Galerie

ART CONTEMPORAIN

La Galleria Continua campe à Paris

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 25 février 2021 - 869 mots

PARIS

Déjà implantée à 60 kilomètres de Paris, en Seine-et-Marne, avec son enseigne « Les Moulins », la galerie a ouvert un espace intra-muros d’une surface de 800 m² qui bouscule les codes traditionnels du commerce de l’art.

Vue de l'exposition « Truc à faire ». © Sara De Santis / Galleria Continua
Vue de l'exposition « Truc à faire ».
© Sara De Santis / Galleria Continua

Paris. En octobre dernier, Paris Internationale, l’une des foires off de la Fiac (Foire internationale d’art contemporain), investissait une supérette désaffectée de la rive droite pour une 6e édition intitulée non sans ironie « SuperSalon ». La Galleria Continua pousse le concept plus loin en s’installant dans un ancien local commercial du Marais laissé « dans son jus ». Connue pour ses emplacements hors norme, d’un ancien cinéma de San Gimignano en Toscane à une friche industrielle à Boissy-le-Châtel en Seine-et-Marne, la galerie italienne a fait du décalage et du gigantisme sa marque de fabrique. Sa nouvelle adresse, dont la surface totalise 800 mètres carrés répartis sur trois niveaux et cinq corps de bâtiments, était occupée depuis les années 1980 par un grossiste chinois en maroquinerie. « En passant dans le quartier, où tout était fermé et terriblement triste, j’ai vu cette pancarte : “à louer”. Je me suis dit, pourquoi pas ? », raconte Lorenzo Fiaschi, l’un des trois fondateurs. C’est le septième espace de la galerie, qui en a ouvert deux en 2020, l’un à Rome, l’autre à São Paulo.

Nouvel espace de la galerie Continua, rue du Temple à Paris. © Sara De Santis
Nouvel espace de la galerie Continua, rue du Temple à Paris.
© Sara De Santis

« A priori, ce n’était pas le moment de nous coller de nouvelles charges, convient le galeriste, mais nous ne fonctionnons pas selon un “business plan” ; ce qui nous motive, c’est de lancer des projets. » Le bail a été signé à la fin de l’année et une course contre la montre entamée afin d’ouvrir en janvier. Pourquoi un tel empressement ? « C’était urgent parce que c’est maintenant que les gens en ont besoin », estime Lorenzo Fiaschi. Faute de temps pour transformer le lieu en « white cube », la Galleria en a fait un parti pris. Parquet flottant, fausses moulures, carrelage usagé, casiers de rangement en contreplaqué, tout est laid et surjoue l’idée d’un « supermarché de l’art » avec rayon épicerie fine au rez-de-chaussée et carte blanche à JR pour faire des trous dans les murs porteurs.

Un concept décomplexé

De passage à Paris, celui-ci a immédiatement jugé en effet qu’il y avait « un truc à faire » : l’expression est restée, devenue le titre de l’exposition inaugurale dont il est le commissaire invité. « Faire en fonction de l’existant, être contraint par le manque de temps…, ce sont des conditions qui correspondent à ma façon de travailler », remarque l’artiste habitué à concevoir des installations spectaculaires dans l’espace public. Sa première idée a consisté à glisser dans les rayonnages de la librairie improvisée des livres dédicacés par chacun des artistes de la galerie et mis en vente indistinctement, invitant le chaland à tenter sa chance, entre promo du jour et chasse au trésor. JR aurait aimé aussi creuser un passage dans une paroi séparant deux bâtiments, mais il s’est prudemment contenté d’un orifice habillé d’un collage photographique intitulé To the Point (2021). L’agence d’architecture MBL a profité quant à elle de quelques installations in situ pour effectuer des carottages. Une ouverture dans le faux plafond a permis d’installer la sculpture Flâneur de Montreuil E, de Pascal Marthine Tayou, occasion de constater le vide existant sous les combles. Une perspective taillée par JR au dernier étage à même le parquet a révélé, en dessous, une strate de béton et une autre de carrelage : ce véritable millefeuille obéit par ailleurs à une circulation labyrinthique qui ajoute à la bizarrerie du lieu, contribuant à son succès. Des travaux devraient cependant être menés par phases successives, tout en maintenant l’accès au public.

Noms des artistes calligraphiés en devanture ou fléchés sur des pancartes en carton en guise de cartels, paniers de courses en plastique à disposition : le concept est explicitement décomplexé, voire aguicheur. Attention toutefois, ces boîtes de conserve éditées à 250 exemplaires sont signées de l’artiste Nari Ward et leur prix est de 750 dollars pièce.

Pour toutes les bourses

Quelle sera la programmation de cette nouvelle enseigne ? Rien n’est encore annoncé ni vraisemblablement prévu. Pour l’heure, on découvre des œuvres du catalogue que l’on avait peu l’occasion de voir exposées : de très nombreuses éditions – à partir de 128 euros par exemple pour une édition de Sabrina Mezzaqui –, des formats réduits, des vidéos (une alcôve est réservée aux animations grinçantes, en noir et blanc, de Gu Dexin) alternent judicieusement avec des pièces plus importantes, par leur taille et leur prix : telles ces trois Grâces de Michelangelo Pistoletto sérigraphiées sur un miroir dans l’entrée (Messa a nudo – E, 2020, environ 580 000 €), ce wall painting de Daniel Buren (environ 275 000 €), cette sculpture emblématique d’Anish Kapoor (Untitled, 2007, environ 375 000 €) ou ce nuage captif de Leandro Erlich Champignon Collection de nuages (2018)…

Le dédale réserve de jolies surprises, comme une série, dans un passage, de toiles façon timbres-poste imaginaires de Kader Attia (Independence Disillusionment, 2014), ou des tableaux récents d’Etel Adnan. Le public semble au rendez-vous. « Nous avons été très agréablement surpris, nous avons vendu des livres et plusieurs œuvres», affirme Lorenzo Fiaschi. L’endroit a-t-il vocation à n’être qu’un « pop-up store » ? « Ce n’est pas notre philosophie. Dans Galleria Continua il y a “continuer”. Nous avons tendance à nous attacher aux lieux. » Et qui se risquerait aujourd’hui à prédire l’avenir ?

Truc à faire, curated by JR,
jusqu’au 20 février, Galleria Continua, 87, rue du Temple, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°561 du 19 février 2021, avec le titre suivant : La Galleria Continua campe à Paris

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