme vers le XIXe siècle. Et de l’autre côté de la Seine, le Centre Pompidou n’expose pas de tableaux de Paul Cézanne (mort en 1906) alors que son influence sur le cubisme est indiscutable.

Une nouvelle présentation des collections

Les Américains – qui dominent depuis longtemps la recherche sur l’impressionnisme – ont une lecture très différente de l’art de Claude Monet qui a fortement influencé les expressionnistes abstraits. « La salle des “Nymphéas” est un lieu de pèlerinage pour les Américains », rappelle la directrice. C’est d’ailleurs le thème de l’exposition de 2018 « Nymphéas. L’abstraction américaine et le dernier Monet ». Cécile Debray a ainsi commencé à matérialiser le changement de positionnement du musée et le discours qui le sous-tend par les expositions. Après l’abstract painting, elle a voulu montrer que les deux figures de l’expressionnisme allemand – Franz Marc et August Macke, tous deux morts pendant la Grande Guerre, ont été marquées par Paul Cézanne et Paul Gauguin lors de leur séjour à Paris.

Aujourd’hui, c’est donc au tour de la collection Jean Walter et Paul Guillaume d’être réaccrochée sous le titre « Les arts à Paris », du nom de la revue de Paul Guillaume, afin de mieux étayer le propos. Le ton est donné dès la grande galerie introductive. Les Renoir accrochés en série sur des cimaises colorées ont laissé place à six Picasso, trois Matisse, quatre Modigliani, quatre Derain, tous peints du vivant de Claude Monet (les panneaux pour l’Orangerie ont été installés en 1927 quelques mois après sa mort). Et pour mieux ancrer Monet dans le XXe siècle, un grand polyptique de Joan Mitchell (prêté par le Centre Pompidou) accueille les visiteurs.

Repeints en blanc, une couleur plus en accord avec l’architecture de béton ciré datant de la rénovation du musée en 2006, les murs de la galerie et des salles réaménagées offrent un bel écrin aux collections. Les Renoir ont trouvé – meilleur – accueil dans deux salles suivantes. Renoir, précurseur de la modernité, vraiment ? « Oui, tout à fait, revendique Cécile Debray, c’est un peintre de peintre, Matisse et d’autres ont soigneusement observé sa technique. » Suivent les salles Henri Matisse, Marie Laurencin, André Derain, Henri Rousseau, Maurice Utrillo, Chaïm Soutine, interrompue par la présentation des pièces africaines et océaniennes de la collection Guillaume, prêtées par le Quai Branly qui en avaient hérité.

Cécile Debray a longtemps été conservatrice au Centre Pompidou pour lequel elle a organisé des expositions mémorables : « Matisse » (2012), « Duchamp » (2014)… Ce n’est donc pas une surprise si le musée s’ouvre largement à l’art contemporain, sous forme d’expositions en contrepoint, dans une salle consacrée à des installations et d’un mobilier pour les visiteurs signé Agnès Thurnauer.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°552 du 2 octobre 2020, avec le titre suivant : L’Orangerie poursuit posément sa révolution

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