Vendredi 13 décembre 2019

Art non occidental

Pour Japonismes 2018, « la France est au centre du monde culturel »

Par Fabien Simode · L'ŒIL

Le 26 juillet 2018 - 803 mots

PARIS

Mi-juillet, le Japon a inauguré officiellement au Louvre (avec Throne, le trône flottant installé par l’artiste Kohei Nawa sous la pyramide du Louvre) et à l’hôtel Salomon de Rothschild (avec l’exposition « Fukami, une plongée dans l’esthétique japonaise ») la saison « Japonismes 2018 ».

Voulue par le Premier ministre, M. Shinzo Abe, qui en a confié l’organisation à la Fondation du Japon, équivalent de l’Institut français pour la France, « Japonismes 2018 » programme des dizaines de manifestations, expositions, spectacles vivants, cycles de cinéma, etc. à Paris et en régions pendant plusieurs mois. Quelle est l’ambition de cette saison ? Nous avons posé la question à monsieur Hiroyuki Yamaya, directeur aux affaires culturelles au ministère des Affaires étrangères japonais.

« Japonismes 2018 » est la plus importante opération culturelle organisée par le Japon à l’étranger depuis les années 1990. Pourquoi avoir choisi la France ?
Assistant de Kohei Nawa travaillant sur la modélisation de l'oeuvre <em>Throne</em>.
Assistant de Kohei Nawa travaillant sur la modélisation de l'oeuvre Throne.
Photo L'Oeil

La France exprime sa sympathie pour la culture japonaise depuis le XIXe siècle, moment où l’esthétique japonaise a été décisive, notamment dans la production impressionniste. Depuis lors, l’effervescence culturelle est, entre les deux pays, bien réelle. Nous sommes donc convaincus que les Français sont le mieux à même de comprendre, aujourd’hui, la culture japonaise. Car l’objectif de « Japonismes 2018 » est de faire rayonner notre culture en Europe et dans le monde. Or, la France et sa capitale, Paris, sont au centre du monde en matière culturelle.

À la différence des « années croisées », « Japonismes 2018 » est une véritable et ambitieuse manifestation culturelle. S’il ne semble pas y avoir de dimension diplomatique ou économique directe, quels sont les enjeux sous-jacents pour le Japon ?

Notre objectif premier, à travers « Japonismes 2018 », est de faciliter la compréhension entre les peuples. Nous sommes convaincus que la compréhension culturelle mutuelle est la base des relations multilatérales entre les nations. En faisant mieux connaître notre culture, nous souhaitons mieux faire connaître le Japon et avoir les meilleures relations possible avec la communauté internationale. Mais je ne nie pas que nous espérons également que cet événement extraordinaire aura des effets secondaires sur l’économie du tourisme et sur les exportations, et qu’il saura promouvoir l’ambiance festive du Japon à la veille de l’organisation des jeux Olympiques d’été en 2020.

Si « Japonismes 2018 » montre la richesse culturelle du Japon, de sa cuisine traditionnelle à l’art du manga en passant par le cinéma de Naomi Kawase, les événements phares de la saison seront d’ordre patrimonial, à l’instar des expositions Jakuchû au Petit Palais en septembre, « Jômon » à la Maison de la culture du Japon et « Trois siècles de création Rinpa » au Musée Cernuschi en octobre, etc. L’image que vous souhaitez véhiculer du Japon est-elle aujourd’hui davantage tournée vers son passé que vers le présent ?

Japonismes 2018 a une programmation volontairement large, car la culture est directement liée à la vie des peuples. L’exposition sur la période Jômon [qui couvre approximativement dix mille ans avant notre ère] est importante, par exemple, pour comprendre l’origine de l’art japonais. « Japonismes 2018 » entend montrer et explorer la diversité de la culture pour comprendre la permanence de l’art japonais à travers les siècles. C’est un défi.

La Fondation du Japon est implantée dans seulement 25 pays dans le monde. Est-ce suffisant ? Face au développement de la Chine, de l’Allemagne et d’autres pays, le Japon n’a-t-il pas encore des efforts à réaliser pour faire rayonner sa culture ?

Nous ne sommes bien entendu pas du tout satisfaits de nos ressources actuelles face à la compétition que livrent la Chine, les États-Unis, l’Allemagne ou même la France. Chaque année, nous aimerions augmenter les finances de la Fondation du Japon, mais, en raison des contraintes budgétaires actuelles et de la réalité de l’économie du Japon, c’est tout juste si nous parvenons à préserver notre budget… Beaucoup de gens voient le Japon comme un pays riche, mais les finances publiques sont faibles. Notre dette publique dépasse déjà 200 % de notre PIB.

Quelles sont les priorités de la Fondation du Japon ?

Un tiers du budget de la fondation va vers l’apprentissage des langues. Un autre tiers va vers la promotion de la culture et des traditions, comme le kabuki, le théâtre nô ou le manga. Le troisième pilier de la fondation est de favoriser la recherche à l’étranger sur des sujets liés au Japon.

Le gouvernement japonais a-t-il conscience de l’importance, aujourd’hui, du soft power ?

Bien sûr qu’il en a conscience, mais il a beaucoup de problèmes à résoudre en même temps pour maintenir notre croissance économique et notre système social. Dans le budget du gouvernement, le budget médical est, par exemple, le plus important en raison de l’inversion de la courbe démographique…

Malgré tout, « Japonismes 2018 » est un véritable investissement financier de la part du Japon. Combien cela représente-t-il ?

L’investissement est de 30 millions d’euros. Vous le voyez, cela représente un effort extraordinaire de la part du gouvernement japonais.
 

Le site officiel qui répertorie les événements liés à la saison du japonisme en France : japonismes.org

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°714 du 1 juillet 2018, avec le titre suivant : Pour Japonismes 2018, "la france est au centre du monde culturel"

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