Archéologie

Des archéologues pensent que Stonehenge aurait d’abord été érigé au Pays de Galles

Par Julie Paulais · lejournaldesarts.fr

Le 9 décembre 2015 - 892 mots

AMESBURY (ROYAUME-UNI) [09.12.15] – Le site mégalithique aurait été érigé une première fois au Pays de Galles, à proximité des carrières de pierre bleue d’où proviennent les menhirs, puis démantelé et reconstruit 500 ans plus tard à son emplacement actuel.

Stonehenge ne cesse de fasciner les spécialistes qui recherchent de nouvelles théories et font régulièrement des découvertes qui changent la façon dont nous voyons et comprenons le monument préhistorique. Récemment, une équipe d’archéologues a trouvé plusieurs évidements dans des formations rocheuses au Pays de Galles qui correspondent à la taille et la forme des pierres bleues de Stonehenge, conduisant à la théorie selon laquelle le monument aurait été érigé au Pays de Galles d'abord, avant d'être transféré à son emplacement actuel dans la plaine de Salisbury.

Les résultats ont été publiés lundi dans la revue Antiquity par une équipe de spécialistes de l'University College London (UCL) et des universités de Manchester, Bournemouth, et Southampton, entre autres, et relatés par The Guardian. Le professeur Mike Parker Pearson, directeur du projet et professeur de préhistoire britannique à l’UCL, a déclaré que ces découvertes étaient « extraordinaires ».

Depuis 1923, grâce aux travaux du géologue Herbert Henry Thomas, la majorité des spécialistes s’accordent à penser que les menhirs de pierre bleue qui formaient un double cercle concentrique au cœur du site avaient été extraits dans les collines Preseli, dans le Pembrokeshire, à environ 250 kilomètres de la plaine de Salisbury. En 2013, une autre équipe de chercheurs avait remis en cause cette conviction, avançant que les menhirs auraient en réalité été prélevés à 1,6 kilomètre du site actuel de Stonehenge. Il s’agit en réalité seulement des pierres de sarsen, formant un cercle de trente-trois mètres de diamètre composé de trente monolithes dont le plus gros pèse cinquante tonnes, tandis que les menhirs de pierre bleue, plus petits, proviennent bien du Pays de Galles.

La découverte des carrières des pierres bleues de Stonehenge est parmi les découvertes les plus importantes concernant le site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1982 et attirant plus d’un million de visiteurs par an. Les archéologues ont découvert une série de cavités dans les affleurements rocheux de Carn Goedog et Craig Rhos-y-felin, au nord des collines Preseli, qui correspondent en taille et en forme avec les menhirs de Stonehenge. Ils ont également trouvé des pierres semblables que les hommes de l’époque avaient extraites mais laissées sur place, et « une aire de chargement » d'où les énormes pierres pourraient avoir été traînées.

Des coquilles de noisettes carbonisées et du charbon de bois trouvés dans les restes des feux de camp des travailleurs de la carrière ont été datés au carbone 14, afin de révéler la date à laquelle les pierres ont été extraites. « Nous avons des dates de l'ordre de 3 400 avant J.-C. pour Craig Rhos-y-felin et 3 200 avant J.-C. pour Carn Goedog, ce qui est fascinant parce que les pierres bleues ne sont mises place à Stonehenge que vers 2 900 avant J.-C. », a expliqué le professeur Mike Parker Pearson. « Cela aurait pu prendre près de 500 ans pour les amener à Stonehenge, mais c’est assez improbable, à mon avis. Il est plus probable que les pierres aient été utilisées dans un monument local, quelque part près des carrières, qui a ensuite été démonté et emmené à Wiltshire ».

Cet écart de datation aurait pu constituer la preuve que Stonehenge pourrait être plus ancien que ce que l’on pensait, mais d’après le directeur des recherches, « il est plus probable qu'ils étaient en train de construire leur propre monument, quelque part près des carrières, qui est le premier Stonehenge et que ce que nous voyons à Stonehenge est un monument de seconde main ».

Cependant, il demeure toujours la possibilité que les pierres bleues aient été amenées dans la plaine de Salisbury autour de 3 200 avant J.-C. et que les sarsens géants, à partir desquels on a daté l’érection de Stonehenge aux alentours de 2 900 avant J.-C., aient été ajoutés plus tard.

Le professeur Kate Welham, de l'Université de Bournemouth, a déclaré que les ruines d'un monument démantelé étaient susceptibles de se trouver entre les deux carrières de mégalithes. « Nous avons effectué des relevés géophysiques, des fouilles d'essai et une analyse photographique aérienne dans toute la région et nous pensons que nous avons trouvé l'endroit le plus probable. Les résultats sont très prometteurs. Nous pouvons découvrir quelque chose d’important en 2016 », a-t-elle précisé.

Le transport à longue distance des pierres bleues du Pays de Galles à Stonehenge est l'une des réalisations les plus remarquables de sociétés néolithiques. Les archéologues estiment que chacun des 80 monolithes pesait près de deux tonnes et qu’ils ont été traînés par des hommes ou des bœufs grâce à des traîneaux en bois coulissants sur des rails en bois également.

Quant à la fonction du monument mégalithique, on ne compte plus les théories qui ont été élaborées : temple du soleil, lieu de pèlerinage aux vertus curatives, calendrier astronomique, etc. Selon des études récentes, le site aurait servi de cimetière pour les élites locales, avant d’être utilisé comme lieu de rassemblement pour des fêtes communautaires. D’après le professeur Mike Parker Pearson, « l'une des dernières théories est que Stonehenge est un monument d'unification, réunissant des gens de toutes les nombreuses parties de la Grande-Bretagne », a conclu le professeur.

Légende photo

Stonehenge, au Royaume-Uni © Photo Mactographer - 2009 - Licence CC BY-SA 3.0

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