Archéologie

Le projet de tunnel sous Stonehenge ne plaît pas à tout le monde

Par Sindbad Hammache · lejournaldesarts.fr

Le 22 mai 2019 - 471 mots

WILTSHIRE / ROYAUME-UNI

Critiqué par les archéologues et les défenseurs de l’environnement, le futur tunnel ne serait pas rentable pour certains économistes. 

Le site de Stonehenge en 2007. © Photo Thegaretwiscombe, CC BY 2.0.
Le site de Stonehenge en 2007

Les photos du célèbre site archéologique le montrent rarement, mais la route A303, qui relie Londres au Sud-Ouest de l’Angleterre, passe à seulement 150 mètres de Stonehenge. Congestionnée et bruyante, cette route devrait bientôt être remplacée par un tunnel qui passera sous les mégalithes

Le projet mené par Highway Englands, entreprise publique gestionnaire des autoroutes anglaises, a pour but de décongestionner la voie actuelle, et fait partie d’un ensemble de huit ouvrages planifiés sur l’A303 pour améliorer la connexion au Sud-Ouest. Les travaux devraient commencer en 2021, pour être livrés en 2026.

Selon Highway Englands, l’enfouissement de la voie sera aussi bénéfique au site archéologique : les visiteurs n’auront plus à y supporter le bruit des véhicules. « Nous avons travaillé en étroite collaboration avec les associations patrimoniales, dont English Heritage et Historic England, pour assurer la protection du site durant les travaux et sur le long terme », rassure un porte-parole du Département des Transports.

Toutefois, pour Kate Fielden, membre de l’association de défense Stonehenge Alliance, les travaux « auront un impact vraiment choquant sur le site. […] Une nouvelle double-voie, des creusements profonds et les entrées du tunnel seront introduits dans ce paysage préhistorique unique ».

Des archéologues craignent également des conséquences moins visibles : le percement du tunnel pourrait affecter l’équilibre de la nappe phréatique, et ainsi assécher les tourbières voisines. Cet environnement est propice à la conservation de vestiges archéologiques qui viendraient à disparaître en cas d’assèchement.

Ces considérations patrimoniales n’empêchent pas l’association English Heritage ou le National Trust de valider ce projet. Le montant des travaux se chiffre autour de 2 milliards de livres (2,3 Md€), et pour chaque livre dépensée, 1,15 livre de bénéfice est espérée.

Une prévision que le National Audit Office (NAO) considère comme optimiste. Pour arriver à ce chiffre, Highway Englands envisage un bénéfice lié à l’exploitation du site patrimoine culturel, qu’elle a chiffré en demandant au public combien il serait prêt à payer pour retirer le bruyant tronçon de l’A303. Cette méthode de prévision n’a pas convaincu la NAO. En utilisant un autre calcul, l’organisme public de contrôle des dépenses estime que 0,31 livre reviendrait dans les caisses pour 1 livre investie.

Dans son rapport, la NAO souligne également que ce type de projet engendre systématiquement des surcoûts durant les travaux. Compte-tenu de la nature historique du site, retards et révisions du projet sont à prévoir, et par conséquent, un retour sur investissement encore plus faible. Par ailleurs, le rapport note l’incertitude sur la provenance de cet investissement : privé ou public, la question reste en suspens.

Une série de réunions publiques aura lieu jusqu’à octobre 2019 pour évaluer l’impact du projet, avant une décision du Secrétaire aux transports en avril 2020. 
 

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