Art moderne

XIXe siècle

Deux générations sous influence japonaise

GIVERNY

Dans le fief de Claude Monet, à Giverny, l’exposition consacrée au japonisme fait la part belle au maître impressionniste et aux nabis.

Édouard Vuillard (1868-1940), La Porte entrebâillée, 1891, huile sur carton, 27,5 x 22,5 cm
Photo Fabrice Lepeltier
©Musée Angladon, Avignon

Giverny (Eure). Si « Japonismes/Impressionnismes » ne fait pas partie de « Japonismes 2018 : les âmes en résonance », cet ensemble d’événements organisés par le gouvernement japonais en collaboration avec la France pour célébrer les 150 ans du début de l’ère Meiji, l’exposition  a été inaugurée par l’ambassadeur du Japon, Masato Kitera. Cette attention est le gage de sa grande qualité. Certes, le sujet n’est pas nouveau : les liens des peintres impressionnistes et post-impressionnistes avec le japonisme, et en particulier avec l’estampe japonaise, sont souvent évoqués. Mais la dernière grande exposition qui, en France, traitait de ce thème (dans le cadre d’un propos plus large) a eu lieu en 1988 au Grand Palais. Il était donc opportun de s’y intéresser de nouveau et d’y associer un catalogue fouillé.

La commissaire, Marina Ferretti-Bocquillon, directrice scientifique du Musée des impressionnismes-Giverny, le reconnaît volontiers : pour arriver à un total de 152 œuvres exposées, elle a dû faire des choix, tant le sujet est vaste et le nombre d’artistes concernés important. La manifestation se tenant à Giverny, une seule toile manque réellement : La Japonaise de Claude Monet, que le Museum of Fine Arts de Boston ne prête pas en raison de sa fragilité. Cependant, le peintre est très présent, grâce notamment à une version des Pyramides de Port-Coton (1886), provenant de la collection Rau pour l’Unicef de l’Arp Museum Bahnhof Rolandseck à Remagen (Allemagne) – où l’exposition sera présentée à partir du mois d’août. Le Musée d’Orsay (dont la présidente, Laurence des Cars, est vice-présidente du Musée des impressionnismes-Giverny) a prêté quelques œuvres, mais la plupart viennent de collections particulières ou de musées étrangers.

La première salle est destinée à mettre le visiteur dans l’ambiance. Intitulée « Geishas », elle offre quelques figures de femmes habillées à la mode japonaise. George Hendrik Breitner, artiste hollandais peu connu en France mais célèbre dans son pays, y figure avec Jeune fille au kimono blanc (1894). Autre grand amateur de kimonos, William Merritt Chase est représenté par deux toiles. Mais, à propos de ce que l’ethnologue Léon de Rosny appelait des « japoniaiseries », Marina Ferretti-Bocquillon affirme : « ce japonisme n’est pas le plus important dans le propos de notre exposition [même s’il est] particulièrement séduisant ». Des éventails sont déployés dans la même salle, dont Herblay, coucher de soleil (1890) de Paul Signac, Oiseaux sur une branche au clair de lune d’Henri Guérard, et Éventail (vers 1880) de Giuseppe De Nittis, dans son cadre original.

Des œuvres parfois inédites
La section suivante poursuit cette thématique, autour de la présence d’objets japonais dans l’environnement des peintres de l’époque. Les Souris blanches (1893) de Louis Valtat témoignent de cette influence du japonisme, qui se fait également sentir dans la composition. Une grande partie de cette salle est consacrée à une sélection d’estampes japonaises ayant appartenu à Monet, Degas, Cassatt, Van Gogh, Bonnard, Vuillard, Signac, Denis, Vallotton, Van Rysselberghe… La collection de ce dernier est inédite et a très peu vu la lumière : les trois estampes exposées sont d’une grande fraîcheur.

La transition est toute trouvée avec l’espace dévolu à l’estampe impressionniste. Se trouve ici le seul objet d’art décoratif de l’exposition, La Promenade des nourrices, frise des fiacres (vers 1897) de Bonnard, soit un paravent constitué de lithographies marouflées sur toile.

Les trois dernières salles forment la section « Le code a changé ». Celle-ci montre l’influence de l’art japonais sur les impressionnistes et postimpressionnistes : horizon très élevé, importance du vide et de l’asymétrie dans la composition, absence de modelé et d’ombre… Whistler est représenté par Variations en violet et vert (1871, Musée d’Orsay), dans son cadre d’origine signé d’un papillon par le peintre. Un très beau Monet, Tempête sur la côte de Belle-Île (1886), provient d’une collection particulière. Un autre, Pommiers en fleurs au bord de l’eau (1880), est quasiment pointilliste et a appartenu à Signac. De Caillebotte, le Musée des impressionnismes présente le Parterre de marguerites (vers 1893), quatre panneaux décoratifs acquis en 2016, et Capucines (projet de décoration) de 1892, dans une collection particulière. Chiffonnières du pont de Clichy (1887), d’Émile Bernard, a été prêté par le Musée des beaux-arts de Brest. Les Harengs saurs sur un morceau de papier jaune (mars 1889) de Van Gogh font écho aux estampes de la suite des « Poissons » d’Hiroshige et proviennent d’une collection particulière.

Comme on pouvait s’y attendre, les nabis ont la part belle, avec La Porte entrebâillée (1891) et Petite fille à la fenêtre (vers 1901) de Vuillard, La Cuisinière (1893), Légende de chevalerie (1893) et Juillet (1892) de Denis (ce dernier tableau étant issu de la collection Rau pour l’Unicef). S’y ajoutent deux merveilleux Vallotton : La Valse (1893), qui emprunte sa composition aux estampes japonaises de fantômes, et Coucher de soleil, mer haute gris-bleu (1911), proche d’un Hodler. En fin de parcours, plusieurs Monet dont Nymphéas avec rameaux de saule (1916-1919), conservé au lycée Claude-Monet de Paris, incitent le visiteur à prolonger sa contemplation dans le jardin japonais du peintre, à quelques pas de là.

Japonismes/Impressionnismes

Jusqu’au 15 juillet, Musée des impressionnismes-Giverny
99, rue Claude-Monet, 27620 Giverny.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°501 du 11 mai 2018.

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