Dimanche 16 février 2020

Directeur de la nouvelle foire GALERISTES (décembre 2016)

Stéphane Corréard : « La seule foire où Gagosian serait refusé »

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 2 février 2016 - 840 mots

PARIS

Stéphane Corréard a été galeriste, il est collectionneur, critique d’art, expert, il était encore récemment directeur du Salon de Montrouge.

Stéphane Corréard
Stéphane Corréard, fondateur du salon GALERISTES
© Photo Fabrice Gousset

À 47 ans, le voilà dorénavant fondateur et directeur de la foire GALERISTES qui se tiendra du 8 au 11 décembre prochain au Carreau du Temple à Paris.

Ne craignez-vous pas que cette nouvelle foire ne soit perçue comme une foire de plus une foire de trop ?
Si on est plus optimiste et un peu provocateur on peut dire « enfin » une foire différente. D’abord le comité de sélection est composé de collectionneurs, et non de galeristes comme dans les autres foires. De manière symbolique, il y aura chaque année un artiste invité et également un galeriste qui pourra donner un avis sur ses confrères. Ensuite les galeries ne vont pas être sélectionnées sur des projets, mais sur ce qu’elles sont. J’ai toujours été choqué que ces professionnels et chefs d’entreprise responsables que sont les galeristes, soient traités comme des enfants et que les organisateurs leur disent ce qu’ils doivent montrer. Les placards des foires sont ainsi remplis de projets magnifiques qui n’ont jamais vu le jour. De la même manière qu’un écrivain écrit le livre qu’il n’a pas dans sa bibliothèque, je pense que cette foire est celle que les collectionneurs regrettent de ne pas avoir dans leur calendrier. Elle est par exemple la seule foire dans le monde où Gagosian serait refusé. Ce qui n’est pas anodin, car elle est pensée en fonction de l’évolution récente du marché qui a vu émerger un nouveau genre de professionnels qui sont des industriels. Quand on voit que Gagosian annonce plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaires, dix-sept lieux d’exposition dans neuf villes sur trois continents et représente 117 artistes, on atteint des niveaux industriels inédits dans le domaine de l’art. Je n’ai rien contre l’industrie, en revanche je connais beaucoup de collectionneurs qui ne sont pas intéressés par cette dimension-là et qui cherchent autre chose. Les industriels ont leur foire, les marchands ont leur foire, ils manquaient peut-être une foire pour les galeristes.

Vous multipliez les casquettes, n’avez-vous pas peur du mélange des genres ?
Je préfère parler de synergie des genres, car ce qui m’intéresse c’est d’être utile aux artistes d’abord et ensuite de servir la vision que j’ai de l’art et des rapports humains au sein de ce domaine. Les critiques que j’admire ont toujours pratiqué le mélange des genres. J’étais ami avec Bernard Lamarche-Vadel à qui l’on a beaucoup fait ce reproche. Félix Fénéon, qui était le plus grand critique de la fin du XIXe et début du XXe siècle, a dirigé les galeries Bernheim Jeune pendant vingt-deux ans, Pierre Restany a été plus ou moins galeriste avec la galerie J tenue par son épouse.

De quels arguments usez-vous faire venir de bonnes galeries et quelle est votre légitimité ?
Je suis foncièrement un défenseur des artistes, mes choix sont très engagés, je collectionne avec constance depuis trente ans. La société Météo, qui était celle de ma galerie, existe toujours depuis 1992, je n’ai pas déposé le bilan, ce qui correspond à une forme d’éthique qui n’est pas toujours de mise dans ce milieu. Dans notre comité, coordonné par Michel Poitevin, il y aura des collectionneurs comme Antoine de Galbert, Gilles Fuchs ou Estelle Frances qui connaissent les galeries qui font un bon travail. Et selon nos critères, une bonne galerie a une ligne artistique singulière lisible, elle est fidèle aux artistes et ne les laisse pas tomber dès qu’ils ne vendent pas, elle sait présenter et parler de leur travail, mais aussi les paye. Les collectionneurs sont très sensibles sur ce dernier point, parce que acheter une œuvre à un artiste vivant, c’est aussi l’encourager, lui permettre de travailler, et non s’apercevoir qu’au bout de la chaîne il n’a pas touché son argent.

Ne redoutez-vous pas ce qui s’est passé pour la foire AKAA ?
AKAA [foire d’art contemporain et de design d’Afrique], est un cas très particulier. Je suis en train de constituer un comité stratégique qui regroupera des chefs d’entreprise, passionnés d’art, comme Pierre- Alexis Dumas, le directeur artistique d’Hermès et Antoine Frérot, le P-DG de Véolia, qui vont m’aider à porter ce projet, à imaginer sa viabilité. Comme pour Le Fooding, il faut que les visiteurs vivent une expérience. Les amateurs de gastronomie ou de vin veulent savoir quel est l’individu qui est derrière ; on parle de ce qu’il y a dans l’assiette, mais aussi de la personnalité du cuisinier. Yves Camdeborde dit que lorsque ses clients quittent sa table en disant « j’ai bien mangé », il leur répond que c’est son job. Il préfère ceux qui disent : « j’ai passé une bonne soirée ». Un galeriste, c’est pareil, il ne faut pas qu’il se contente de faire voir de belles œuvres aux visiteurs, il faut qu’ils passent un bon moment. L’enjeu de GALERISTES est d’être une foire dont l’histoire ne s’écrit pas avec de l’eau sur du sable, mais d’écrire de vraies histoires avec de vrais collectionneurs.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°450 du 5 février 2016, avec le titre suivant : Stéphane Corréard : « La seule foire où Gagosian serait refusé »

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