Mercredi 23 septembre 2020

Politique - Spécial Covid-19

Les grands chantiers à l’heure du Covid-19

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 14 septembre 2020 - 710 mots

FRANCE

Le gouvernement va devoir annoncer prochainement si les grands travaux immobiliers patrimoniaux sont retardés ou non.

Château de Villers-Cotterêts. © Photo Benjamin Gavaudo / CMN
Château de Villers-Cotterêts.
© Photo Benjamin Gavaudo / CMN

Quel sera le sort des grands chantiers dans le budget 2021 ? Les arbitrages sont en cours et on en connaîtra le résultat lors de la présentation fin septembre du projet de loi de finances. La question prend cette année un tour particulier alors que le ministère de la Culture est sollicité de toutes parts pour compenser les pertes consécutives au confinement ou au ralentissement de l’activité dans les différents secteurs culturels.

La tentation sera grande d’étirer dans le temps le calendrier des travaux comme cela a été le cas à plusieurs reprises pour le schéma directeur du château de Versailles qui a démarré en 2003 ou le traitement des façades du Centre national de la danse (CND) à Pantin où la dégradation du béton est préoccupante. Déjà, hors Covid-19, la Cour des comptes, dans son analyse de l’exécution du budget 2019 avait conclu qu’« il n’apparai[ssait] pas réaliste que les différents chantiers puissent être achevés aux dates indiquées dans les schémas directeurs ».

Les magistrats de la rue Cambon ont dressé dans leur note la liste des grands chantiers d’un coût supérieur à 20 millions d’euros en cours de travaux (voir tableau ci-dessous). Ils ont relevé que les crédits de paiement restant à mobiliser (366 millions d’euros) représentent encore la moitié des montants prévus par le ministère au moment des programmations.

Des enjeux distincts

Tous les chantiers n’ont pas les mêmes enjeux de date. La réouverture du Grand Palais, qui doit fermer prochainement pour d’importants travaux dans la nef, est soumise à des pressions considérables de la part des organisateurs de salons et de manifestations diverses qui ne souhaitent pas que le Grand Palais éphémère dure trop longtemps, mais aussi du comité organisateur des Jeux olympiques qui a besoin du site en 2024. En revanche, le respect du calendrier des schémas directeurs de Versailles et Fontainebleau repose beaucoup sur l’entregent de leurs présidents.

À cet égard, on observera avec intérêt ce que le président de la République va décider pour ce qui est son nouvel équipement culturel phare : la future cité internationale de la francophonie dans le château de Villers-Cotterêts (voir ill.). Prévue pour ouvrir d’ici mars 2022, soit en pleine campagne électorale pour la présidentielle, il est probable que cette échéance sera difficilement tenable. Emmanuel Macron acceptera-t-il alors de repousser la réouverture de deux ou trois ans afin de soulager le budget travaux du ministère ?

Circonstance qui vient compliquer le calendrier, le financement des travaux ne repose pas uniquement sur le budget de l’État. La différence entre le « coût global » (dans le tableau) et le coût MC (ministère de la Culture) réside justement dans le recours au mécénat ou à l’emprunt. La Cour des comptes ne s’y est pas trompée en relevant que « pèse enfin sur la programmation pluriannuelle, la capacité de réunir les cofinancements tels que prévus à l’origine des projets ». C’est particulièrement vrai pour le Grand Palais. L’établissement public va-t-il pouvoir emprunter les 150 millions d’euros prévus dans son plan de financement ? La maison Chanel qui a promis d’apporter 25 millions d’euros va-t-elle tenir ses engagements alors que ses ventes sont affectées ?

L’exception Notre-Dame

Un seul grand chantier est aujourd’hui à l’abri de ces vicissitudes budgétaires : la restauration de Notre-Dame qui a profité d’un élan de générosité sans précédent de grandes entreprises que l’on voit mal revenir sur leurs promesses, qui sont d’ailleurs pour beaucoup actées. On risque cependant d’entendre ici et là, à nouveau, la petite musique sur l’affectation d’une partie des 920 millions d’euros collectés à d’autres travaux.

Dans ce contexte, l’indispensable rénovation du Centre Pompidou pour un coût presque deux fois supérieur à celui de Villers-Cotterêts, et qui n’a encore fait l’objet d’aucun schéma directeur, paraît de plus en plus problématique.

Reste cependant une opportunité pour tous ces grands travaux : l’État pourrait considérer qu’ils sont des leviers pour la relance économique et prélever 500 millions d’euros dans les 100 milliards du plan de relance qu’il doit annoncer bientôt, afin justement d’accélérer les travaux au motif que cela soutient la reprise.

Tableau des grands chantiers patrimoniaux en France - 2020 © Le Journal des Arts
© Le Journal des Arts 2020

Sources : ministère de la Culture (MC), retraitement Cour des comptes, montants arrondis et exprimés en millions d’euros.

CP : Crédits de paiements

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°550 du 4 septembre 2020, avec le titre suivant : Les grands chantiers À l’heure du Covid-19

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