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Le privé investit les musées à ciel ouvert

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 2015 - 493 mots

Trois lieux privés récemment ouverts au public dans le Sud-Est de la France illustrent trois modèles différents de diffusion de l’art contemporain en extérieur.

FRANCE - « À ce que je vois, me dit la belle Étrangère, votre Prince se plaît à faire que l’Art ou surmonte ou embellisse la nature partout », fait dire Madeleine de Scudéry dans La promenade à Versailles faisant référence à Louis XIV. Aménager un jardin en musée à ciel ouvert est une pratique aussi vieille que l’art lui-même comme en témoigne la Villa d’Hadrien dans la Rome antique. Mais avec ses 300 sculptures, fontaines ou bosquets, le Versailles du Roi Soleil est l’archétype occidental de ces lieux démesurés où les sculptures monumentales se marient à une nature domestiquée et aménagée pour la délectation des promeneurs. Rien de surprenant donc, à ce que l’art d’aujourd’hui investisse aussi parcs et jardins, à mesure qu’il change d’échelle et s’échappe de la statuaire classique dans des installations toujours plus inattendues et gigantesques. Certains artistes, comme à Versailles, n’hésitent pas à se mesurer à leurs prédécesseurs, avec des fortunes diverses que le temps fera décanter. D’autres « aménageurs » (comment appeler ces esthètes qui façonnent la nature et y plantent ici et là des œuvres d’art ?) préfèrent oublier toutes références historiques et n’installer que des œuvres d’aujourd’hui.

Jusqu’à présent, pour des raisons économiques, seules les autorités publiques pouvaient se permettre de concevoir de tels lieux : le Festival Estuaire à Nantes, le Domaine de Chamarande dans l’Essonne, le château de Chaumont-sur-Loire. Mais avec le surgissement de milliers de collectionneurs ultra-fortunés sur la planète, les musées privés à ciel ouvert se multiplient, à proportion des moyens de leurs promoteurs. Démesurés comme Inhotim de l’homme d’affaires brésilien Bernardo Paz, ou plus modeste comme le parc de la Fondation Salomon à proximité d’Annecy (aujourd’hui fermé). Parfois, c’est une île entière, comme Naoshima au Japon qui se pare de centres d’art, de sculptures et d’installations.

Du public au privé
En France, la plupart de ces nouveaux lieux privés éclosent dans le Sud-Est. Rien de mystérieux dans tout cela. On trouve plus de collectionneurs en Provence ou sur la Côte d’Azur que dans l’Aubrac et le temps y est plus clément. Trois initiatives récentes symbolisent les diverses formes qu’ils peuvent revêtir. Le château La Coste à proximité d’Aix-en-Provence est aujourd’hui le modèle le plus abouti dans le registre des domaines viticoles. À l’autre bout du spectre, la Fondation Diane et Bernar Venet au Muy dans le Var relève de la catégorie des ateliers jardins d’artiste dans un modèle encore indéterminé. À proximité, sans qu’il n’y ait de relations entre les deux, Jean-Gabriel Mitterrand vient d’ouvrir une galerie à ciel ouvert spéculant sur le développement rapide de ce nouveau segment du marché de l’art (lire page 26). Chacun de ces lieux porte l’empreinte de la personnalité de ses fondateurs, à la manière d’un Louis XIV qui voulait matérialiser en Versailles son statut de demi-dieu solaire et éternel.

Légende photo

Louise Bourgeois, Crouching Spider, 2003. © Louise Bourgeois Foundation. Photo : Andrew Pattman.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°440 du 4 septembre 2015, avec le titre suivant : Le privé investit les musées à ciel ouvert

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