Lundi 16 décembre 2019

Ventes publiques

Tout sur l’affaire des « cols rouges »

Le scandale des vols par les commissionnaires de l’hôtel Drouot fait l’objet d’un récit détaillé à partir de documents inédits.

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 15 février 2011 - 469 mots

Grand reporter au Journal du dimanche, ayant rejoint l’équipe éditoriale de Mediapart en janvier, Michel Deléan nous emmène dans les arcanes du système des vols et du trafic d’objets d’art en bande organisée des commissionnaires de Drouot, à Paris, les fameux « Savoyards » ou « cols rouges ».

Système révélé au grand jour en décembre 2009 et qui a défrayé la chronique toute l’année 2010. Le journaliste remonte aux origines de l’enquête et suit son déroulement pas à pas, en citant de nombreux documents du dossier. Il s’en est procuré le contenu : écoutes téléphoniques, procès-verbaux de gardes à vue, rapports de police… Tout y est. Seule l’identité des protagonistes de cette affaire n’est pas divulguée, « afin de respecter le principe de la présomption d’innocence », prévient l’auteur dans un court avant-propos. On savoure au fil des pages les révélations et les combines avouées par les commissionnaires eux-mêmes. 

Comptabilité éloquente
C’est l’histoire incroyable d’une organisation « mafieuse » dont personne n’avait soupçonné les proportions. En plus des aveux recueillis, les huit premiers cols rouges arrêtés le 1er décembre 2009 avaient conservé chez eux des carnets de comptabilité « indiquant l’équipe de commissionnaires ayant participé au vol, les objets volés, le lieu de stockage et la date de revente en salle le cas échéant », indique le rapport de police. L’un des cols rouges a même entré des informations dans un fichier informatique nommé Yape (voler en argot). Il a indiqué aux enquêteurs avoir tenu pendant des années « une comptabilité scrupuleuse afin de ne léser personne au moment des partages ». Les enquêteurs soulignent, dans leur rapport, qu’« il ressortait que la quasi-totalité des cent dix commissionnaires de l’Union des commissionnaires de l’hôtel des ventes de Drouot apparaissait dans les relevés des vols ». Les nouveaux commissionnaires étaient vite mis au parfum. Au final, certains arrivaient à multiplier par dix leur salaire.

Négligence
Ils expliquent qu’ils privilégient le vol chez les clients de certains commissaires-priseurs, les plus négligents lors d’inventaires de succession.
Le lieu le plus efficace pour revendre les objets volés reste l’hôtel Drouot, de préférence chez des commissaires-priseurs « pas embêtants », explique un col rouge auditionné. C’est-à-dire ceux qui ne posent pas de question sur l’origine des lots. L’auteur n’explique pas pourquoi, un an plus tard, seul un commissaire-priseur est inquiété pour complicité, ni si d’autres interpellations sont à prévoir. À l’automne 2010, il note que 26 sociétés de ventes de Drouot ont vendu des objets présentés par des cols rouges poursuivis pour vol. Un des dix commissaires-priseurs les plus concernés est membre du Conseil des ventes volontaires, l’organisme de contrôle des ventes publiques ! Une affaire qui reste à suivre, le dossier n’étant pas clos… 

MICHEL DELÉAN, ADJUGÉ, VOLÉ. Chronique d’un trafic à Drouot,,éditions Max Milo, 2011, 219 p., 18 euros, ISBN 978-2-31500-143-9

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°341 du 18 février 2011, avec le titre suivant : Tout sur l’affaire des « cols rouges »

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