Foire

SALON D’ART CONTEMPORAIN

Galeristes, un salon en mode circuit court

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 14 octobre 2020 - 822 mots

PARIS

Galeristes retrouve ses exposants habituels, ainsi que quelques nouveaux venus, tous en quête de ce public de proximité.

Paris. Galeristes, qui fête cette année sa 5e édition, maintient sa ligne éditoriale, celle d’un salon alternatif ancré sur le territoire. Son credo local et sa taille réduite en ont fait depuis sa création un contre-modèle des grandes foires internationales, parfois décriées pour leurs excès, et Galeristes communique d’ailleurs cette année sur son engagement « zéro kilomètre et zéro déchet ». Soit une scénographie durable signée par Dominique Perrault Architectures et une sélection de galeries très majoritairement hexagonales, ou susceptibles, par leur proximité géographique, de « fidéliser un public français », assure son fondateur, Stéphane Corréard.

Cependant cette recherche d’équilibre à l’abri des dérives de la mondialisation a été mise à l’épreuve par la pandémie. La foire a dû s’adapter en un temps record, passant, une fois officielle l’annulation de la Fiac, d’un format de poche de 25 exposants annoncés en septembre à plus de 40, dont 13 nouveaux venus.

La galerie Anne-Sarah Benichou (Paris) revient pour sa part sur le salon, après une première participation en 2017. Elle y montre une sélection de travaux de ses artistes (Massinissa Selmani, Valérie Mréjen, Yann Lacroix, Julien Discrit, Decebal Scriba, Chourouk Hriech…) dont la peintre Mireille Blanc, vue au Frac Auvergne en 2018 et à laquelle elle consacrera sa première exposition personnelle à partir du 6 novembre (prix ici : de 1 000 à 6 000 €). Parmi les exposants de dernière minute, on ne compte cependant aucune des grandes enseignes habituellement visibles dans la nef du Grand Palais, à l’exception de la Galerie Loevenbruck (Paris), à laquelle Stéphane Corréard est associé dans le cadre du projet Loeve & Co, et qui revient ici sur les débuts d’Arnaud Labelle-Rojoux avec « L’amour toujours », série de collages sur papier commencée en 1979.

Une « Anthologie de l’art français », de 1950 à 1980

La foire reprend la formule de sa section lancée avec succès l’an dernier, « Anthologie de l’art français », florilège de la scène hexagonale des années 1950 aux années 1980 : quelques solo shows mélangent des artistes historiques et des figures moins établies, à la marge ou en instance de reconnaissance. Ainsi d’Arthur Aesbacher (né en 1923 à Genève), que Véronique Smagghe (Paris) « défend depuis trente ans ». Passé par l’atelier de Fernand Léger en 1946, proche des artistes de la Beat Generation, malencontreusement associé au mouvement des Nouveaux Réalistes, Aesbacher crée ses tableaux à partir d’affiches arrachées, jouant, comme d’un matériau pictural, des couleurs et des lettrages. Véronique Smagghe lui offre ici une mini-rétrospective, avec des pièces significatives de ses moments charnières, collages des années 1960, « Turn Cut » des années 1980, jusqu’à des pièces plus récentes en noir et blanc (de 2 500 à 20 000 € environ). Ainsi aussi de la tisseuse de végétal Marinette Cueco (née en 1934), mise en avant par la Galerie des petits carreaux, venue de Saint-Briac-sur-Mer (Ille-et-Vilaine). Ou encore du peintre et graveur britannique rattaché à l’école de Paris Stanley W. Hayter (1901-1988), sur une proposition de la galerie nomade T & L, laquelle fait ainsi remonter cette « Anthologie de l’art français » jusqu’au milieu des années 1930.

Le dispositif de cette section, présentée sur des cimaises qui ceinturent l’espace des stands, incite certaines galeries à sortir des pièces de dimension exceptionnelle. C’est le cas de cette toile de la période pop de Robert Malaval (1937-1980) composée de neuf panneaux sur fond mauve, montrée par la galerie Pauline Pavec (Paris), Une aventure de Boris the Spider (1967). Exposée à la Documenta de Cassel en 1968, puis en 2009 au Musée des beaux-arts d’Angers, la toile avait été réalisée pour la galerie Yvon Lambert, et provient de la collection du marchand (autour de 100 000 €).

En choisissant de montrer un ensemble spectaculaire intitulé « Horizon V » (1997) et composé d’une vingtaine de dessins au « bleu improbable » de Bernard Moninot, la Galerie Jean Fournier (Paris) offre quant à elle une nouvelle chance au travail de ce plasticien prolifique (né en 1949), dont la dernière exposition rue du Bac, au printemps, avait été éclipsée par la crise sanitaire. Cette fois-ci, il sera difficile d’ignorer la présence de cette œuvre imposante et pourtant éthérée, déployée sur 5 mètres de long (autour de 60 000 €). Bernard Moninot se verra consacré en 2021-2022 par un cycle d’expositions dans différents lieux, du Domaine de Kerguéhennec au Musée de Besançon. Enfin, au nombre des grandes figures de cette « Anthologie » récemment disparues, Judit Reigl (1923-2020) sera représentée par la Galerie de France avec des œuvres de sa série « Déroulement ».

Pour les exposants ici présents, le maintien d’événements « off » malgré l’annulation de la Fiac est crucial. « Ce qui caractérise cette édition, c’est l’énergie et le volontarisme dont font preuve ces galeries, convaincues qu’aujourd’hui il faut développer des relations de proximité avec leur public », affirme Stéphane Corréard. « Sans Galeristes, la vie serait trop triste », proclame encore pour cette édition 2020 l’un des slogans dont il a le secret.

Galeristes,
du 23 au 25 octobre, Carreau du Temple, 4, rue Eugène-Spuller, 75003 Paris, www.galeristes.fr

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°553 du 16 octobre 2020, avec le titre suivant : Galeristes, un salon en mode circuit court

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