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Travaux du Grand Palais, entre désagréments et désillusions

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 23 décembre 2019 - 879 mots

PARIS

Le déménagement dans un édifice provisoire va pénaliser des salons pour lesquels la surface sera trop petite. D’autres organisateurs doivent libérer définitivement les bureaux qu’ils occupaient dans le bâtiment.

Le projet du Grand Palais éphémère sur le Champ de Mars : vue intérieure. © Wilmotte & Associés Architectes
Le projet du Grand Palais éphémère sur le Champ de Mars : vue intérieure.
© Wilmotte & Associés Architectes

Il semble que le Grand Palais ait – en partie – tiré les leçons du passé. Si, durant sa fermeture au milieu des années 1990 pour cause de travaux consacrés à la restauration de la nef et au renfort de ses fondations, aucune solution alternative n’avait été proposée aux salons qu’il abritait, « cette fois-ci l’enjeu est d’assurer le maintien de ces événements artistiques qui participent au rayonnement culturel de Paris », assure Emmanuel Marcovitch, directeur général délégué de la Réunion des musées nationaux (RMN)-Grand Palais.

Conçue par l’architecte Jean-Michel Wilmotte, la structure du Grand Palais éphémère, qui devrait prendre place sur le Champ-de-Mars au début de l’année 2021, accueillera les rendez-vous de l’art, de la mode et du sport habituellement organisés dans la nef. Art Capital (qui regroupe quatre salons) ; Art Paris ; le Salon international du livre rare et de l’objet d’art ; Révélations, la biennale internationale des métiers d’art et de la création ; La Biennale Paris ; Paris Photo et la Fiac (Foire internationale d’art contemporain) seront relogés dans ce bâtiment provisoire d’une surface de 10 000 mètres carrés. Au chausse-pied pour certains, comme Art Paris, qui se félicite cependant de rester au cœur de la capitale dans un environnement prestigieux, avec vue imprenable sur la tour Eiffel. D’autres manifestations, tels la Fiac et le salon Paris Photo, devront cependant prévoir une extension en semi-dur pour accueillir tous leurs exposants. Au risque de susciter un sentiment de déclassement chez les marchands qui se retrouveront sous une tente, comme c’est déjà le cas pour les exposants installés dans les galeries supérieures du Grand Palais pendant la Fiac.

L’établissement public s’est allié à la Ville, dans la perspective des Jeux olympiques de 2024, pour absorber le coût de ce dispositif éphémère permettant d’abriter les activités qui se tiennent toute l’année sous la grande verrière.

Les locataires historiques évincés

Il est toutefois difficile de contenter tout le monde. D’autant que l’établissement public profite de ces travaux pour faire un peu de ménage, par le vide, parmi ses occupants. De la Comédie-Française, qui y dispose d’une salle de répétition, à l’Académie des technologies, ces hôtes « ont été très divers au cours de son histoire, rappelle Emmanuel Marcovitch. Mais dès le début du projet de restauration du Grand Palais, en 2010, nous avons été très clairs sur le fait que tous ces espaces devraient être rendus au public. Le parti pris est en effet de rendre son unité à ce monument qui a été très morcelé au cours du siècle dernier par la succession des usages ».

Les salons historiques (le Salon d’automne, le Salon des artistes français et le Salon des indépendants), qui conservaient leurs bureaux aux alentours de la porte C, ont donc été sommés de les libérer, et ce, déplore la présidente du Salon d’automne, Sylvie Koechlin, « sans aucun soutien logistique et surtout sans aucune perspective de retour au Grand Palais ». Dès juillet prochain, ils devront donc quitter les lieux, car le calendrier des travaux est extrêmement serré, explique Emmanuel Marcovitch.

« Nous n’avons jamais payé de loyers, nous nous acquittions uniquement des frais, précise Sylvie Koechlin. Nos prédécesseurs avaient signé une autorisation temporaire d’occupation qui pouvait, nous le savions, être levée à tout moment. Nous avons un petit bureau mais nous disposons de réserves, et nous partageons une salle de réunion ainsi que des communs avec le Salon des artistes français, le Salon des indépendants et la Fédération des artistes de Paris », détaille-t-elle. Soit, à vue de nez, guère plus de 300 mètres carrés, ce qui peut sembler peu rapporté aux 70 000 mètres carrés de l’ensemble du bâtiment.

Le Salon d’automne aurait souhaité y conserver son siège social, installé voilà plus d’un siècle, en 1904. Ou, à défaut, une boîte postale témoignant de cet ancrage historique. Il lui a été répondu que c’était impossible : « pour des questions de responsabilité juridique, argue Emmnuel Marcovitch. D’autant qu’il peut arriver que le Salon reçoive des œuvres à cette adresse… »

Ce sont pourtant ces salons historiques qui ont fait la gloire du Grand Palais en y accueillant des artistes de renom et en accompagnant la naissance de mouvements tels que le fauvisme ou le cubisme. Cette aura artistique contribue aujourd’hui encore à l’attractivité du monument, monnayée à prix d’or auprès des marques de luxe comme Chanel ou Hermès. Le comble, selon Sylvie Koechlin, étant d’ailleurs que ces salons quitteront les lieux en emportant des archives qui en constituent en partie l’histoire. Un point qui semble avoir échappé à la RMN-GP : « Mais nous sommes tout prêts à en discuter si ce patrimoine a de la valeur », assure Emmanuel Marcovitch.

Au final, seuls trois occupants conserveront des locaux in situ après la réouverture : la RMN-Grand Palais ; le commissariat central du 8e arrondissement, et Universcience. « Mais nous avons calculé à l’économie afin d’ouvrir le plus possible et de donner accès à des espaces jusqu’ici inexploités, à l’instar des 3 700 mètres carrés de balcons qui vont être sécurisés. ». Si ce gain de place reste finalement relatif, la jauge, jusque-là limitée à 5 000 visiteurs environ, sera quant à elle multipliée par deux.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°535 du 13 décembre 2019, avec le titre suivant : Travaux du Grand Palais, entre désagréments et désillusions

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